Sansal et l’agonie du « progressisme »
Par Denis Collin
Publié le 29 avril 2026

Orwell et Sansal ont dû affronter les critiques et les calomnies des « progressistes ».
Sansal rend hommage à Orwell. 2084 reprend la tâche là où Orwell l’avait laissée : il annonce le monde nouveau, l’Abistan remplace Oceana et Abi a pris la place du Grand Frère. Orwell et Sansal font tous les deux le terrible constat de la fin d’un espoir, de la transformation du paradis en enfer.
Le socialisme ou le communisme du xxe siècle a forgé une cage d’acier brisant toute activité du peuple, épié, surveillé, terrorisé par les opérations de la police politique et les camps d’internement – un retard au travail pouvait vous valoir trois ans de déportation à l’époque stalinienne. L’émancipation des peuples colonisés et soumis à l’impérialisme a débouché sur des tyrannies, souvent calquées sur le modèle stalinien, même s’il arrivait qu’elles fussent moins terribles que celle du moustachu géorgien. Encore que… La Chine et le Cambodge ont fait ce qu’il fallait pour « rattraper et dépasser » l’URSS. L’Algérie, Cuba et la Corée du Nord sont les témoins de ce passé des illusions qu’on rêvait libératrices.
Orwell et Sansal, pour avoir peint sans fard la réalité de ces prétendues émancipations sociales et libérations nationales, ont dû affronter les critiques et les calomnies des « progressistes ». Les staliniens et leurs agents d’influence n’ont pas manqué d’accuser Orwell d’être un agent de la CIA. Sansal est qualifié d’agent du colonialisme et de l’extrême droite. Les procédés sont les mêmes contre ces deux auteurs qui demandent de se réveiller aux hallucinés consommateurs de cette drogue que la caste dirigeante veut faire ingérer au peuple pour le rendre totalement apathique et incapable de révolte.
Orwell fut qualifié d’anticommuniste et, dès sa sortie, en 2015, le 2084 de Sansal était catalogué « islamophobe » par Paris Match ! Orwell avait combattu le franquisme en Espagne et il avait pu juger sur pièces la manière dont les communistes traitaient ceux des républicains qui n’étaient pas d’accord avec eux. Sansal a vécu de près l’offensive des islamistes du FIS pendant la décennie sanglante : Le serment des barbares en témoigne. Comme Orwel était devenu un antistalinien intraitable, Sansal a tiré de son expérience une opposition catégorique à l’islamisme sous toutes ses formes.
Les « progressistes », hallucinés du « sens de l’histoire », n’aiment pas qu’on brise les idoles. La mort de Staline et le « rapport attribué au camarade Khrouchtchev » en 1956 les ont précipités vers les illusions de rechange. Ils furent castristes, trouvant toutes les grâces à ce stalinisme tropicalisé qui organisait un quadrillage systématique de la population. Ils devinrent maoïstes et tombèrent à bras raccourcis sur cet autre « élève d’Orwell » qu’était Simon Leys. Ils se mirent à adorer les immigrés musulmans, promus nouvelle avant-garde prolétarienne par Alain Badiou, par ailleurs chantre des Khmers rouges.
Les voilà qui sautent bientôt dans le train de la révolution islamique de Téhéran. L’ayatollah Khomeiny, solution de rechange américaine pour contrarier les rêves de grandeur du Shah, fut promu nouveau leader révolutionnaire mondial par une partie de l’intelligentsia gauchiste ou pseudogauchiste – car c’est un abus de langage de qualifier Foucault de gauchiste. Entre temps, Alger était restée « la Mecque de la révolution », comme l’a rappelé l’inénarrable Rima Hassan.
Mais patatras ! Comme Orwell avait exhibé les cadavres du placard stalinien, comme Simon Leys avait montré ce qu’habillaient Les habits neufs du président Mao, suscitant l’ire de tous les maoïstes mondains, Boualem Sansal démasque l’islam, prétendue religion des pauvres et des colonisés. Cela ne saurait lui être pardonné.
L’emprisonnement de Boualem Sansal et les cabales montées après sa libération ont pleinement révélé ce qu’était ou était devenue l’intelligentsia progressiste. Il est loin le temps où l’on défendait le capitaine Dreyfus contre une conspiration de l’état-major, loin le temps où l’on pouvait d’une âme pure défendre les dissidents soviétiques, les Sakharov, Girgorenko ou Pliouchtch, loin le temps de la solidarité avec Solidarnosc.
Désormais, on ferme les yeux sur la répression des écrivains par le régime kleptocratique militariste d’Alger : où sont les protestataires, les pauvres « victimes » de Bolloré, après la peine prononcée contre Kamel Daoud ? Libé peut titrer sur « le fragile printemps de Téhéran » en guise de commentaires d’une nouvelle vague d’exécution. Tout est là.
Nous ne pourrons pas dire que nous n’avions pas été prévenus. Boualem Sansal a dit ce qu’il y avait à dire.
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