Pour la mémoire de Paty et Bernard, pour la Laïcité, combattons !

Samuel Paty, par l’enseignement de l’Histoire, était un architecte de l’Instruction publique, de l’Éducation civique, tandis que Dominique Bernard, qui enseignait les Lettres, donnait aux esprits les armes de l’émancipation, le chemin de la Liberté. Ce n’est pas un hasard s’ils furent ciblés.

Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia

Publié le 16 octobre 2026

Pour la mémoire de Paty et Bernard, pour la Laïcité, combattons !

Le supplice barbare subi par Samuel Paty aurait dû être la sauvagerie de trop. Trois ans après le macabre événement, un fanatique frappa encore et faucha la vie d’un autre professeur Dominique Bernard.

« Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête[1]. »

Ainsi Voltaire décrivait-il le supplice du chevalier de La Barre, dans son Dictionnaire philosophique. Il y définissait également le fanatisme en les termes suivants : « Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. […] »

Comme nous eussions préféré écrire que ces horreurs, en France, étaient un souvenir obscur, un stigmate rappelant à nos esprits que le combat laïque, celui pour l’émancipation des individus établissant des lois justes dans une république libre, débarrassée de la tutelle religieuse, de la superstition et de l’intégrisme commandant aux consciences, avait été nécessaire. La liberté, jusqu’à celle de penser par soi-même, avait été arrachée, conquise de hautes luttes. Mais voilà qu’après les attentats et les meurtres abominables commis depuis 2012, à Ozar Hatorah, à Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher, au Bataclan, sur la Promenade des Anglais, … (la liste est trop longue), crimes de sang fanatiques commis par des enragés d’Allah, les politiques n’ayant pas pris pleinement la mesure des intentions de l’ennemi, le fanatisme frappa encore, fauchant sauvagement deux vies.

C’est au cœur du sanctuaire de la France républicaine, son École, que la meurtrissure fut commise. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’histoire amoureux de la liberté, soucieux d’élever les futurs citoyens qui suivaient ses cours, fut décapité, oui, décapité, sur le sol de la Patrie des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Un professeur sur deux s’autocensure, notamment en Histoire, en Lettres, ou en Sciences de la Vie et de la Terre

L’enseignant voulant transmettre cette impertinence si française et fondatrice de la liberté, que tout Homme qui la chérit peut embrasser, d’où qu’il vienne, montra à ses élèves des caricatures, dont celles du prophète Mahomet publiées jadis par Charlie Hebdo. Qu’on se le dise sans ambages : sur le sol de la République française où Clermont-Tonnerre proclama « Il faut tout refuser aux juifs comme nation et tout accorder aux juifs comme individus », et où la IIIème expulsa les congrégations religieuses catholiques au renfort de l’armée, l’islam (sans même un « isme ») n’a pas à bénéficier d’un quelconque traitement de faveur. Il n’a pas à être épargné par les critiques, les attaques philosophiques ou intellectuelles, fussent-elles choquantes, voire violentes.

Malheureusement, une association portée par des intégristes, le CCIF, maintes fois dénoncée par des associations laïques pour ce qu’elle était, lança une cabale alimentée par un prédicateur furieux. Les intégristes « présentables » armèrent, par leur discours archaïque, rétrograde et enragé, dans la France héritière des Lumières et de la Révolution française, le bras du fanatique ! Ils brandirent ce mot ensanglanté, imbibé de la plus obscure superstition, « islamophobie », nouvelle façon de dire sans l’exprimer en ces termes, « délit de blasphème », pourtant aboli de fait par l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pourtant allègrement scandé par nombre de militants et personnalités de la gauche woke gagnée au multiculturalisme, celui qui porte en germes la guerre de tous contre tous.

