Élimination annoncée de la gauche en 2027
Dans Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, Marx écrivait : « La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants. » Et nous avons tendance à utiliser les idées, les catégories du passé pour parler du présent ou pour scruter l’avenir. Ainsi le clivage gauche-droite continue de hanter les analystes, alors qu’il a perdu à peu près toute pertinence. En quoi Glucksmann est-il de gauche ? Sans doute est-il de cette « gauche américaine » que vilipendait jadis Jean-Pierre Chevènement, pourtant devenu depuis un soutien de Macron…
Par Denis Collin
Publié le 30 mai 2026

En dehors du PS, restent les écologistes dont une partie est déjà phagocytée par LFI, le PCF voué à un score groupusculaire...
On doit constater que le mot « gauche » ne recouvre aucune politique précise, aujourd’hui. Le PS depuis 2024 est devenu la dernière béquille du gouvernement de Lecornu. Ses candidats potentiels, Hollande et Cazeneuve représentent une politique bien connue, celle du quinquennat Hollande qui était sur la même ligne que le précédent (celle de Sarkozy) et ce sont eux qu’ils ont mis sur les rails Macron. Toutes ces politiques sont seulement des nuances sur un agenda qui est fixé par les instances européennes.
La dislocation du PS, que nous avions analysée dans un récent papier de Rupture, se poursuit et le seul candidat du PS qui semble en mesure de concourir pour 2017 n’est pas au PS : c’est Glucksmann et son microparti « Place publique ». Rappelons les scores de Hamon (2017) et Hidalgo (2022) : 6,35% et 1,7%…
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En dehors du PS, restent les écologistes dont une partie est déjà phagocytée par LFI, le PCF voué à un score groupusculaire, Clémentine Autin (et peut-être ses amis comme Corbière) et François Ruffin avec Debout, chacun y allant de son côté, leurs divergences étant de plus en plus abyssales. J’allais oublier Nathalie Artaud pour le pourcent de « Lutte ouvrière ». J’hésite à placer LFI dans les forces de gauche, tant son évolution depuis 2018 la mène sur une autre trajectoire.
Rappelons que la gauche historique, celle qui s’est constituée au début du siècle précédent, s’était formée autour de l’affaire Dreyfus, de l’alliance des socialistes jauressiens et des radicaux. Les prises de position communautaristes et antisémites de LFI sont aux antipodes de cette tradition. On voit mal Rima Hassan en héritière de Jean Jaurès ! La laïcité, jadis un des « marqueurs de gauche » est violemment combattue par LFI.
Mélenchon n’a quasiment aucune chance de battre le candidat du RN
Quoi qu’il en soit, la division de la gauche lui interdit de prétendre faire autre chose que de la figuration lors de cette présidentielle de 2027… D’autant plus que, ayant fixé comme objectif central la lutte « contre le fascisme » et la nécessité de « battre l’extrême-droite », tous les chefs de la gauche appellent de fait à voter pour le candidat macroniste le mieux placé pour battre le RN ! Chacun sait que Mélenchon, s’il parvient au second tour, ce qui est loin d’être fait tant il a réussi à se faire détester même chez les électeurs qui ont voté pour lui en 2017 et 2022, n’a quasiment aucune chance de battre le candidat du RN, quel qu’il soit.
Cette situation n’est pas due aux divisions. Ce sont les divisions qui expriment un phénomène bien plus profond et qui est loin d’être seulement français. La gauche, toutes tendances confondues, c’est à peine un tiers des électeurs. En Allemagne, le SPD, à 15% est à son niveau le plus bas depuis se fondation. Si on ajouter Die Linke et le BWS de Sarah Wagenknecht, on est à 30% bien pesé. En Italie, la gauche a disparu, remplacée par un parti centriste proche de Macron, le PD, alliance baroque d’anciens communistes et d’anciens démocrates chrétiens. En Grande-Bretagne, le Labour est très mal en point et a pris un cinglante raclée lors que dernières élections locales. La gauche européenne était articulée sur les partis sociaux-démocrates et les partis communistes.
Les « réformistes » n’avaient plus de réformes sociales à proposer
La séquence 1989-1991 a sonné le glas des PC – le plus spectaculaire étant la disparition du PC italien qui était le principal PC en dehors de la sphère soviétique. Les lendemains qui chantent étaient devenus un cauchemar et les électeurs communistes se réfugiés soit dans l’abstention soit dans le vote pour les partis « nationalistes » de droite, comme la Lega italienne ou le FN-RN en France. Tout cela aurait dû ouvrir une voie royale aux « réformistes », mais les « réformistes » en question n’avaient plus de réformes sociales à proposer.
En 1991, le PS avait accepté que le capitalisme barre son horizon historique. Il ne restait plus de « grain à moudre » pour le réformisme et les partis réformistes ont cherché à changer de clientèle (voir le rapport de Terra Nova) en se concentrant sur les questions « sociétales » qui concernent une couche assez mince de la société française, une couche elle-même en crise : il suffit de mesurer la progression du RN chez les enseignants, jadis bastion de la gauche pour s’en rendre compte. Les « gens ordinaires » (pour parler comme Christophe Guilly) sont les victimes de la mondialisation et d’une immigration incontrôlée. Ils veulent rester ici chez eux, car eux ne sentent pas mieux en New York qu’en Picardie, comme l’avait confié Glucksmann.
Pour conclure, le clivage droite-gauche s’est fondé sur la défense de la république, de la laïcité, de la liberté-égalité-fraternité et des droits sociaux des travailleurs. De l’affaire Dreyfus à l’Union de la gauche en passant par le Front populaire et la Comité national de la résistance, il avait une certaine consistance – même si de profondes ambiguïtés minaient l’édifice. Les profondes transformations économiques, sociales, politiques et culturelles des dernières décennies ont vidé la gauche de sa substance et préparé sa sortie de la scène politique. Le vieux monde est mort et le nouveau peine à accoucher. La place est libre pour les nouveaux monstres.
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