L’imam de la Grande Mosquée de Poitiers mis en examen pour soupçon de financement du Hamas

Terrorisme islamiste. Cinq personnes, dont Boubaker El Hadj Amor, imam de la Grande Mosquée de Poitiers, ont été mises en examen fin février par le parquet national antiterroriste (Pnat). Elles sont liées aux associations françaises Humani'Terre et Soutien Humani'Terre, soupçonnées de "faire parvenir des fonds, sous couvert d'aide humanitaire, au Hamas, organisation terroriste".

Par Karim Maloum

Publié le 11 mars 2026

L’imam de la Grande Mosquée de Poitiers mis en examen pour soupçon de financement du Hamas

Boubaker El Hadj Amor, imam de la grande mosquée de Poitiers, est sous contrôle judiciaire dans le "transférer des fonds, sous couvert d'aide humanitaire, au Hamas, une organisation terroriste".

Dans le cadre d’une enquête antiterroriste ouverte en novembre 2023 par le Parquet national antiterroriste (Pnat), cinq personnes, dont Boubaker El Hadj Amor, imam de la Grande Mosquée de Poitiers, ont été mises en examen fin février pour des soupçons de financement du Hamas sous couvert d’aide humanitaire.

Les suspects, liés aux associations Humani’Terre et Soutien Humani’Terre, sont poursuivis pour « financement d’une entreprise terroriste », « abus de confiance en bande organisée » et « blanchiment d’abus de confiance en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste ». Tous ont été placés sous contrôle judiciaire.

L’enquête préliminaire, initialement lancée par le Pnat, s’est transformée en information judiciaire au cours des dernières semaines, marquant une accélération des investigations.  Selon les autorités, les associations impliquées auraient servi de canal pour acheminer des fonds vers le Hamas, organisation classée comme terroriste par l’Union européenne. Les mis en examen, parmi lesquels figure Boubaker El Hadj Amor en tant qu’ancien président d’Humani’Terre, sont suspectés d’avoir détourné des dons destinés à l’aide humanitaire en Palestine pour soutenir des activités liées au groupe islamiste.

Boubaker El Hadj Amor, imam tunisien d’origine et figure influente de la communauté musulmane à Poitiers, a nié toute implication dans le financement du terrorisme. Dans une déclaration rapportée par des sources proches de l’affaire, il a insisté sur l’absence de preuves concrètes liant les associations à de telles activités. 

 Humani’Terre, qu’il a dirigée par le passé, se présente comme une organisation dédiée à l’aide humanitaire en Palestine et ailleurs, mais elle fait l’objet de suspicions récurrentes depuis plusieurs années. Des enquêtes antérieures, notamment aux États-Unis, avaient déjà pointé du doigt des liens présumés avec des entités affiliées au Hamas, bien que l’association ait contesté ces allégations.

L’Imam Boubaker El Hadj Amor est également connu pour son rôle au sein des Musulmans de France, une organisation affiliée au courant de pensée des Frères musulmans

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de surveillance des flux financiers vers des zones de conflit au Proche-Orient. Le Pnat, cité par l’AFP, a indiqué que les investigations portent sur des millions d’euros potentiellement détournés.  Les associations Humani’Terre et Soutien Humani’Terre, basées en France, ont vu leurs avoirs gelés depuis plus d’un an, entravant leurs opérations et générant des plaintes de leurs responsables qui se disent « bloqués » sans justification claire. 

Boubaker El Hadj Amor est également connu pour son rôle au sein des Musulmans de France, une organisation affiliée au courant de pensée des Frères musulmans, bien qu’elle ne s’en revendique pas explicitement.  La Grande Mosquée de Poitiers, dont il est l’imam depuis plusieurs années, a fait l’objet de controverses passées, notamment concernant des financements qataris en 2012 pour sa construction, pour un montant de 400 000 euros via la fondation Qatar Charity.  Ces éléments, bien que distincts de l’enquête actuelle, soulignent les scrutins récurrents sur les réseaux musulmans en France.

Les avocats des mis en examen n’ont pas encore réagi publiquement, mais des sources judiciaires indiquent que l’instruction pourrait se prolonger, avec d’éventuelles perquisitions supplémentaires. Le Pnat n’a pas communiqué de détails supplémentaires sur les preuves recueillies, invoquant le secret de l’instruction. Cette affaire met en lumière les défis posés par le financement humanitaire dans des contextes géopolitiques sensibles, où la ligne entre aide légitime et soutien à des groupes armés peut s’avérer floue.

Les autorités françaises, en coordination avec des partenaires internationaux, poursuivent leurs efforts pour démanteler les réseaux de financement terroriste, tout en veillant à ne pas entraver les initiatives humanitaires authentiques. L’issue de cette enquête pourrait avoir des répercussions sur d’autres associations similaires opérant en Europe.

K.M.

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