Monstres en vrac – Cinquième épisode : les fantômes dans de beaux draps !

Notre époque est monstrueuse ! Ça tombe bien car cet été, Rupture-mag vous propose des monstres, des monstres en vrac ! Zombies, vampires, extra-terrestres et autres loups-garous, ils seront tous là pour vous… Y compris le pire des monstres : l’homme !

Par Marc Hellebroeck

Publié le 19 août 2026

Monstres en vrac – Cinquième épisode : les fantômes dans de beaux draps !

Un jour, ou plutôt une nuit, les fantômes décidèrent de revenir – après tout, ils étaient des revenants ! – pour hanter résolument les hommes.

Immatériels, ils ne causaient de blessures physiques à personne ; mais leurs hurlements étaient aussi insoutenables que les bruits assourdissants produits par la Fête de la musique. Que faire avec ces spectres responsables d’incessantes nuisances sonores ?

C’est alors que les fantômes devinrent un sujet politique car en France tout est politique, excepté la politique…

À l’extrême gauche, on dénonçait avec force les fantômes qui, en raison de leur couleur, symbolisaient incontestablement la hideuse résurgence d’une blanchité occidentale raciste et colonialiste jusque dans l’au-delà ! En effet, l’abominable suaire blanc qui recouvrait leur corps ectoplasmique constituait l’exact inverse de la burqa, ce sombre symbole lumineux de soumission à la liberté vestimentaire. N’ayant aucun doute sur l’orientation à l’extrême droite des fantômes, on les qualifia donc de « fanscistes ». « Le fanscisme ne passera pas (même à travers les murs) ! », devint le nouveau slogan des progressistes ; lesquels, armés de pinces à linges, traquaient inlassablement les spectres afin de les suspendre, non pas à une potence, mais à une corde à linge, avant de les teindre à l’aide d’une bombe de peinture noire.

Il faut lutter contre le « retour des heures les plus blanches de notre histoire ! », scandaient d’un ton mélodramatique les militants antifans. Parmi ces derniers, certains prétendirent même avoir entendu « les bruits de bottes » des fantômes, ce qui relevait du prodige concernant des créatures dépourvues de pieds et flottant dans les airs !

Du côté de l’extrême droite, on argua que le rejet des fantômes procédait évidemment du racisme anti-Blancs. « Les fantômes sont les esprits de nos ancêtres et en les pourchassant, c’est notre mémoire qu’on renie et qu’on veut effacer ! », soutenait-on de manière grandiloquente dans les milieux les plus réactionnaires. Oubliés les « islamogauchistes », le danger existentiel qui menaçait désormais le pays, c’était la « gauchospectrophobie » !

Dans les rues, sectateurs d’extrême gauche et adeptes de l’extrême droite en vinrent inévitablement aux mains.

À l’occasion de chaque lynchage éthique, bio et citoyen, les antifas transitionnés en antifans criaient « Les femmes doivent mettre le voile et les fantômes doivent mettre les voiles ! » ; tandis que leurs homologues nationalistes, durant les tabassages patriotes et rédempteurs, braillaient « les fantômes avec nouhouuuhouuu ! ».

Quant aux rares individus restés neutres dans ce conflit qui déchirait le pays en deux, ils surnommèrent les belligérants des deux camps les casse-paires…

Les violences devinrent bientôt si fréquentes qu’on en fut réduit à se servir du suaire des fantômes pour éponger le sang des nombreux estropiés des deux camps. Par conséquent, beaucoup de fantômes devinrent rouges ; ce qui, pour autant, ne réconcilia pas les adversaires politiques qui continuèrent de plus belle à se taper dessus. Il y eut même des morts, lesdits morts revenant – c’est le cas de le dire – ensuite renforcer les rangs spectraux et ajouter à l’exacerbation des tensions !

Au bout d’un moment, fatigués de ces bruyantes querelles qui les empêchaient de se reposer le jour dans les caves et greniers (esprit, es-tu las ?), les fantômes regagnèrent la quiétude de leur royaume d’outre-tombe. Les hommes se retrouvèrent alors fort embarrassés, car il leur fallut trouver en urgence un nouveau prétexte pour se quereller.

M. H.

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