Tout aurait pu être arrêté par les autorités, si elles s’étaient montrées dignes de nos combats que d’aucuns croyaient passés, si elles s’étaient montrées dignes des hérauts de cette République chevauchant pour la liberté, chargeant sabre au clair la superstition, l’intégrisme et le fanatisme, si elles s’étaient montrées dignes des Hussards noirs de jadis. Non, l’enquête très documentée de David Di Nota[2] nous montre comment l’administration rectorale s’apprêtait à blâmer Samuel Paty, comment des collègues lui tournèrent le dos et par-là même, violèrent la mémoire et l’héritage de ceux dont ils sont dépositaires. Le corps enseignant, majoritairement à gauche, nous rappelle malheureusement trop souvent comment celle-ci a trahi ses combats et ses victoires historiques pour se vautrer dans les bras de la lie de l’humanité : les frères musulmans, les salafistes.

Le supplice barbare subi par Samuel Paty, après onze jours de torture morale, aurait dû être la sauvagerie de trop – si toutefois l’on admettait que les précédentes ne l’étaient pas déjà… Nonobstant, les habituels, les indécents, les criminels « oui mais » furent de nouveau scandés. Et trois ans après le macabre événement, presque jour pour jour, un fanatique frappa encore et faucha la vie, le 13 octobre, d’un autre professeur, de Lettres lui, Dominique Bernard. Cette fois-ci, c’est dans l’enceinte même de l’École – la majuscule est placée à dessein) que le sang fut versé !

Samuel Paty, par l’enseignement de l’Histoire, était un architecte de l’Instruction publique, de l’Éducation civique, tandis que Dominique Bernard, qui enseignait les Lettres, donnait aux esprits les armes de l’émancipation, le chemin de la Liberté. Ce n’est pas un hasard s’ils furent ciblés. Relevons d’ailleurs que quelques années seulement après ces deux crimes fanatiques, tandis que l’État aurait dû terroriser les terroristes, c’est le corps enseignant qui tremble. Un professeur sur deux s’autocensure, notamment en Histoire, en Lettres, ou en Sciences de la Vie et de la Terre.

L’universalisme est l’honneur de la France républicaine, le cosmopolitisme un état de fait qui ne doit pas être confondu avec le communautarisme

L’intégrisme est le terreau du fanatisme, et la complaisance dont il jouit entretient le sentiment d’impunité de ceux qui, dans les mosquées aux mains des frères musulmans ou des salafistes, prêchent des discours haineux et séditieux. Pourquoi l’État ne se rappelle-t-il pas, par exemple, l’article 35 de la loi de 1905 ?

« Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en rend coupable est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, sans préjudice [= sans compter] des peines de la complicité dans le cas où la provocation est suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile. »

Non, depuis 1989, malgré quelques tentatives de personnalités fortes même dans les gouvernements récents, il faut le reconnaître, ce qui marque, ce sont des actes de faiblesse (Lionel Jospin dans les affaires de voile de Créteil et de Creil), les paroles scandaleuses (Nicolas Sarkozy plaçant la morale de l’instituteur en-deçà de celle du pasteur), les ambivalences permanentes (dont Emmanuel Macron s’est fait le champion, jusqu’à vouloir retisser le lien entre la France et l’Église).

L’universalisme est l’honneur de la France républicaine, le cosmopolitisme un état de fait qui ne doit pas être confondu avec le communautarisme. Quant à la tolérance, un mot galvaudé dont on devrait revenir à la racine, elle ne peut être prétextée pour accepter l’intolérable. Alors, adressons nos pensées aux familles de Samuel Paty et de De Dominique Bernard, gardons à l’esprit que nous menons une lutte à mort contre l’obscurantisme et ce dont nous devons nous emparer, ce ne sont ni des appels aux accommodements déraisonnables de Feu l’abattoir de la laïcité, ni du collaborationnisme crasse porté par la « gauche totale », mais de l’exhortation de Clemenceau en… 1875, et terriblement actuelle :

« La grande affaire à venir, c’est la victoire de la loi républicaine sur le dogme religieux, des droits de l’Homme sur les droits de Dieu ! »


[1] Voltaire, Dictionnaire philosophique, édition 1769.

[2] David Di Nota, J’ai exécuté un chien de l’Enfer. Rapport sur l’assassinat de Samuel Paty, Paris, Le Cherche-Midi, 2021.

J.-B. Ch.-B.

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