Ce virus qui nous hanta !
Par Marc Hellebroeck
Publié le 23 mai 2026

Selon l’analyse indiscutable des labos pharmaceutiques – lesquels, comme chacun sait, sont uniquement animés de préoccupations philanthropiques – le nouveau virus était capable de franchir les grillages, de traverser les murs et de se glisser sous les portes des domiciles.
Un jour, il y eut une épidémie de Stanfordovirus. C’était un nouveau virus particulièrement mortel, comme d’habitude. Sauf que cette fois, selon les experts, la maladie se transmettait non seulement par les aérosols respiratoires et par les fluides corporels, mais aussi par les appels téléphoniques, par les réseaux sociaux et par la pensée. Dans un souci prophylactique, le gouvernement coupa donc immédiatement internet et les réseaux mobiles, afin d’éviter à la population d’être contaminée. Seuls le président de la République et les ministres conservèrent leurs accès aux réseaux de télécommunications, risquant ainsi héroïquement leurs vies pour assurer la continuité de l’État.
Concernant les risques de contamination par la pensée, il fut heureusement inutile d’engager une coûteuse campagne de lobotomisation générale qui aurait lourdement grevé le budget déjà déficitaire de la Sécurité Sociale : en effet, les médias avaient déjà fait le nécessaire pour immuniser la population contre ce mode de transmission.
L’origine du virus était discutée : pour certains, il était transmis par les fientes de gypaètes barbus du Baloutchistan ; pour d’autres, les responsables étaient plutôt les phacochères du Swaziland, dont on avait retrouvé des côtelettes en vente sur le marché de Garges-lès-Gonesse. Bref, on ne savait pas trop… En revanche, ce qu’on savait avec certitude, c’est que tout individu atteint présentait les symptômes suivants : d’abord il ressentait une forte fièvre accompagnée de tremblements, puis il commençait à vomir son cerveau et ses intestins par les narines. Au stade final, le corps du malade quintuplait de volume avant d’exploser dans un geyser de sang et de pus mêlés, libérant par la même occasion des quantités de larves gluantes et visqueuses qui allaient aussitôt se loger dans le corps des personnes alentours. Le ministre de la Santé, Olivier Nadermo-Zerpfi, avait d’ailleurs annoncé en toute transparence un taux de létalité de 147, 71 % pour les infectés non vaccinés.
Quant au président, après avoir, selon l’usage, consulté McQuisait (mieux que tout le monde), il décréta un nouveau confinement. De plus, tous les français confinés devaient désormais s’auto-signer une attestation de sortie (des excréments) pour se rendre aux toilettes entre 6h et 20h. De 20h à 6h, un super-confinement fut mis en place qui interdisait à chaque habitant du pays, même vivant seul, de sortir de sa chambre et de circuler dans les autres pièces de son domicile, wc compris. Quand le cabinet de conseil déconseille les cabinets, c’est que l’affaire est sérieuse !
Les dérogations n’étaient accordées qu’en cas d’urgence absolue : à savoir participer à une manifestation en l’hommage d’un délinquant défunt ou bien se rendre au centre des finances publiques pour s’acquitter de ses impôts.
Cependant, il s’avéra rapidement que le seul confinement ne suffirait pas à contenir l’épidémie dans la mesure où, selon l’analyse indiscutable des labos pharmaceutiques – lesquels, comme chacun sait, sont uniquement animés de préoccupations philanthropiques – le nouveau virus était capable de franchir les grillages, de traverser les murs et de se glisser sous les portes des domiciles. Des témoignages attestaient même l’avoir vu se glisser par les conduits de cheminée, tel un Père Noël funèbre apportant, au lieu des cadeaux, la mort et la désolation dans les foyers hexagonaux ! C’est pourquoi le gouvernement lança immédiatement une campagne de vaccination massive et obligatoire : soit 3 vaccins par jour et par personne, à administrer uniquement entre 14 h et 16 h (heures auxquelles le virus faisait une sieste) et impérativement en position debout (car la position assise réveillait le virus). Heureusement que le vaccin avait été produit et stocké en quantité suffisante avant même l’arrivée du virus, sinon on aurait pu en manquer !
Par ailleurs, même si ce vaccin n’empêchait absolument pas la transmission du virus, ni de développer la maladie, il fut démontré qu’il réduisait considérablement le risque de mourir percuté par une météorite pendant un match de tennis, d’où la nécessité absolue de vacciner l’ensemble de la population, y compris les manchots et les aveugles.
Malheureusement, une minorité de complotistes à tendance fascistoïde refusa obstinément de se soumettre aux bienveillantes injonctions gouvernementales. Ces « Gaulois récalcitrants » – c’est ainsi qu’ils se nommaient – déféquaient en dehors des horaires autorisés, s’essuyaient ensuite le derrière avec les auto-attestations, refusaient la triple vaccination journalière et allaient jusqu’à braver le couvre-feu permanent pour se réunir et discuter, boire un coup ensemble ou jouer au ballon ! Fort heureusement, une bienvenue réaction civique prit corps au sein de la population légaliste, avec la constitution de brigades de « Voisins vichystes » qui, l’œil collé à leur fenêtre 24h sur 24, pratiquaient la délation citoyenne à l’égard des contrevenants. C’est ainsi que lors d’une perquisition de la police chez l’un de ces « Gaulois récalcitrants », on découvrit une bouteille en plastique dont le bouchon n’était plus solidaire du goulot ! L’enquête démontra ensuite que ledit bouchon avait été manifestement arraché ! C’était dire le niveau de radicalisation de ces individus…
Pour contraindre lesdits « Gaulois récalcitrants » à rester définitivement chez eux, il fallut se résoudre à leur administrer des doses massives de benzodiazépine. « C’était indispensable de neutraliser ces bio-terroristes pour sauver des vies », déclara le porte-parole du gouvernement, avant d’annoncer qu’afin d’endiguer la propagation du virus, il faudrait passer à 17 vaccinations par jour et, en même temps, envisager un confinement prolongé la tête enfoncée dans le sable.
La rédaction vous conseille
Envie de lire tous les articles ?
Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.