Plus de 6 millions de Français sans médecin traitant : la Cour des comptes veut imposer aux généralistes un seuil “minimal” de patients

En 2025, 6,3 millions d'assurés n'avaient pas de médecin traitant. Pour étendre ce dispositif qui existe depuis vingt ans, la Cour des comptes propose de mettre en place de nouvelles mesures pour contraindre les médecins généralistes, tout en améliorant leur rémunération. La Cour des comptes a mis en garde contre le fait que 11 millions de personnes, qui devraient être suivies par un médecin traitant, ne l'ont pas consulté une seule fois dans l'année, soit une personne sur cinq.

Par Karim Maloum

Publié le 1 octobre 2026

Plus de 6 millions de Français sans médecin traitant : la Cour des comptes veut imposer aux généralistes un seuil “minimal” de patients

Derrière ce chiffre, il y a des patients qui peinent à obtenir un rendez-vous, des territoires où les médecins manquent et des services d’urgences qui deviennent parfois la seule solution

Le médecin traitant, dont la notion a été introduite en 2004, est désormais « la porte d’entrée du système de santé », décrit l’institution. « Il assure le suivi dans la durée, coordonne les soins primaires et oriente vers les spécialistes et l’hôpital ». Ce dispositif de l’Assurance maladie est censé pénaliser les personnes ne respectant pas ce parcours en ne remboursant que 30 % d’une consultation (contre 70 % habituellement).

Le rapport pointe toutefois un dispositif « perfectible » dans un pays confronté au vieillissement de sa population et dans un contexte de recherche d’économies pour la branche via la prévention et la pertinence des soins, un suivi régulier par ce médecin devient clé.

Les déserts médicaux sont avant tout des déserts, tout court ! L’administration ferme dans les zones sous-dotées des bureaux de poste, des écoles, des maternités, y supprime des lignes de train, mais obligerait les médecins libéraux à aller s’y installer ? Impose-t-on à des chefs d’entreprise de s’implanter à leurs frais dans les zones dont même l’Etat a renoncé ?

Dans un rapport publié mercredi, la Cour met en évidence la pénurie de médecins, comme en témoignent les données disponibles. En 2025, sur les 237.000 médecins que comptait la France, 100.000 seulement étaient médecins généralistes libéraux.

Derrière ce chiffre, il y a des patients qui peinent à obtenir un rendez-vous, des territoires où les médecins manquent et des services d’urgences qui deviennent parfois la seule solution.

Le medecin traitant participe à la “maîtrise des coûts”, l’amélioration de la “pertinence et la qualité des soins”, souligne-t-elle. Mais “seulement la moitié des 100.000 médecins généralistes en exercice recensés en 2024” exercent ce rôle et parmi les 53.200 généralistes libéraux, 8.500 “n’ont pas (ou très peu) d’activité de médecin traitant”.

Ils sont aussi “inégalement répartis”: il y a 65 médecins traitants pour 100.000 habitants au niveau national mais seulement 25 en Guyane ou 30 en Seine-Saint-Denis, contre 103 dans les Hautes-Alpes. Paradoxalement, les généralistes installés en milieu rural -moins nombreux – endossent plus facilement ce rôle que ceux des centres urbains.

Résultat, si environ 89 % de la population française avait un médecin traitant en 2025, 6,3 millions de patients en étaient toujours dépourvus. Plus préoccupant, parmi eux 575.000 personnes sont en affection de longue durée (ALD) et auraient donc besoin d’un médecin traitant pour coordonner leurs différents soins. Ce nombre a néanmoins été réduit suite aux actions de sensibilisation de l’Assurance-maladie.

Une meilleure rémunération

Aujourd’hui, 6,3 millions d’assurés n’ont pas de médecin traitant, avec une sur-représentation de publics fragiles (précaires, résidents d’Ehpad…). Et un patient sur cinq ne voit pas son médecin traitant dans l’année, déplore le rapport.

Pour améliorer cette couverture, la Cour des comptes prône l’instauration d’un seuil minimal de 500 patients pris en charge en tant que médecin traitant pour tout médecin généraliste libéral installé. Cette mesure permettrait de couvrir une grosse partie des besoins, environ « 4 millions de personnes », d’après la Cour des comptes. Elle serait cependant mal accueillie par les syndicats de médecins libéraux.

En 2024, le dispositif a coûté 1,2 milliard d’euros, entre forfaits versés aux médecins pour leur patientèle suivie et rémunération sur objectifs de santé publique (vaccinations réalisées, dépistages…). Pourtant, l’activité de médecin traitant reste trop peu rémunératrice, estime le rapport.

La Cour des comptes réclame que dans les prochaines négociations conventionnelles, « la part forfaitaire de rémunération des médecins généralistes soit accrue en faveur du renforcement des missions du médecin traitant ». Une manière de rendre cette activité plus attractive.

K. M.

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