François Fillon au Mans : « Le sort des chrétiens d’Orient est le prélude de notre propre sort »

La conviction de François Fillon est simple et radicale, il n’y aura pas de paix durable au Proche-Orient sans préservation de la diversité culturelle et religieuse qui a fertilisé ces terres depuis les origines de l’ère moderne.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 30 octobre 2026

François Fillon au Mans : « Le sort des chrétiens d’Orient est le prélude de notre propre sort »

François Fillon élargit le propos au Sahel, qu’il cite avec le Nigeria.

© Rupture

Le Mans. Jeudi soir 29 Octobre , à l’abbaye royale de l’Épau, François Fillon a défendu devant l’association Les chrétiens d’Orient.

Les chrétiens d’Orient, il faut les définir. Les chrétiens vivent depuis toujours au Moyen-Orient (Égypte, Liban, Syrie, Irak, Palestine, Jordanie). Le christianisme est né là, en Palestine, autour de Jérusalem, au Ier siècle. Ces communautés sont les descendantes directes des premiers chrétiens. Elles existaient déjà bien avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle.

Ce ne sont pas un seul groupe homogène. Il y a plusieurs Églises différentes : les coptes en Égypte (les plus nombreux), les maronites au Liban, les assyriens/chaldéens et les syriaques surtout en Irak et en Syrie, les orthodoxes de rite grec, les arméniens.

Après la conquête musulmane

Entre le VIIe et le VIIIe siècle, la conquête musulmane absorbe le foyer originel du christianisme (Égypte, Syrie, Mésopotamie, Jérusalem en 638). Les chrétiens deviennent des minorités (statut de dhimmi), mais ne disparaissent pas. Ils conservent leurs langues, rites et structures ecclésiales tout au long des empires successifs (califats, Byzance, Ottoman). Des tribus arabes chrétiennes (Ghassanides, Lakhmides) existaient déjà avant l’islam.

Il sont les héritiers directs des premières communautés chrétiennes nées sur la terre même du Christ et des apôtres, qui ont traversé deux millénaires.

Ils sont aujourd’hui des minorités (environ 10-15 millions dans la région), souvent menacées ou en forte diminution à cause des conflits et de l’émigration.

La conviction de François Fillon est simple et radicale, il n’y aura pas de paix durable au Proche-Orient sans préservation de la diversité culturelle et religieuse qui a fertilisé ces terres depuis les origines de l’ère moderne. Trois priorités structurent l’action de l’association, sensibiliser les gouvernements et les opinions publiques en France, en Europe et au Moyen-Orient ; soutenir des actions de terrain centrées sur l’éducation reconstruction d’écoles, bourses, formation professionnelle, promotion des femmes et l’aide à la réinstallation via des partenaires comme l’Œuvre d’Orient enfin mener des actions humanitaires d’urgence, alimentaires et sanitaires, sans distinction de confession.

François Fillon a dressé un constat sans détour : « Presque partout au Moyen-Orient, on cherche en réalité à les éliminer de la région. » Il a pointé la Syrie, où les minorités chrétiennes, kurdes et alaouites sont « pourchassées, emprisonnées, torturées », malgré les relations apparemment amicales entre les capitales européennes et Damas. En février, après un entretien avec monseigneur Audo, évêque chaldéen d’Alep, il a appelé le gouvernement français à rouvrir le lycée français d’Alep, fermé depuis le début de la guerre civile, et a affirmé que la défense des chrétiens d’Orient « doit être un préalable à toute coopération avec le pouvoir syrien ».

En juillet, de retour d’un séjour au Liban où il a rencontré le patriarche maronite Raï dans la Vallée Sainte et servi six mille repas aux plus démunis du Sud il a qualifié le Liban de « modèle unique » de coexistence, tout en alertant sur un conflit extérieur qui risque de « disloquer les fragiles équilibres » et sur l’« éradication en cours » des villages millénaires du Sud. Son appel : « La France et l’Europe ne doivent pas accepter » cette disparition.

Les chiffres du déclin

La démographie donne raison à l’urgence. Au septième siècle, le Proche-Orient, les chrétiens, c’était 95 % de la population. Aujourd’hui, ils représentent environ 3 % de toutes les populations des régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, contre 13,6 % en 1910. Par pays, la situation est dramatique pour les chrétiens.

La Turquie est passée de 19 % à 25 %  de chrétiens en 1914 à 0,3% aujourd’hui, 33 000 catholiques selon le Vatican.

Le Liban, jadis à 77,,5 % tourne autour de 32% certains estimant même 19% aucun recensement depuis 1932. Le sud Liban frontalier d’Israël où beaucoup de villages chrétiens sont particulièrement en danger coincés entre les frappes israéliennes sur le Hezbollah et inversement, Israël créant de facto une zone tampon mais au détriment des juifs d’Orient.

L’Irak est tombé de 1 million deux cent mille chrétiens en 2003 à 150 000 à 30 000. La Syrie a perdu 80% de sa communauté chrétienne en quatorze ans, il reste 3 000 à 4 000 trois personnes restent, contre un million et demi à deux millions et demi avant la guerre. 

Open Doors classe la Syrie sixième pays de persécution chrétienne au monde en 2026 ne contre dix-huitième l’année précédente. La Jordanie, les chrétiens sont protégés grâce à l’action du roi il sont 2 % de la population et certains participent au gouvernement malgré l’attentat du 23 Octobre où 9 fidèles ont été tués dans un attentat à Karak.

Pour la Palestine, il y a 1 % de chrétiens. A Bethléem, où il y avait 86% de chrétiens en 1950, n’en compte plus que 10%. Gaza est passée d’environ 150 000 chrétiens à moins de 600.

Seule l’Égypte voit sa population chrétienne stable 18%, avec neuf millions de personnes.

Israël, avec 184 000 chrétiens, en hausse 0,7%, échappe à l’effondrement.

Le Sahel, nouvel épicentre de la persécution des chrétiens

François Fillon élargit le propos au Sahel, qu’il cite avec le Nigeria. Le rapport d’Aide à l’Église en détresse publié mardi dernier, « Persécutés et oubliés ? », recense deux cent vingt millions de chrétiens exposés à la persécution dans le monde. Six des dix pays les plus touchés par le terrorisme sont africains : le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Mali, la Somalie et la RDC. Au Burkina Faso, les groupes djihadistes contrôlent au moins quarante pour cent du territoire ; vingt-six hommes ont été égorgés dans le diocèse de Nouna.

Au Mali, huit cent soixante-sept mille chrétiens vivent sous la menace. Au moins cent églises et écoles chrétiennes détruites en deux mille vingt-cinq, taxes religieuses imposées, conversion forcée ou exil comme seules options. Au Niger, trois cent quinze élèves et personnels du pensionnat Sainte-Marie ont été enlevés en novembre dernier. Au Nigeria, trois mille quatre-vingt-trois chrétiens ont été tués et trois mille cent quatre-vingt-treize enlevés entre janvier et août deux mille vingt-six.

« Il ne fait pas bon à être chrétien en terre d’Islam »

Le fil conducteur de Fillon est constant depuis son discours au Sénat en décembre 2019 : « Le sort des chrétiens d’Orient est le prélude de notre propre sort. » Il dira aussi : « Il ne fait pas bon à être chrétien en terre d’Islam »

Sa thèse : leur disparition annonce une confrontation violente entre Européens et monde musulman, traversé par un courant totalitaire. D’où son exigence d’une Europe unie et intransigeante, et son rappel que la France porte une dette historique envers ces communautés

M. D. P.

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