Envoi par l’Algérie de troupes au Niger : le Parlement donne son feu vert, un changement de doctrine

Après la livraison le 9 août 2026 de quatre avions de combat au Niger, dans un geste qui donne un aspect militaire à la lutte contre les groupes jihadistes et le trafic d'armes ou de drogue, les deux chambres du Parlement algérien votent l’envoi de troupes militaires au Niger. La doctrine militaire d'Alger a été profondément révisée par cette décision, une première depuis 1962. Une évolution majeure dans la géopolitique au Sahel.

Par le correspondant de Rupture à Alger Yacine Aït Ouffella

Publié le 25 octobre 2026

Envoi par l’Algérie de troupes au Niger : le Parlement donne son feu vert, un changement de doctrine

L'Algérie a déjà livré le 9 août quatre hélicoptères militaires au Niger, dans un geste qui donne une dimension opérationnelle à la lutte contre les jihadistes et le trafic d'armes ou de drogue.

La coopération militaire algéro-nigérienne, franchit une nouvelle étape. Alger ne se contente plus d’apporter « son soutien » à l’armée locale, mais décide d’y mobiliser des troupes militaires. Les deux chambres du Parlement algérien ont voté à huis clos ce dimanche en faveur de l’envoi d’une unité de l’armée algérienne au Niger, une première depuis 1962.

Ce mouvement s’appuie directement sur l’amendement constitutionnel de 2020 (Article 31), qui autorise désormais l’Algérie à participer à des missions de maintien de la paix en dehors de ses frontières après approbation du Parlement.

Le  Parlement a été saisi, conformément à la Constitution, par le président de la République Abdelmadjid Tebboune pour se prononcer sur le projet d’installation d’un détachement de l’ANP dans le Nord du Niger  pour sécuriser les sites pétroliers et les infrastructures énergétiques stratégiques au Niger.

La finalité a été clairement circonscrite par les autorités : il ne s’agit pas d’engager des combats, mais d’assurer une présence de sécurisation.

Ce déploiement s’effectue dans le cadre d’un accord de coopération militaire bilatéral prévoyant l’échange d’expertises face aux menaces transfrontalières (terrorisme, criminalité organisée, trafics).

La décision des autorités algériennes d’envoyer des troupes au Niger est intervenue après la signature, mercredi dernier, d’un protocole d’accord pour le renforcement de la coopération militaire entre les deux pays. Le document a été signé à l’occasion de la visite en Algérie du ministre nigérien de la Défense nationale, Salifou Mody. 

A l’occasion, le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre algérien de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire algérien (ANP) avait affiché «la disponibilité de l’Algérie à examiner toute proposition de la partie nigérienne susceptible de consolider la coopération militaire et sécuritaire, au service des intérêts supérieurs des deux pays frères et conformément à la volonté affirmée de leurs dirigeants ».

Le protocole d’accord en question prévoit « une coopération et un échange d’expériences dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, ainsi que la réponse à tout projet demandé par les autorités nigériennes visant à renforcer les capacités opérationnelles de l’armée nigérienne ».

Pour rappel, l’Algérie a fourni, l’été dernier, une assistance militaire au Niger, en envoyant des avions de chasse à Niamey, pour soutenir les autorités nigériennes lors de la dernière tentative de coup d’Etat dans ce pays.

Sahel : L’Algérie et le Niger font front commun

Une fois déployées au Niger, les forces algériennes seraient appelées à stationner sur la base militaire de Madama, dans le nord du Niger, à proximité de la frontière libyenne ». 

Cette base était, faudrait-il le rappeler, « un ancien point d’appui français développé dans le cadre de l’opération Barkhane ». « Ce site occupe une position stratégique pour la surveillance des espaces sahéliens et des axes transfrontaliers », selon un ancien diplomate algérien, Amar Belani.

Consciente du danger que représente le terrorisme islamiste dans la région, l’Algérie s’implique davantage dans la lutte contre les réseaux criminels organisés et le trafic d’armes ou de drogue qui financent l’insécurité au Sahel. 

Un don de quatre hélicoptères et équipements militaires au Niger a d’ailleurs été effectué le dimanche 9 août par l’Algérie, dont les services de sécurité avaient récupéré  ressortissant allemand, Ulumaskan Sinan, enlevé quelques semaines auparavant  au Niger, a été récupéré par les services de sécurité algériens.

Réactivation des mécanismes conjoints de lutte contre le terrorisme

Les présidents algérien et nigérien, Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani, avaient d’ailleurs décidé, à la faveur de la visite effectuée à Alger, par ce dernier, en février 2026,  de réactiver immédiatement les mécanismes de surveillance des frontières et de lutte contre le terrorisme, au Sahel.

« Face à la persistance des menaces terroristes et de la criminalité transfrontalière organisée, les deux Chefs d’État ont exprimé leur profonde préoccupation et ont affirmé que la sécurité de l’un est indissociable de celle de l’autre », était-il mentionné un communiqué commun rendu public à l’issue de la visite du chef de l’Etat nigérien à Alger.

Dans cet esprit de solidarité active, , les deux dirigeants « ont convenu de réactiver immédiatement les mécanismes algéro-nigériens concernés afin d’intensifier la coordination en matière de surveillance des frontières et d’harmoniser les stratégies de lutte contre le terrorisme et les fléaux qui y sont liés ».

La frontière entre l’Algérie et le Niger s’étend, faudrait-il le souligner, sur une longueur de 951 kilomètres en plein cœur du désert du Sahara. Elle relie le tripoint avec le Mali à l’ouest jusqu’au tripoint avec la Libye à l’est, s’articulant principalement autour du poste frontalier d’In Guezzam et de la localité d’Assamaka du côté nigérien.  Cartesdu monde

Cette zone saharienne fait face à d’importants défis sécuritaires liés aux groupes armés, à la contrebande et aux flux migratoires. L’armée algérienne y maintient un dispositif de surveillance accru.

Le Niger, dirigé par un régime militaire depuis le coup d’État de juillet 2023, est en effet, confronté à des violences djihadistes de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique et son armée semble dépassée par les événements.  

Y. A. O.

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