première partie

Émeutes lycée-haines : un effondrement anthropologique  

Avant tout autre commentaire, une précision : ce qui se passe en ce moment dans les villes françaises, ce ne sont pas des « blocages » de lycées ; ce qui se passe, ce sont des émeutes.

Par Marc Hellebroeck

Publié le 5 octobre 2026

Émeutes lycée-haines : un effondrement anthropologique  

Quel est l’intérêt de dégrader encore davantage son outil de travail, quand ce dernier est déjà bien abîmé ?

Comme toutes les émeutes, celles-ci sont téléguidées en sous-main par des intérêts politiques (1).

Comme toutes les émeutes, celles-ci se caractérisent par des actes de violence physique, par du vandalisme, par du pillage, ainsi que par des incendies volontaires.

Comme toutes les émeutes récentes, celles-ci révèlent le terrible effondrement intellectuel, culturel, moral et anthropologique d’une frange de notre jeunesse.

Revendications, contradictions, révolution ?

Arrêtons-nous sur les revendications des lycéens.

Officiellement, c’est-à-dire selon le narratif toujours dominant de la gauchosphère médiatique (2), il s’agit pour les lycéens de s’insurger contre le manque de moyens alloués à leurs établissements et de remettre en cause l’usine à gaz macronienne que constitue Parcoursup. Jusque-là, rien à redire : il est tout à fait légitime de critiquer la politique éducative d’un gouvernement qui préfère gaspiller des millions pour payer des cabinets de conseil américains plutôt que d’investir dans l’école publique afin d’assurer de meilleures conditions de travail aux élèves (et aux enseignants).

Cependant, une contradiction majeure se fait immédiatement jour : comment des lycéens peuvent-ils sérieusement s’indigner de la vétusté des infrastructures scolaires tout en dégradant ou en incendiant lesdites infrastructures ?

Quel est l’intérêt de dégrader encore davantage son outil de travail, quand ce dernier est déjà bien abîmé ? Les agriculteurs détruisent-ils leur tracteur pour protester contre le Mercosur néolibéral qui les conduit à la ruine ? Les infirmières et les médecins saccagent-ils l’entrée de leur hôpital public pour contester la désastreuse politique de santé du gouvernement ? On s’interroge… ces élèves qui détruisent et incendient leur propre lycée disposent-ils vraiment des facultés cognitives minimales pour suivre une scolarité au sein dudit lycée ou bien sont-ils là juste parce qu’il fallait bien les caser quelque part en attendant le RSA ?

On passera rapidement sur les contradictions mineures :

Voilà d’abord des lycéens qui déplorent l’insuffisance des budgets alloués à l’enseignement, mais qui trouvent, en ce qui les concerne, les moyens d’acheter du carburant hors de prix et des mortiers d’artifice afin de  mener des opérations de guérilla urbaine. Pourquoi ne s’achètent-ils pas des livres plutôt que d’investir dans des armes par destination ?

Voilà ensuite des lycéens qui se plaignent du non-remplacement de professeurs malades, mais qui s’offusquent « en même temps » d’emplois du temps soi-disant surchargés. Macron, sors de ces corps !

Voilà de plus des lycéens qui se targuent de préoccupations écologistes, mais qui  incendient des containers en plastique à l’aide d’essence ; le tout  pour un bilan carbone qui pourrait déclencher une crise d’éco-anxiété jusque chez Donald Trump !

Voilà enfin des lycéens qui se pensent de gauche, voire d’extrême gauche, mais dont certains n’hésitent pourtant pas à piller en passant une boutique de vêtements de marque. Chez le fils de bourgeois comme chez le lumpen, l’urgence de la révolution s’arrête là où commence le désir de consommation…

Hors-sujet, Moyen Age, schizophrénie…

En surfant sur les réseaux sociaux, on découvre d’autres revendications, éparses, qui apparaissent totalement hors-sujet par rapport à la sous-dotation endémique de nos infrastructures éducatives…

Ainsi, certains lycéens justifient les dégradations qu’ils commettent par une prétendue lutte contre l’extrême droite. Ah, que n’avons-nous eu des militants antifascistes aussi pertinents et sagaces dans les années 30 ! Et dire qu’il aurait suffi de quelques feux de poubelle et de quelques portails arrachés pour se débarrasser de Mussolini et d’Hitler !

D’autres lycéens contestataires, quant à eux, semblent habités d’un élan mystique et déplorent les lois républicaines qui interdisent le port d’accoutrements religieux médiévaux (voile, abaya) dans les établissements publics. Ils affirment donc audacieusement concilier le combat antifasciste avec les revendications identitaires de la très patriarcale et très réactionnaire extrême droite islamique ! Où quand la schizophrénie idéologique s’ajoute à la déficience cognitive…

On ne voit pas franchement le rapport entre la foi religieuse et le manque de moyens dont souffrent les établissements scolaires… D’ailleurs, si par la grâce de dieu et par la lâcheté munichoise de nos dirigeants, les lycées publics et laïques devenaient un jour prochain des medersas, seraient-ils pour autant moins vétustes et mieux pourvus en budget ? Il est permis d’en douter !

