Sahara Occidental : Faute d’un accord au Conseil de sécurité, la Minurso, démantelée et la situation sur le terrain reste plus qu’incertaine

Alors que son mandat expire ce samedi, deux résolutions successives n'ont pas trouvé les voix nécessaires pour que la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) soit renouvelée. Rabat exige son départ immédiat. Reste à savoir qui surveillera désormais le cessez-le-feu.

Par le correspondant de Rupture à Alger Yacine Aït Ouffella

Publié le 1 novembre 2026

Sahara Occidental : Faute d’un accord au Conseil de sécurité, la Minurso, démantelée et la situation sur le terrain reste plus qu’incertaine

Des membres de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso).

Le 30 octobre 2026, la Russie a opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU face à un projet de résolution mené par les États-Unis concernant le Sahara occidental. Ce blocage historique a entraîné, pour la première fois en 35 ans, le non-renouvellement du mandat de la MINURSO (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental). Moscou a rejeté le texte américain en dénonçant une « approche unilatérale». 

Le projet américain, qui visait à altérer la nature du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et à imposer une formule politique préconçue au détriment du droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination, n’a pas pu être adopté. 

Lors de la séance de vote tenue ce vendredi 30 octobre à New York, la Russie a voté contre, tandis que la Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus, illustrant une rupture claire au sein de l’instance internationale face aux tentatives de contrecarrer les principes fondateurs de la Charte des Nations unies.   

Dans son explication de vote, la représentation permanente de la Fédération de Russie a fustigé une approche unilatérale cherchant à imposer des paramètres prédéterminés aux négociations, tout en ignorant la légitimité internationale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. 

Moscou a réaffirmé qu’aucune solution juste, durable et mutuellement acceptable ne saurait être dégagée en dehors du respect strict de la doctrine de décolonisation de l’ONU et des résolutions consacrant le choix du peuple sahraoui par le biais d’un référendum libre et équitable.

Impasse diplomatique au Conseil de sécurité  

Pour les observateurs, l’exercice du veto russe constitue un coup d’arrêt aux tentatives d’avaliser le statu quo colonial ou de dévier le dossier du Sahara occidental de sa trajectoire juridique d’origine : celle d’une question de décolonisation inscrite à l’ordre du jour de la quatrième commission de l’ONU.

Cette impasse diplomatique au Conseil de sécurité remet au premier plan la nécessité impérieuse de revenir aux fondements du droit international et d’assurer le respect effectif de la volonté souveraine du peuple sahraoui.

La Chine a également jugé que certaines dispositions imposaient un résultat à l’une des parties, sans consultations suffisamment équilibrées. Plusieurs délégations ont rappelé que le droit à l’autodétermination devait rester au cœur du règlement. 

Dans un commentaire daté du 1er novembre, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a détaillé l’argumentation de la Russie. Selon Moscou, Washington a cherché à accélérer artificiellement le règlement du dossier, alors qu’aucun consensus n’existe sur une solution définitive et insisté, à la veille de l’échéance, pour réduire drastiquement les prérogatives de la mission, jusqu’à renoncer à l’organisation d’un référendum.

Pour les Russes, cette démarche ignorait que les parties directement concernées, notamment le Maroc et l’Algérie, s’accordent sur l’importance de permettre à la population de déterminer elle-même son destin, d’autant que les  États-Unis se sont opposés à la reconduction du mandat existant, ce qui place la mission au bord de la suppression.

Washington a, selon lui, voulu réduire le rôle de « pen holder » à un « simple privilège dénué de toute responsabilité ». Or, poursuit-il, cette responsabilité exige de « mériter la confiance » de la partie adverse, à savoir le Front Polisario, ainsi que celle des deux États voisins observateurs, l’Algérie et la Mauritanie.

L’ONU acte la «liquidation» de la Minurso

Après 35 années de présence, la Minurso (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), cesse ses opérations à la suite de la non-reconduction de son mandat par le Conseil de sécurité. Une période de liquidation a débuté en ce 1er novembre 2026, annonce une déclaration du porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric. Cette phase doit permettre d’organiser le rapatriement du matériel et de régler le sort des équipements de la Mission.

Pour la première fois depuis 1991, la Minurso, la mission de l’ONU au Sahara occidental, n’a plus de mandat après celui qui expirait le samedi 31 octobre. La veille, le Conseil de sécurité a rejeté deux textes rivaux. 

D’abord, le projet américain rebaptisait la mission  » Minuso « , sans le R de référendum. Il faisait aussi de l’autonomie placée sous la souveraineté marocaine l’unique base de négociation. Onze voix pour, mais un veto russe. 

Ensuite, le contre-projet de Moscou d’une simple prolongation d’un an du mandat existant n’a récolté que trois voix favorables et cette fois-ci, le veto américain.

Rabat n’a pas attendu pour réagir. Dans la soirée, le Cabinet royal a exigé le départ « dans les prochains jours » du personnel, des véhicules, du matériel et des symboles de la mission. Plus de Minurso, plus de rapports du Secrétaire général, plus de dossier à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité.  

Le retrait, lui, reste encore à organiser. L’ambassadeur américain Mike Waltz promet un départ « ordonné et stable », coordonné avec António Guterres. Le secrétaire général des Nations Unies quittera ses fonctions le 31 décembre, il laisse le dossier à son successeur.

Sur le terrain, le cessez-le-feu signé en 1991, ne pourra plus être garanti. Le Polisario l’avait déjà déclaré caduc en novembre 2020. Paris de son côté, qualifie cette situation de brutale et « d’extrêmement préoccupante ».

Juridiquement, rien n’est clos. La résolution 2797 de 2025 prévoit que le Conseil « reste saisi de la question ».

Y. A. O.

La rédaction vous conseille

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non