Pâques 2026 au Moyen-Orient : résilience et contrastes
Les chrétiens au Proche-Orient et au Moyen-Orient célèbrent Pâques, cette année, dans un contexte de guerre qui complique davantage leur situation, déjà pas toujours simple, dans une région qui connait une diversité de présences chrétiennes et des évolutions contrastées en matière de tolérance religieuse.
Publié le 5 avril 2026

À Jérusalem, la procession des Rameaux a été annulée ou limitée, et l’accès à l’église du Saint-Sépulcre a été restreint.
Pâques, fête centrale du christianisme commémorant la résurrection du Christ, est célébrée ce dimanche 5 avril par les Églises catholiques et protestantes suivant le calendrier grégorien. Dans les pays du Proche-Orient et du Moyen-Orient, où les chrétiens constituent des minorités souvent vulnérables, cette célébration revêt une dimension particulière. Elle intervient cette année dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires liées au conflit impliquant l’Iran et Israël, entraînant des restrictions et des adaptations au sein des communautés chrétiennes.
Un paysage démographique contrasté
Les chrétiens du Moyen-Orient se divisent en deux grandes catégories. D’une part, les communautés autochtones historiques (coptes, melkites, maronites, syriaques, chaldéens) présentes depuis les origines du christianisme. D’autre part, les chrétiens expatriés, majoritaires dans les pays du Golfe.
Dans les pays du Proche-Orient, les chrétiens représentent environ 4 à 5 % de la population totale, soit près de 13 millions de personnes, contre 12 à 15 % au début du XXe siècle. L’Égypte abrite la plus importante communauté avec environ 10 millions de coptes orthodoxes (près de 10 % de la population). Leur Pâques tombe cette année le 12 avril selon le calendrier julien. Au Liban, les chrétiens constituent historiquement jusqu’à 30 % de la population, estimés entre 1,7 et 2 millions de personnes. En Syrie, en Irak, en Jordanie et en Palestine, les proportions sont plus faibles et ont fortement diminué en raison des conflits successifs.
Dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, les chrétiens sont presque exclusivement des travailleurs expatriés provenant d’Asie (Philippines, Inde, Pakistan) et d’autres régions. Leur nombre total est estimé entre 3 et 4 millions. Les Émirats arabes unis comptent environ 940 000 à 1,5 million de chrétiens (environ 9 % de la population), Bahreïn autour de 180 000 (14 %), le Qatar environ 240 000 à 390 000, et l’Arabie saoudite entre 1,2 et 2 millions, bien que les statistiques officielles restent limitées. Ces communautés bénéficient souvent de lieux de culte dédiés, mais leur présence reste liée au statut d’expatriés.
Des célébrations marquées par un contexte de guerre
Cette année, les festivités de Pâques se déroulent dans un climat tendu en raison de la guerre au Moyen-Orient et des mesures de sécurité renforcées.
Dans les pays du Golfe, les Émirats arabes unis offrent habituellement un cadre relativement ouvert. La cathédrale Saint-Joseph d’Abou Dhabi et l’église Sainte-Marie de Dubaï proposent traditionnellement des offices multilingues (anglais, arabe, tagalog, malayalam, etc.). Cependant, plusieurs églises de Dubaï, dont celle de Saint-François-d’Assise à Jebel Ali, ont annoncé l’annulation des messes du Vendredi saint et, dans certains cas, des services de Pâques, conformément aux directives gouvernementales de sécurité. Les fidèles sont invités à suivre les célébrations en ligne.
À Bahreïn, des messes spéciales pour le Vendredi saint et Pâques ont été maintenues avec des messages de paix et de résilience. Au Qatar, à Oman et au Koweït, les complexes religieux dédiés aux expatriés ont procédé à des ajustements similaires. En Arabie saoudite, où aucun culte public chrétien n’est autorisé, les célébrations demeurent strictement privées.
Dans les pays du Proche-Orient, les restrictions sont plus prononcées. À Jérusalem, la procession des Rameaux a été annulée ou limitée, et l’accès à l’église du Saint-Sépulcre a été restreint. Des dirigeants chrétiens ont été temporairement empêchés d’y célébrer la messe, une situation inédite depuis des siècles.
En Syrie, après des attaques contre des localités chrétiennes comme Al-Suqaylabiyah, les Églises ont réduit les célébrations à des prières intérieures. En Irak, malgré des gestes de solidarité de la part de certains musulmans, les communautés restent marquées par les séquelles des conflits passés. En Jordanie et au Liban, les offices se déroulent avec une vigilance accrue, tout en maintenant un message d’harmonie interreligieuse.
En Égypte, les coptes préparent leur Pâques du 12 avril dans un contexte national plus stable, bien que des préoccupations sécuritaires existent.
Défis persistants et signes d’évolution
Les chrétiens de la région du Proche-Orient et du Moyen-Orient font face à des défis structurels : interdiction du prosélytisme, déclin démographique des communautés autochtones dû à l’émigration, et impacts des conflits. Les attaques terroristes ou les tensions géopolitiques accentuent la vulnérabilité, comme en témoignent les appels à la prudence et les célébrations réduites.
Parallèlement, des évolutions positives sont observables, particulièrement dans le Golfe. Les Émirats arabes unis et Bahreïn ont construit ou autorisé des églises avec un soutien officiel, favorisant un dialogue interreligieux. Ces initiatives contrastent avec la situation plus restrictive en Arabie saoudite, où la tolérance demeure limitée aux pratiques privées.
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