Le plus anti-français des amis du Hamas

Récemment, un événement diplomatique de premier ordre s’est déroulé dans un silence assourdissant. La presse algérienne n’en a soufflé mot. Pourtant, à Beyrouth, l’affaire a rapidement fait bruisser les couloirs feutrés de la diplomatie : Rachid Belbaki, ancien ambassadeur d’Algérie au Liban, a été rappelé à Alger en toute urgence, sur décision directe du président Abdelmadjid Tebboune.

Par notre correspondant à Alger Kamel Rahali

Publié le 18 mars 2025

Rachid Belbaki a gardé son passeport diplomatique et vient discrètement en France.

D’abord révélée par des médias libanais, l’information a été reprise par quelques voix dissidentes du régime, dont l’ancien militaire Hichem Aboud. Mais en Algérie, pas une ligne officielle, pas un communiqué, pas même un murmure.

Pourquoi ce départ précipité ?

Nos investigations révèlent que ce rappel brutal ne doit rien au hasard. Il aurait été ordonné sous la pression insistante de plusieurs chancelleries occidentales, inquiètes des liens troublants entretenus par Belbaki avec des cadres influents du Hezbollah et du Hamas, particulièrement actifs à Beyrouth.

Les signaux d’alarme se sont multipliés, jusqu’à ce que la décision soit prise dans l’urgence absolue : le diplomate n’a eu que vingt-quatre heures pour plier bagage et rentrer à Alger.

Mais un point essentiel demeure : Belbaki n’agissait pas en électron libre. Selon nos sources, ses interactions avec les représentants des factions islamistes étaient connues— et validées — par les services de renseignement algériens, notamment la DDSE.

Un homme du système depuis la tendre jeunesse

Ce n’est un secret pour personne dans les cercles du pouvoir : Rachid Belbaki est un homme du sérail.

Son parcours est jalonné de fidélités changeantes et de protections providentielles. Il a échappé de justesse à une disgrâce lorsque le Général Gaïd Salah était l’homme fort du pays, sauvé in extremis par les mêmes structures sécuritaires qui le couvrent aujourd’hui pour « services rendus ».

À l’époque, il était déjà dans la tourmente : ses liens avec Saïd Bouteflika, et surtout avec l’oligarque Ali Haddad — alors au sommet de sa puissance — avaient failli le précipiter dans l’abîme. Lorsque Haddad fut rattrapé par la justice et expédié en prison, des documents compromettants refirent surface. On y parlait d’un système sophistiqué de transfert illicite de devises en liquide, mis en place alors que Belbaki était Consul général d’Algérie à Lille. Cet argent servait visiblement une « caisse noire » dont on ne connaît pas l’objectif.

L’affaire fut discrètement étouffée. Belbaki, lui, fut exfiltré dans un poste moins exposé, mais toujours stratégique.

Un placard doré

Aujourd’hui officiellement mis au placard, l’ancien ambassadeur demeure une sorte de petite « éminence grise », connectée aux cercles influents du ministère des Affaires étrangères. Lounès Magramane, secrétaire général du ministère et ami de longue date, continue de l’écouter attentivement, de même que certaines figures de la présidence algérienne. C’est ce qui lui a permis de garder son passeport diplomatique et de venir discrètement en France.

Depuis Alger, Belbaki distille des notes virulentes, nourrissant sans relâche les sphères décisionnelles d’analyses souvent teintées d’un ton anti-français assumé, et ce malgré des attaches personnelles dans l’Hexagone.

Un paradoxe ? Pas tout à fait.

Car derrière cette rhétorique hostile à Paris, se cache une réalité plus troublante : son épouse est française, par filiation, ses trois enfants le sont également, et deux d’entre eux vivent et travaillent en France.

Schizophrénie idéologique ou simple duplicité dans un pays où certains hauts fonctionnaires ne savent plus où ils habitent, pour reprendre l’expression consacrée ?

Lui, en tout cas, est persuadé que c’est, entre autres, la France qui a livré les renseignements sur ses accointances libanaises, accélérant son rappel.

K. R.

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