Offensive israélienne contre les sites nucléaires iraniens
Quel est le nom de cette guerre ?
L’offensive aérienne lancée par l’aviation israélienne, dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, ciblant les infrastructures nucléaires et militaires de la République islamique d’Iran, ainsi que plusieurs figures majeures de son appareil sécuritaire, constitue un tournant stratégique aux répercussions profondes, tant sur le théâtre moyen-oriental que dans l’ordre international.
Par Mohamed Sifaoui
Publié le 13 juin 2025

Tous les spécialistes savent qu’une telle offensive n’aurait pu avoir lieu, avec une telle efficacité, sans l’apport du QG avancé du USCENTCOM, l’US Central Command. Sur la photo, le site nucléaire iranien de Natanz, en février dernier..
L’opération, réalisée à travers plus de 500 raids aériens, s’est accompagnée d’une coordination tactique avec l’armée américaine basée à Doha. Elle s’inscrit dans un continuum de stratégie d’endiguement menée depuis deux décennies contre le programme nucléaire iranien. Il s’agit d’une opération prévisible, fondée sur une convergence stratégique israélo-américaine.
Le contexte diplomatique est déterminant : ces frappes interviennent immédiatement après l’échec, orchestré et en quelque sorte scénarisé, des négociations entre Washington et Téhéran. Comme l’avait laissé entrevoir l’alignement des positions israéliennes et américaines lors des récentes consultations bilatérales, l’objectif était moins d’aboutir à un compromis que de démontrer l’intransigeance du régime iranien et la nécessité d’une action préemptive. L’idéologie du régime des mollahs, même sous pression, reste structurée par une vision révolutionnaire qui interdit tout renoncement stratégique à la question du nucléaire. La diplomatie américaine, en maintenant artificiellement ouvertes des négociations vouées à l’échec, a permis de légitimer aux yeux de ses partenaires occidentaux une action militaire qui, sans cela, aurait pu apparaître comme une escalade unilatérale. Il s’agit d’une démonstration du double jeu des puissances : affirmer leur attachement aux procédures multilatérales tout en préparant discrètement le terrain pour une logique de coercition directe. C’est ce qui a amené les Américains à affirmer que, s’ils étaient mis au courant de l’opération, ils n’auraient apporté aucune aide aux Israéliens. Or, tous les spécialistes savent qu’une telle offensive n’aurait pu avoir lieu, avec une telle efficacité, sans l’apport du QG avancé du USCENTCOM, l’US Central Command, qui couvre l’ensemble du Moyen-Orient et celui du Combined Air Opérations Center, le CAOC, le centre de commandement qui coordonne toutes les opérations aériennes dans la région, installés tous les deux au sein de la base aérienne d’Al-Ubeid, située à une trentaine de kilomètres de Doha.
L’élimination ciblée de figures clés telles que Hossein Salami, Mohammad Bagheri et Gholam Ali Rashid représente une tentative de décapitation militaire visant à désorganiser les capacités de projection régionale du régime. Et en frappant également six scientifiques nucléaires de premier plan, Israël entend non seulement retarder le programme atomique mais aussi envoyer un signal dissuasif à toute nouvelle génération de chercheurs. Il est question de cibler l’architecture du pouvoir iranien et même si l’effet de surprise s’est estompé, l’on peut parier que de nouvelles opérations vont, durant les jours à venir, cibler d’autres figures du régime des mollahs. L’objectif avoué des Israéliens est de démanteler, sinon de fragiliser considérablement, l’architecture du pouvoir iranien.
L’on retrouve dans le mode opératoire employé une logique similaire à l’approche israélienne face au Hezbollah libanais : il s’agit de frapper les « têtes pensantes » pour entraver la résilience institutionnelle d’un ennemi structuré selon un modèle politico-militaire. Par cette action spectaculaire, Israël cherche, sans nul doute, non pas seulement à retarder le programme iranien, mais à redéfinir les lignes rouges stratégiques dans la région.
Cependant, loin d’éteindre la volonté de puissance de la République islamique, cette frappe pourrait au contraire renforcer l’ancrage idéologique d’un régime qui puise sa force dans la confrontation avec l’Occident une part essentielle de sa légitimité interne. La riposte immédiate de Téhéran, par des attaques de drones, annonce un conflit asymétrique et durable. L’Iran, tout comme le Hamas dans sa lutte contre Israël, maîtrise parfaitement les logiques de guerre hybride mêlant frappes ciblées, usage des milices chiites transnationales et cyber-opérations. On peut s’attendre à une intensification des actions des proxies régionaux dans un cadre de djihadisme par procuration.
Le conflit, désormais enclenché, s’annonce, on peut le redouter, long et multisphérique, mobilisant non seulement les armées régulières mais aussi l’ensemble des leviers du pouvoir informationnel, cybernétique et asymétrique. Il consacrera, à n’en pas douter, l’entrée durable de la région dans un cycle de violence à haute intensité qui va probablement s’étaler sur plusieurs semaines.
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