Colonisation, mon beau souci
Publié le 2 juin 2026

Le 21 mai dernier, le Journal officiel d’Alger a publié la loi criminalisant la colonisation française.
Le 21 mai dernier, le Journal officiel d’Alger a publié la loi criminalisant la colonisation française. L’article 2 spécifie que cette colonisation est « crime d’État portant atteinte aux principes et aux valeurs humaines, politiques, économiques et culturelles consacrés par les lois, les chartes et les coutumes nationales et internationales ». Et, éternels otages de cette mémorialisation de convenance, les harkis sont visés par la criminalisation de toute justification de la « collaboration avec le colonialisme français ». Il ne suffit pas aux Algériens d’en avoir tué — combien ? 50 000, 70 000, 150 000 ? Les chiffres varient selon les allégeances des historiens. Ou 250 000 en trois mois, au printemps 1962 — à en croire Boussad Azni qui a travaillé sur la question (voir Harkis Crime d’Etat, 2002). Une abomination. Leurs descendants portent le poids des fautes supposées de leurs grands-parents pour les siècles des siècles, et « harki » est devenu une injure commune.
Reste à savoir si cette loi vise la France, ou est à usage interne. Le régime algérien, aux abois, n’a d’autre ressource que de faire porter à la France le chapeau du sous-développement, en réactivant tous les quatre matins une culpabilité que les Algériens sont seuls à infliger à leurs anciens colonisateurs : le Vietnam, par exemple, qui s’est libéré au terme d’une guerre bien plus longue et qu’il a gagnée sur le terrain, lui, n’y songe guère, reçoit chaque année des dizaines de milliers de touristes français et américains, et fait des affaires avec ces deux pays, et une foule d’autres.
Evidemment, ce qui suivra et qui est déjà dans les discours des partis qui guignent les voix des Musulmans en France, c’est l’indemnisation des survivants, de leurs enfants, petits-enfants, etc..
Bonne idée. Mais cela suppose une mise à plat des responsabilités effectives. Par exemple : à qui appartenait originellement le Maghreb ? Quelles populations sont en droit de réclamer des indemnisations, et le retour de terres et des ressources indument annexées par d’horribles colons ?
Le Maghreb est une terre berbère. Les Arabes qui y sont venus au VIIIe siècle étaient des envahisseurs, pas plus respectables que les Turcs (plus tard) ou les Français (encore plus tard), et beaucoup plus cruels, en ce qu’ils ont imposé aux natifs, par le fer et par le feu, une religion qui n’était pas la leur. Cela aussi doit se payer.
Les Berbères actuels, Kabyles et autres, doivent impérativement, sur les bases définies par la loi qui vient d’être promulguée, réclamer aux autorités d’occupation des indemnisations massives. Pensez à tout ce pétrole et à tout ce gaz exploités dans leur dos par des militaires qui en récoltent les dividendes à leur strict bénéfice.
La France est un petit joueur par rapport à ce que les Arabes ont infligé aux Kabyles. Elle a d’ailleurs investi en Algérie, entre les XIXe et XXe siècles, bien davantage que ce que le pays lui a rapporté. Des investissements lourds, qu’elle a laissés clefs en main aux nouveaux maîtres, qui se sont empressés de les laisser pourrir.
Les Turcs même n’ont guère occupé que la Régence d’Alger et quelques ports. Ce sont les Arabes et les descendants qui sont les premiers responsables de la dépossession des légitimes occupants.
Mais que fait donc le droit international ?
À noter que le caractère un peu borgne des législateurs n’est pas réservé à l’Algérie. En France, la loi Taubira, en édictant la responsabilité de la France dans la traite Atlantique, et en passant sous silence la traite intra-africaine ou saharienne, n’a pas fait mieux. Il est apparemment des souffrances qui valent plus cher que d’autres — puisqu’aussi bien les responsables déclarés sont uniquement ceux qui sont en mesure de payer, rétroactivement. Personne n’a l’idée de mettre en cause les monarchies arabes où finissaient, dans un état abominable, les malheureux livrés aux marchands arabes par leurs roitelets locaux. Le maire actuel de Saint-Denis, Bally Bagayoko, en se réclamant d’une généalogie malienne soninké « noble », s’est rangé dans le clan des esclavagistes, sans trop le dire à ses nouveaux administrés. Quand on commence à faire le ménage, il faut le faire à fond.
En attendant, les descendants de Berbères sont tout à fait dignes de réclamer le pouvoir et le territoire — et de chasser de chez eux tous ceux qui se réclament d’une ascendance « arabe » : les guillemets correspondent au fait que toutes les analyses ADN prouvent que les Algériens sont majoritairement de sang berbère, avec un peu de turc et de français çà et là. Et parfois même du juif séfarade, la présence juive en Afrique du Nord étant attestée depuis le IIIe siècle, bien avant que les Arabes quittent les sables de leurs déserts. C’est la combinaison de ces diverses origines qui constitue le Maghrébin d’aujourd’hui. Eh oui, nous sommes tous de sang mêlé, que voulez-vous…
Il ne faut pas jouer avec l’Histoire. Elle se rebelle, à moins qu’on ne la force à se plier aux diktats des politiques. Mais à la fin, elle gagne toujours.
Jean-Paul Brighelli
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