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La « rafle du billet vert » : la première arrestation massive de juifs en France occupée
Par une matinée printanière ordinaire, près de 3 747 hommes juifs étrangers, convoqués par une simple carte verte, se présentent dans des centres administratifs parisiens pour un prétendu « examen de situation ». Ils ne le savent pas encore : ils viennent de tomber dans le piège de la première opération d’arrestation massive orchestrée par la police française à la demande des autorités nazies.
Publié le 6 mai 2026

Cette rafle, passée à la postérité sous le nom de « rafle du billet vert », marque le début concret de la machine de persécution antisémite en zone occupée.
Cette rafle, passée à la postérité sous le nom de « rafle du billet vert », marque le début concret de la machine de persécution antisémite en zone occupée. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, les recherches rigoureuses de Serge Klarsfeld et de l’association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF) permettent d’en reconstituer avec une précision inédite le déroulement, les responsables et le destin tragique des victimes.

Historien, avocat et président de la FFDJF, Serge Klarsfeld a consacré une partie essentielle de son œuvre à cet événement fondateur. Dès les années 1970, il acquiert en Allemagne des photographies rares de la rafle et les rend publiques, offrant aux familles et aux historiens les premiers visages concrets de ces internés. En 2011, l’association publie sous sa direction une brochure exhaustive intitulée La rafle du « Billet Vert », 14 mai 1941, qui compile archives policières, listes nominatives et témoignages.
Ces travaux s’inscrivent dans une démarche plus vaste : le Mémorial de la déportation des Juifs de France, monument historiographique de référence, dans lequel Klarsfeld a identifié et nommé chaque déporté, y compris les quelque 3 000 hommes raflés ce jour-là et déportés ultérieurement vers Auschwitz.
Le contexte de cette opération révèle une collaboration active entre Vichy et l’occupant. Dès l’automne 1940, les autorités françaises recensent les Juifs étrangers. Theodor Dannecker, représentant d’Eichmann à Paris, exige des arrestations massives. La police parisienne, sous la direction du préfet François Bard, exécute l’ordre avec zèle. Les convocations, imprimées sur un billet vert, sont envoyées à plus de 6 600 hommes âgés de 18 à 60 ans, principalement polonais ou apatrides. Convaincus qu’il s’agit d’une formalité, les destinataires se présentent accompagnés d’un proche. Arrêtés sur place, ils sont transférés le jour même vers les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, alors placés sous administration française.
Grâce à l’engagement inlassable de Serge Klarsfeld et de la FFDJF, la rafle du 14 mai 1941 n’est plus une note en bas de page de l’Histoire
Les recherches de Serge Klarsfeld ont permis de corriger et de préciser les chiffres officiels. Son analyse des rapports de la préfecture de Police établit à 3 747 le nombre exact d’arrestations. Dans ses ouvrages majeurs, tels Vichy-Auschwitz ou 1941, les Juifs de France, il démontre comment cette rafle préfigure les mécanismes ultérieurs : internement administratif, séparation des familles et déportation systématique. Près de 800 détenus parviendront à s’évader ou seront libérés dans l’année ; la grande majorité des autres seront intégrés aux premiers convois vers Auschwitz en juin et juillet 1942 (convois 4, 5 et 6), où ils seront assassinés.
L’apport de la FFDJF dépasse la simple compilation documentaire. En publiant la brochure de 2011 et en participant à de nombreuses commémorations notamment celle du 80e anniversaire en 2021 au gymnase Japy l’association a permis de redonner une identité individuelle aux victimes.
Les photographies exhumées par Klarsfeld dans les années 1970, complétées plus tard par la découverte de 98 clichés inédits acquis par le Mémorial de la Shoah, transforment un événement statistique en tragédie humaine. Ces images, prises par le photographe de propagande Harry Croner, montrent les files d’attente, les familles séparées et les trains en partance. Elles constituent, selon Klarsfeld lui-même, un témoignage visuel irremplaçable sur les débuts de la Solution finale en France.
L’exposition « Images de la rafle du billet vert », ouvre ses portes le dimanche 10 mai 2026
Aujourd’hui, ces travaux continuent d’alimenter la mémoire collective et la recherche historique. Ils soulignent la responsabilité spécifique du régime de Vichy, qui n’hésita pas à devancer les exigences allemandes. Ils rappellent également que la rafle du billet vert ne fut pas un incident isolé, mais le prélude à la déportation de plus de 76 000 Juifs de France, dont seuls 2 500 environ survécurent.
Grâce à l’engagement inlassable de Serge Klarsfeld et de la FFDJF, la rafle du 14 mai 1941 n’est plus une note en bas de page de l’Histoire. Elle devient un chapitre documenté, nommé et commémoré, afin que les générations futures comprennent les mécanismes de la collaboration et les horreurs qu’elle engendra. Dans un contexte où la mémoire de la Shoah reste un enjeu vital, ces recherches constituent un rempart contre l’oubli et une contribution décisive à la vérité historique.
L’exposition « Images de la rafle du billet vert », ouvre ses portes le dimanche 10 mai 2026 et se poursuivra jusqu’au 31 décembre 2026 au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris.
Cette exposition temporaire présente un ensemble exceptionnel de 98 photographies inédites, découvertes récemment et acquises par le Mémorial.
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