Saint-Denis – Quand l’aveuglement politique livre la ville aux prédateurs
"Nous allons entrer dans un processus de désarmement." C'est une déclaration du nouveau maire LFI de Saint-Denis et son propos concerne la police municipale. Une décision déconnectée du réel, qui sonne comme une gifle pour ceux qui subissent déjà la loi des plus forts.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 27 mars 2026

Tandis que les habitants vivent sous tension, usés par une insécurité devenue ordinaire, on choisit de fragiliser encore ceux dont la mission est précisément de les protéger.
Il est des villes où l’ordre recule à mesure que l’ombre s’étend. Là où les trafics dictent leur loi, où la violence s’infiltre dans chaque recoin du quotidien, certains persistent pourtant à détourner le regard — ou pire, à viser la mauvaise cible. Tandis que les réseaux criminels prospèrent et s’enracinent, tandis que les habitants vivent sous tension, usés par une insécurité devenue ordinaire, on choisit de fragiliser encore ceux dont la mission est précisément de protéger.
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C’est plus qu’une erreur, c’est une faute. Une inversion scandaleuse des priorités, une décision déconnectée du réel, vécue comme une gifle par ceux qui subissent déjà la loi des plus forts. Là où il faudrait affirmer l’autorité, on capitule. Là où il faudrait consolider, on affaiblit. Tout cela au nom d’une grille de lecture idéologique devenue incapable de saisir la gravité de la situation.
Mais les habitants, eux, ne vivent pas dans les abstractions. Ils voient, chaque jour, leurs quartiers se transformer. Les halls d’immeubles deviennent des zones de non-droit, les abords des écoles des points de tension, les rues des territoires disputés. Ils constatent l’avancée des trafics, l’installation durable de la peur — une peur qui ne change pas de camp, contrairement à ce que certains voudraient croire. Et face à cela, quel message leur est adressé ? Qu’ils doivent s’adapter, encaisser, se débrouiller seuls.
Cette posture n’est pas seulement irresponsable, elle est profondément cynique. Elle consiste à traiter la sécurité comme une suspicion, presque comme une faute morale. Comme si vouloir vivre en paix relevait d’un excès. Comme si réclamer de l’ordre et de la protection était devenu suspect. C’est une négation pure et simple du rôle fondamental de l’État.
Une politique digne de ce nom ne peut pas fuir cette réalité. Elle doit l’affronter sans détour, avec lucidité et fermeté. Refuser de voir, c’est déjà abandonner. Et abandonner, c’est laisser le terrain libre à d’autres forces — celles des trafiquants, des caïds, des logiques de domination brute.
Voilà où mène le renoncement ― à une ville livrée, peu à peu, à ceux qui imposent leur loi par la peur. Et ceux qui auront choisi de détourner les yeux devront, tôt ou tard, répondre de cette démission.
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