Monstres en vrac – deuxième épisode : Quel sort sied aux sorcières ?

Notre époque est monstrueuse ! Ça tombe bien car cet été, Rupture-mag vous propose des monstres, des monstres en vrac ! Zombies, vampires, extra-terrestres et autres loups-garous, ils seront tous là pour vous… Y compris le pire des monstres : l’homme !

Par Marc Hellebroeck

Publié le 29 juillet 2026

Monstres en vrac – deuxième épisode : Quel sort sied aux sorcières ?

Quand Sandrine Rousseau est huée lors d'une manifestation de soutien aux femmes iraniennes. Une manifestante fume une cigarette après l'avoir allumée sur une affiche en feu représentant le guide suprême iranien.

Les sorcières ! Tout le monde pensait qu’elle n’existaient pas et qu’elles n’avaient probablement jamais existé ! Les historiens s’accordaient pour dire que les femmes qu’on brûlait sur le bûcher au Moyen Age n’étaient que des malheureuses atteintes d’épilepsie et qui périrent victimes des superstitions et préjugés de leur époque.

Sauf qu’un jour les sorcières revinrent, exactement telles que les anciens contes les décrivaient : vieilles, ridées et malfaisantes ; avec un grand nez crochu et un regard torve ; revêtues d’une robe noire miteuse et coiffées d’un grand chapeau pointu ; arborant un horrible sourire édenté d’où sortait une voix grinçante ; sans oublier un affreux chat borgne et pouilleux qui les suivait partout !

Conformément à leurs traditions, elles élirent domicile dans des cabanes sordides au fond des forêts les plus sombres et les plus reculées. Là, à la lueur des bougies, ces créatures hideuses lisaient des grimoires dont l’encre était de sang ; elles se livraient à des rites sataniques les nuits de pleine lune et elles concoctaient des potions infâmes avec des ingrédients si dégoûtants qu’ils auraient fait vomir un rat !

Bon, jusque-là, pas de souci : après tout, une adulte responsable est tout à fait libre de passer son temps parmi les crapauds, les araignées et quantité de bestioles répugnantes, du moment que cela ne trouble pas l’ordre public. Et puis, malgré leur hygiène qu’on pouvait qualifier pour le moins de médiévale, les sorcières n’avaient pas les cheveux plus gras et ne puaient finalement pas davantage qu’un  zadiste générique en pleine fermentation estivale…

Les problèmes commencèrent quand lesdites sorcières, chevauchant leurs balais volants, quittèrent leurs antres forestières pour aller jeter des sorts chez les humains des villes. Ce fut alors un scandale ! « Quoi, au XXIème siècle, dans une société qu’on croyait évoluée et acquise à l’égalité des sexes, des femmes sont encore stigmatisées et assignées aux tâches ménagères par le port d’un balai, cet accessoire discriminatoire qui évoque les heures les plus sombres du patriarcat occidental ! », hurlèrent, légitimement indignées, les néo-féministes, entre une manifestation défendant le port du voile intégral pour les femmes afghanes et un meeting en faveur de la lapidation bio. « Solidarité avec nos sœurcières ! » et « maléfice, c’est mâle et fils ! » étaient les slogans inscrits sur les panneaux brandis par les militantes féministes au soutien de sorcières qui n’en demandaient pas tant, embarrassées qu’elles étaient en tant que servantes de Satan, à savoir un patron polygame affiché et pas spécialement connu pour son engagement au service de la cause des femmes…

Quoi qu’il en soit, même s’il fallait en finir avec le balai, symbole sexiste absolument intolérable, on ne pouvait pas non plus priver les sorcières de liberté de circulation en leur ôtant leur seul moyen de transport : cela serait revenu à les cantonner à leur domicile, ce que les néo-féministes n’admettaient que pour les femmes africaines, maghrébines et moyen-orientales.

La solution fut trouvée par un ministre particulièrement sagace, ministre qui s’était déjà brillamment illustré auparavant en dotant les crèches d’équipements informatiques dernier cri, offrant ainsi la possibilité aux nourrisson de s’initier au numérique. Le gouvernement finança donc, avec l’argent des contribuables, la fourniture d’aspirateurs pour des sorcières qui ne disposaient pas d’électricité dans la forêt et qui, de toute façon, préféraient vivre dans une poussière et une saleté propices à l’élevage des cafards, scolopendres et autres vermines.

Comme après chaque initiative progressiste, les multinationales – celles de l’électro-ménager dans ce cas précis – furent ravies et leurs actions remontèrent en flèche à la bourse. Quant aux féministes, pour fêter la fin de la discrimination sorcièrophobe, elles organisèrent un grand autodafé participatif et inclusif pour brûler tous les balais.

Un peu plus tard, on s’aperçut que les aspirateurs ne volaient pas.

M. H.

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