7 octobre 2023 : trois ans, que reste-t-il ?
On ne doit pas oublier, on ne doit pas oublier que l’oubli est déjà une forme de consentement. Chaque date qui passe sans mémoire devient une date ordinaire. Le 7 octobre ne doit pas devenir une date ordinaire.
Publié le 7 octobre 2026

Ne pas oublier les noms, ne pas oublier les visages.
Le 7 octobre 2023, le Hamas a massacré environ 1 200 personnes en Israël et enlevé 251 otages. Le plus grand massacre de Juifs en un seul jour depuis la Shoah. Des familles abattues dans leurs maisons, des jeunes fauchés à un festival, des viols filmés, des enfants brûlés. Ce n’était pas une « opération ». C’était un pogrom et il n’a pas été nié, il a été relativisé, parfois fêté, souvent effacé.
Albert Camus l’avait écrit « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » On a mal nommé, on a parlé de résistance de contexte de colère, on a retiré au massacre son nom, on a ajouté au malheur.
La leçon n’a pas été tirée, elle a été inversée.
En France, la flambée a commencé dès le lendemain, avant toute réponse israélienne. Entre le 7 octobre et le 31 décembre 2023, 1 242 actes antisémites ont été recensés, soit une hausse de plus de 1 200 % d’un mois sur l’autre. En 2022, on en comptait 436 sur l’année. En 2023, 1 676, en 2024, 1 570, en 2025, 1 320 trois fois le niveau d’avant le pogrom, plus de 3,5 actes par jour et une année record de violences physiques, 126 agressions.
Les juifs représentent moins de 1 % de la population française et ils concentrent encore plus de la moitié des actes antireligieux. La haine vise désormais d’abord les personnes, pas les murs. Elle s’est installée dans la rue, à l’école, sur les réseaux, parfois sous le masque commode de l’antisionisme. Encore un mot mal posé, qui ajoute au malheur.
Trois ans plus tard, les derniers otages sont rentrés. Le niveau de haine n’a pas redescendu, il est resté. On a appris à détourner les yeux, on n’a rien appris du 7 octobre 2023. Et pourtant, on ne doit pas oublier.
Ne pas oublier les noms. Ne pas oublier les visages qui arrachaient les affiches. Ne pas oublier que la haine a précédé la riposte et que certains l’ont applaudie dès le matin du massacre.
Ne pas oublier que l’oubli est déjà une forme de consentement. Chaque date qui passe sans mémoire devient une date ordinaire. Le 7 octobre ne doit pas devenir une date ordinaire.
Ce qui reste, si l’on refuse d’oublier, c’est une exigence simple, nommer juste. Nommer le pogrom, nommer l’antisémitisme et ne pas laisser la haine s’enraciner sous prétexte qu’elle change de vocabulaire. Mal nommer, c’est déjà consentir.
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