– Critique de la déraison antisémite – ouvrage collectif dirigé par Daniel Salvatore Schiffer

Par Karin Hann (*)

Publié le 27 novembre 2025

– Critique de la déraison antisémite – ouvrage collectif dirigé par Daniel Salvatore Schiffer

Une trentaine d’intellectuels venus de tous horizons sont rassemblés dans cet ouvrage.

7 octobre 2023 : l’État d’Israël est ensanglanté par le plus grand pogrom de l’histoire depuis la Shoah. 1200 personnes massacrées, violées, torturées, mutilées, démembrées ou brûlées vives et 251 autres emmenées comme otages dans les infâmes tunnels de Gaza par les terroristes du Hamas.

Stupeur : au lendemain de ce drame, on découvre que ce sont les synagogues et les lieux juifs de France qu’il nous faut protéger !

Ce renversement sémantique sans précédent est un marqueur qui interroge, car ce constat en dit long sur l’inversion totale des valeurs à laquelle nous assistons.

Immédiatement en effet, dans de très nombreux pays, l’extrême gauche monte au créneau, qualifiant les tortionnaires de « résistants », dénonçant « la politique coloniale de l’État hébreu » et « la dérive extrême-droitière de Netanyahou », légitimant, en creux, la torture, le massacre et la capture de tous ces innocents.

On assiste alors, jour après jour, à un retour de l’atmosphère hallucinante des années 1930. « [Il] s’est produit, ainsi que le souligne le philosophe et écrivain Pascal Bruckner qui signe dans cet ouvrage, un étrange renversement : l’antisémitisme, passion de la droite nationale, est passé dans le camp de la gauche décoloniale ».

L’horreur ne s’arrête pas là

Un courant négationniste apparaît au point que les vidéos des atrocités commises durant ce shabbat noir, pourtant postées par les tortionnaires eux-mêmes sur les réseaux sociaux de leurs victimes, sont remises en question, tandis que de nombreux médias relaient sans vérification aucune les chiffres et la propagande du « ministère de la santé » du Hamas, instaurant explicitement une équivalence sans précédent entre les communiqués d’une démocratie – Israël –  et ceux d’une entité terroriste reconnue comme telle par tous les pays occidentaux[1].

Un silence assourdissant de la part des (pseudo) féministes entoure les épouvantables crimes sexuels commis lors de cette funeste journée, en dépit du fait qu’ils soient parfaitement documentés.

Parce qu’elle est commise au cœur l’État hébreu, la souffrance est niée

Une vague antisémite déferle sur le monde, sous couvert d’antisionisme, désignant les Israéliens comme « génocidaires » (avant même que la réplique de Tsahal n’ait commencé), pour se muer en un antisémitisme décomplexé, qui place des cibles sur les Juifs, multiplie les agressions physiques ou verbales, les dénonce dans des listes publiées sur les réseaux sociaux, les exclut et les pousse à partir ou à travailler en distanciel quand il s’agit d’étudiants. 

Une atmosphère irrespirable et préoccupante que dénonce une trentaine d’intellectuels venus de tous horizons, ayant une histoire, un parcours et des sensibilités différentes, rassemblés dans un ouvrage, Critique de la déraison antisémite, sous la houlette du philosophe et universitaire Daniel Salvatore Schiffer. 

À la suite d’Hannah Arendt, de Primo Levi ou d’Emmanuel Lévinas, ce collectif tente d’éveiller les consciences sur ce qui fracture notre cohésion sociale. Dédié à l’écrivain Boualem Sansal, (qui devait initialement y adjoindre sa contribution avant d’en être empêché par son emprisonnement arbitraire en Algérie), il dénonce l’antisémitisme sous toutes ses formes, en analysant son histoire, en rappelant ses enjeux, en explicitant son instrumentalisation cynique et tous les poncifs mensongers dont il se nourrit ; ceci afin d’opposer un « non » catégorique à tous les « oui, mais… » innommables qui tentent sans relâche de justifier l’injustifiable.

La bête immonde revient, démontrant qu’elle n’était hélas qu’endormie. Elle déchaîne à présent les instincts les plus viles.

Or, en menaçant ainsi l’unité et la survie de nos démocraties, elle engage aussi notre avenir.

Ce fléau doit donc nous mobiliser avec force.

Parce que de tout temps, cette déraison n’a mené qu’au chaos. 

Critique de la déraison antisémite – Éditions Intervalles – Recueil publié sous la direction de Daniel Salvatore Schiffer :

Marc Alpozzo, Stéphane Barsacq, Rachel Binhas, Pascal Bruckner, Sarah Cattan, Hassen Chalghoumi, Sophie Chauveau, Elie Chouraqui, Alexandre Del Valle, Michel Dray, Luc Ferry, Renée Fregosi, Karin Hann, Lisa Hirsig, Nathalie Krikorian, Bérénice Levet, Philippe Mocellin, Michel Onfray, Victoria Pariente-Cohen, Céline Pina, Daniella Pinkstein, Gérard Rabinovitch, Robert Redeker, Hagay Sobol, Jacques Sojcher, Jean Szlamowicz, Pierre-André Taguieff, Manuel Valls et Alain Vircondelet.

[1] Qui sont : les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, Israël, auxquels s’ajoute également le Japon.

K. H.

(*) Ecrivain et universitaire 

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