À Metz, Léon XIV parlera à l’Europe depuis la terre de Robert Schuman
Au quatrième jour de sa visite en France, le 28 septembre, Metz n’accueillera pas seulement un pape, elle accueillera un message. Léon XIV a choisi la Moselle pour parler de paix au moment où l’Europe, encore une fois, doute d’elle-même.
Publié le 24 septembre 2026

Robert Schuman a vécu ce que la Lorraine connaît par cœur, les frontières qui bougent, les annexions, les guerres.
Guerre à l’Est, tensions aux frontières, tentation du repli, le continent cherche un langage. Le pape ira le chercher là où l’Europe communautaire a pris corps, autour d’un nom, Robert Schuman.
Le Luxembourgeois devenu Français. Le député de Moselle. Le ministre. L’un des pères de l’Europe. Celui que l’on appelait déjà, de son vivant, le « saint en veston ».
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Un homme de frontière
Né en 1886 au Luxembourg, élevé dans une culture allemande, naturalisé français en 1919, Robert Schuman a vécu ce que la Lorraine connaît par cœur, les frontières qui bougent, les annexions, les guerres. Il n’en a pas tiré de ressentiment. Il en a tiré un projet.
Après 1945, alors que la France et l’Allemagne sortaient d’un siècle d’affrontements, il a refusé la logique de la revanche. Le 9 mai 1950, sa déclaration a proposé de placer la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une autorité commune. Pas un hymne mais un dispositif, mettre en commun ce qui avait servi à faire la guerre, pour rendre la guerre matériellement plus difficile. L’Europe moderne commence là.
À Metz, cette histoire n’est pas abstraite. La Moselle a connu trois guerres et deux annexions. Elle est devenue, ensuite, un laboratoire de réconciliation, c’est précisément ce que le pape voudra rappeler.
Un catholique en politique
Ce que l’Église retient aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’architecte des institutions, c’est le croyant. Robert Schuman priait chaque jour, assistait à la messe, lisait, se taisait souvent, il refusait d’agir contre sa conscience. Il a défendu le concordat en Alsace-Moselle, non par nostalgie d’Ancien Régime, mais par fidélité à une terre où les cultes restaient inscrits dans le droit local. Il a donné de son argent à des œuvres. Il a vécu sans faste.
En 2021, le pape François a reconnu ses vertus héroïques et l’a déclaré vénérable. C’est l’étape qui précède la béatification, pour devenir bienheureux, il faudrait un miracle attribué à son intercession. Un second miracle ouvrirait la voie à la canonisation.
Léon XIV ne se rendra pas à Scy-Chazelles, dans la maison où Robert Schuman a écrit et dans la chapelle où il repose, trop tôt, trop politique. Le Vatican ne voudra pas peser sur le procès. Mais tout le programme de Metz sera construit autour de lui.
Le pape ne béatifiera personne lundi. Il fera autre chose il remettra Robert Schuman au centre, comme modèle d’un laïc engagé, d’un politique qui n’a pas séparé la foi de l’action publique, d’un Européen qui a cru que la haine n’avait pas le dernier mot.
Emmanuel Macron et d’autres chefs d’État européens seront là
La visite commencera tôt. À 9 h 20, Léon XIV arrivera à l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, en provenance de Lourdes. Dernière étape d’un voyage commencé à Paris. À 10 heures, au Centre des congrès Robert Schuman, il participera à une rencontre interreligieuse. Le lieu n’est pas anodin. Schuman, chrétien convaincu, a toujours pensé la paix comme un travail entre peuples, pas comme un entre-soi confessionnel. À 11 heures, dans le même centre, il prononcera un discours intitulé « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ».
Emmanuel Macron sera là. D’autres chefs d’État européens aussi. Le pape voudra dire que l’Europe n’est pas née d’un marché, mais d’une réconciliation. Qu’elle s’est faite par des gestes concrets, pas par des constructions grandioses. Que la paix mondiale, selon la phrase de 1950, « ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ».
À 14 h 30, il déambulera en papamobile, de l’avenue Foch jusqu’à la cathédrale Saint-Étienne, en passant par l’avenue Robert Schuman, la place de la République, les quais. La ville se figera. Des dizaines de milliers de personnes sont attendues. À 16 heures, messe à Saint-Étienne, « la lanterne du Bon Dieu », sous les verrières de Chagall et l’immensité gothique. Homélie du Saint-Père. Une messe pour la paix, dans une cathédrale qui a vu passer les siècles et les occupations. On raconte même que l’autel porte le bronze d’anciens canons allemands : le symbole, s’il est vrai, sera presque trop parfait. À 18 h 30, départ pour Rome.
Ce que Metz dira
Léon XIV n’ira pas à Bruxelles, il n’ira pas à Strasbourg, il sera à Metz,plus incarné. Une ville de trois frontières, une terre concordataire, le pays de Schuman. En choisissant ce lieu, le pape ne célébrera pas seulement un souvenir européen. Il posera une questionque reste-t-il de l’intuition fondatrice, maintenant que la prospérité ne suffit plus à tenir ensemble les nations ?Lundi, à Metz, Robert Schuman ne sera pas sur l’autel, il sera dans le décor, dans le nom des salles, dans le tracé des rues, dans le sous-texte de chaque discours,un catholique, un politique. Et, pour l’Église, peut-être un jour un bienheureux. Le pape viendra dire que cette idée n’est pas un souvenir,c’est une exigence.
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