Jusqu’en sport, « couvrez ce sein que je ne saurais voir »
Depuis l'Antiquité, le sport est le triomphe du corps, sculpté par le mental, le triomphe du mental, qui a poussé le corps à repousser ses limites.
Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia
Publié le 21 juillet 2026

Les puritains biberonnés à l'évangélisme réac qui nous vient tout droit des États-Unis d'Amérique ont décrété qu'il fallait interdire des plans jugés "sexualisants" pour les athlètes féminines.
Depuis l’Antiquité, le sport met en exergue les prouesses du corps, l’esthétique du corps humain, sa beauté.
Mais voilà que les puritains biberonnés à l’évangélisme réac qui nous vient tout droit des États-Unis d’Amérique ont décrété qu’il fallait interdire des plans jugés « sexualisants » pour les athlètes… féminines. Oui, le problème serait vraiment le corps des femmes, car en tant qu’éducateur sportif professionnel et amateur de sport, je constate les mêmes plans et la même mise en valeur de l’esthétique du corps masculin (mais là, rien n’est perçu « sexualisant » par les Tartuffes).
Les zooms seraient un problème, du moins lorsqu’ils se centreraient sur la sangle abdominale d’une sportive, car resserrer le cadre sur le biceps et les pectoraux d’un homme n’est pas du tout problématique.
Oublions les contre-plongées du saut en hauteur, du moins pour Mesdames, pas pour Messieurs.
Le corps de la femme serait-il donc sale, et, par extension, le sexe aussi ? Nous comprenons bien, et de longue date, pourquoi ces milieux puritains (qui ont l’outrecuidance de se prétendre « progressistes ») s’entendent si bien avec les milieux islamos-intégristes…
Nous vivons un nouveau Concile de Trente (1563), lequel entendait combattre la « lascivité » dans l’art, les « œuvres impudiques » (les sexes des personnages peints par Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine n’avaient-ils pas été recouverts a posteriori ?). La ligne d’arguments est exactement la même, le champ lexical, sinon identique, a des proximités frappantes.
Avant-hier, c’étaient l’Église catholique puis la droite ultra qui incarnaient cette pudibonderie maladive. Aujourd’hui, le « parti de l’ordre moral », c’est la gauche dans la quasi totalité de ses composantes, reprenant des lignes d’arguments et un vocable ultra réacs. Pis, cette moraline puritaine s’est imposée à l’université où l’on avait entendu, il y a quelques années, l’historienne Mathilde Larère s’offusquer de la présence d’un groupe sculptural où des femmes étaient représentées poitrine nue, au motif qu’il s’agissait, je cite, d’ « un cliché de genre ». Mais étonnamment, je n’ai jamais entendu Mathilde Larère s’offusquer de la nudité du David sur le Prado. Conviendrait-il de lui cacher le pénis, les fesses et les pectoraux, ou le voile de puritanisme ne vaudrait-il que pour la représentation des femmes ? Hypocrites, malades mentaux…
Jusqu’où laisserons-nous galoper cette fièvre puritaine, pudibonde, viscéralement réactionnaire sous ses oripeaux de prétendu « progressisme » ? L’étape suivante serait-elle de couvrir intégralement le corps des sportives ? Posons la question : après-demain, les femmes seront-elles encore autorisées à s’inscrire dans les clubs et à faire de la compétition sportive, car la sueur perlant sur leur front et coulant le long de leur nuque, encore honteusement découverte, ne serait-elle pas une incitation lascive à des actes impurs, le corps de la femme, y compris sur un terrain sportif, étant définitivement assimilé à un organe sexuel ambulant ?
Quitte à poursuivre le délire encore plus loin, demandera-t-on demain à ce que les adolescentes et les petites filles qui font de la gymnastique rythmique, de la gymnastique, ne missent plus de justaucorps ?
Va-t-on imposer des vêtements larges jusqu’en danse classique, et peu importe l’aspect non pratique de la chose, car celui-ci devrait s’incliner devant le puritanisme obsessionnel d’une minorité de militants et de militantes à ce point intégristes qu’ils nous rappellent les dévots de Molière ;
Tartuffe (tirant un mouchoir de sa poche) :
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir :
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. »
Dorine :
« Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur votre sens fait grande impression ?
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte :
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas. »
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