Visite du pape en France : au-delà du religieux

La visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, n’est pas seulement un événement religieux. C’est aussi un moment diplomatique de premier plan, le premier voyage officiel d’un souverain pontife dans l’Hexagone depuis Benoît XVI en 2008. Derrière les messes et les processions se jouent des équilibres bien plus larges, les relations franco-vaticanes, le multilatéralisme en crise, une Europe divisée et une parole morale dans un monde de puissances.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 25 août 2026

Visite du pape en France : au-delà du religieux

Cette visite révèle la manière dont Léon XIV entend exercer la diplomatie pontificale.

La visite du pape en France commencera, le 25 septembre, à l’Élysée. Dès son arrivée, Léon XIV sera reçu par Emmanuel Macron. Le président français, qui termine son second mandat, a personnellement relancé l’invitation lors de leur entretien au Vatican en avril. Pour l’Élysée, accueillir le pape permet d’afficher une stature internationale à quelques mois des élections de 2027. Pour le Saint-Siège, accepter une visite d’État un format que le Pape François avait toujours refusé, marque une volonté claire de dialoguer au plus haut niveau avec une puissance européenne majeure, même profondément sécularisée.

Des points de convergence existent. Sur la paix, le multilatéralisme, la régulation de l’intelligence artificielle ou encore la nécessité de préserver un ordre international fondé sur le droit, Léon XIV et Emmanuel Macron se rejoignent souvent. Mais les divergences sont tout aussi nettes. La loi sur la fin de vie, adoptée en 2026 et ouvrant la voie à l’aide active à mourir, a été fermement combattue par l’épiscopat français et le Vatican. Sur les questions de bioéthique, les positions restent incompatibles. La visite se jouera donc sur une ligne de crête, courtoisie diplomatique d’un côté, affirmation sans ambiguïté des principes de l’autre.

Le Vatican insiste : le voyage reste apostolique

Le passage à l’UNESCO constitue le second moment stratégique. L’organisation traverse une période difficile après le retrait des États-Unis décidé par l’administration Trump, qui lui a fait perdre une part significative de son budget. Léon XIV, premier pape américain de l’histoire, s’exprimera dans une institution fragilisée par son propre pays d’origine. Ce choix n’a rien d’anodin. Il offre au Saint-Siège une tribune mondiale pour défendre la culture, l’éducation et le multilatéralisme face à ce que le pape a déjà qualifié de « diplomatie de la force ». Dans un contexte de guerres multiples et de repli des grandes puissances, la parole pontificale à l’UNESCO prendra une résonance particulière.

Reste Metz, l’étape la plus personnelle et la plus délicate. Léon XIV a voulu se rendre dans cette terre de frontière marquée par les guerres. La rencontre « Aux racines de l’Europe, pour la paix et l’unité », organisée au Centre des congrès Robert Schuman, est conçue comme un moment fort. L’Élysée a évoqué la possible présence de dirigeants étrangers, Volodymyr Zelensky, Ursula von der Leyen, voire Donald Trump. 

Le Vatican insiste : le voyage reste apostolique. Transformer Metz en mini-sommet international ferait du pape un figurant dans un décor qui n’est pas le sien. La tension est réelle entre la volonté française de donner une dimension géopolitique à l’événement et le souci du Saint-Siège de préserver sa liberté de parole.

Léon XIV ne viendra pas seulement bénir des foules

Au fond, cette visite révèle la manière dont Léon XIV entend exercer la diplomatie pontificale. Citoyen américain et péruvien, formé par l’ordre de saint Augustin, le pape arrive avec un profil singulier. Il a déjà critiqué la logique de puissance et appelé au retour du dialogue. En choisissant la France, pays fondateur de l’Union européenne et membre permanent du Conseil de sécurité, il se donne une plateforme pour s’adresser à l’Europe et au monde sans passer par Washington.

Les enjeux sont donc triples. Bilatéraux, d’abord,tester et consolider la relation entre une République laïque en fin de cycle et un Saint-Siège qui revendique sa liberté. Multilatéraux, ensuite,défendre l’UNESCO et l’idée même d’un ordre international fondé sur le dialogue. 

Léon XIV ne viendra pas seulement bénir des foules. Il viendra aussi peser, avec les moyens propres de la diplomatie vaticane, sur un moment de fragilité internationale. Dans un monde où les autorités morales se font rares, sa présence en France pourrait bien peser plus lourd que les seuls chiffres de fréquentation.

M. D. P.

La rédaction vous conseille

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non