Admettons cependant que ces revendications religieuses soient satisfaites ; les mêmes lycéens révoltés regagneraient-ils alors sagement leurs salles de classe ou bien exigeraient-ils encore une dotation supplémentaire afin de financer l’achat de cailloux pédagogiques dans le but de lapider les jeunes filles qui oseraient venir en cours la tête nue ?

Autre hors-sujet : que viennent faire des drapeaux algériens et palestiniens lors de certaines manifestations lycéennes ? Les élèves qui brandissent ces emblèmes croient-ils que la junte militaire nationaliste au pouvoir à Alger va financer la rénovation des lycées français, alors qu’elle laisse la jeunesse algérienne dans le dénuement et confisque la rente gazière et pétrolière à son profit ? Les mêmes élèves sont-ils informés que le Hamas, organisation politique d’extrême droite au pouvoir à Gaza, a préféré dépenser l’argent de l’aide internationale (et notamment celle de l’Union Européenne) pour acheter des armes de guerre plutôt que pour construire des écoles ?

Quant aux jeunes casseurs (lycéens ou miliciens paramilitaires des Black blocs), revêtus d’une tenue sombre et coiffés d’une cagoule noire, comment les identifier autrement que comme de très glauques cosplayers des terroristes de la branche armée du Hamas ?

Avec un certain nombre de revendications politico-religieuses issues du programme d’ultra-droite des Frères musulmans, avec le drapeau d’un régime nationaliste et avec l’uniforme d’une organisation terroriste et fasciste, ça commence tout de même à faire beaucoup de références à l’imagerie et aux doctrines d’extrême droite pour un mouvement lycéen qui se voudrait antifasciste…

Si ce n’est déjà fait, on peut imaginer que la prochaine étape, pour nos juvéniles révoltés (dont certains ont en fait la mentalité de vieux bigots réacs), consistera à rendre responsables les juifs – pardon, les « sionistes » – du manque de moyens dans les lycées publics…

Contestations, éructations, consternation…

Les étudiants communistes, gauchistes, trotskistes et autres maoïstes exaltés de Mai 68 ont eux aussi jeté des projectiles sur les forces de l’ordre, cassé du mobilier urbain et allumé des incendies.

Mais, qu’on soit d’accord ou pas avec les courants politiques et autres utopies meurtrières dérivés du marxisme, force est de reconnaître que les soixante-huitards étaient capables de s’exprimer intelligiblement, de construire des raisonnements politiques et d’élaborer des critiques argumentées de la société et des institutions étatiques. D’innombrables soixante-huitards sont d’ailleurs devenus écrivains, philosophes, cinéastes ou encore journalistes : la liste serait trop longue à donner ! Témoignages de cette effervescence intellectuelle, les slogans de Mai 68, souvent drôles, ironiques et provocateurs ; parfois même poétiques (qui ne se souvient du fameux « sous les pavés, la plage », slogan tout de même plus évocateur et porteur de sens que le « nik ta mère !» usuel de tant de lycéens actuels ?).

Que vont devenir nos lycéens casseurs et incendiaires de 2026 ? Des rappeurs ineptes ? Des nervis pour les milices antifas ? Des exclus récurrents du marché de l’emploi ? Des recrues pour une quelconque idéologie de haine et de sang avide de remplir des esprits vides ? Le pire, sans doute, est que ces individus déstructurés risquent à terme de donner raison au président de la République, lorsque celui-ci, dans une réflexion d’un mépris abyssal à l’égard des français, évoquait « ceux qui ne sont rien »…

Aujourd’hui, la rhétorique de nombreux lycéens se limite à l’éructation compulsive de « wesh !» et de « wallah !». En les écoutant, ou plutôt en essayant de décrypter leur sabir entrecoupé d’onomatopées et de grossièretés, on oscille entre un sentiment de pitié (pour leurs pauvres capacités langagières) et la peur (car on perçoit la violence qui affleure inévitablement sous leur inculture).

En d’autres termes, de 1968 à 2026, la gauche estudiantine est passée de militants lettrés et exégètes du matérialisme dialectique à la génération Delogu…

En introduction, j’évoquais un effondrement anthropologique d’une partie de la jeunesse. Ces jeunes français qui peinent à s’exprimer, ces jeunes français qui ont trop souvent recours à la violence, ces jeunes français qui haïssent souvent la France où ils sont nés, ces jeunes français totalement dépourvus d’esprit critique et facilement manipulables ; ce sont nos jeunes, ce sont nos enfants. Nous, les adultes, les parents, nous sommes responsables. Nous les avons laissés devenir de jeunes brutes incultes.

Il n’est plus question de compter sur un État failli. Alors, bravo et merci aux papas et mamans qui sont allés chercher leur enfant au milieu des émeutes et des incendies pour les ramener à la maison, pour les ramener à la raison.

Ces parents sont le dernier rempart face à la barbarisation de la jeunesse.

(1) Lettre ouverte aux lycéens et étudiants qui pourraient être mes enfants – Rupture

(2) Une gauchosphère qui est même hégémonique dans les médias de service public, comme vient de le démontrer l’épisode Charles Sapin sur France Inter.

M. H.

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