Quand Interpol humilie le pouvoir algérien
Selon nos informations, Interpol a récemment opposé une fin de non-recevoir claire et sans appel à la demande des autorités algériennes visant l’écrivain Kamel Daoud. Une demande jugée aussi infondée juridiquement que gênante politiquement. Le célèbre auteur, prix Goncourt, subit depuis plusieurs mois un acharnement inédit de la part du régime d’Alger, dans ce qui s’apparente de plus en plus à une vendetta d’État orchestrée au plus haut niveau. La désormais « affaire Kamel Daoud » ne repose sur rien, sinon sur une inimitié personnelle du président Tebboune, alimentée par des jalousies de quelques « intellectuels » organiques clientélisés par le régime. Pour rappel, l’écrivain est harcelé par les autorités algériennes - fait du prince - sur décision personnelle du dictateur algérien, décidément champion de l’attitude irrationnelle.
Par Mohamed Sifaoui
Publié le 24 mai 2025

Aucune des conditions fixées par les statuts d’Interpol n’était réunie. Ni mandat d’arrêt valide, ni infraction grave. En réalité, Kamel Daoud n’est accusé d’aucun délit avéré.
Si l’organisation internationale garde le silence sur ce type de dossier, plusieurs sources policières confirment que la tentative d’obtenir une « notice rouge » à l’encontre de l’écrivain s’est soldée par un rejet net et sec. Et pour cause : aucune des conditions fixées par les statuts d’Interpol n’était réunie. Ni mandat d’arrêt valide, ni infraction grave. En réalité, Kamel Daoud n’est accusé d’aucun délit avéré, seulement d’avoir écrit un roman primé et exprimé, avec courage, une pensée libre dans un pays où cette liberté devient, elle, un acte de défi. Ce régime ne supporte pas que des Algériens émancipés puissent réussir. Surtout à l’étranger. Et, crime ultime, notamment en France !
Plus encore, l’article 3 du statut d’Interpol interdit explicitement toute intervention dans des affaires de nature politique. Or, difficile de voir dans cette offensive judiciaire autre chose qu’un règlement de compte personnel, mené par un pouvoir, et en premier lieu par un chef d’Etat, qui confond opposition intellectuelle et crime d’État et qui n’hésite pas à manipuler la justice pour assouvir des pulsions haineuses qu’il voue à toute voix discordante.
Ce premier revers n’a pas dissuadé les autorités algériennes, qui ont tenté en vain de relancer la procédure. En effet, vexé par une première décision de rejet, le Bureau Central National d’Interpol d’Algérie, situé au sein de la Direction de la Police Judiciaire, de la DGSN, Direction générale de la sûreté nationale, est revenu à la charge, en début de semaine dernière, en essayant de formuler de nouveaux « arguments » tout aussi irrecevables dans le fond et dans la forme. Là encore, leur requête a été balayée, faute d’éléments crédibles. Le dossier transmis à Interpol, selon nos sources, était creux, bâclé, truffé de faux et manifestement motivé par des raisons extra-judiciaires.
Face à cette tentative de détourner les mécanismes de coopération internationale pour des fins de répression politique, Interpol a donc tenu bon. Une gifle institutionnelle pour un régime qui semble de plus en plus englué dans une dérive dictatoriale, et qui cherche à bâillonner ceux dont la plume reste l’ultime espace de résistance.
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