Samuel Paty, Dominique Bernard : le crime de transmettre
Le 13 octobre. Il y a trois ans, Dominique Bernard était poignardé à la sortie de son lycée à Arras. Le 16 octobre, ce sera le sixième anniversaire de la décapitation de Samuel Paty, à quelques centaines de mètres de son collège.
Publié le 14 octobre 2026

Samuel Paty et Dominique Bernard sont morts pour avoir fait leur métier, transmettre, s’ouvrir à l’autre, émanciper.
Deux professeurs, deux hommes qui enseignaient, deux morts sous le couteau d’islamistes qui avaient, eux aussi, fréquenté l’école de la République.
L’angle qui dérange est celui-ci, ils n’ont pas été tués pour un cours particulier.
Ils ont été tués pour ce qu’ils incarnaient.
Samuel Paty montrait des caricatures de Charlie Hebdo dans un cours sur la liberté d’expression,Dominique Bernard enseignait la littérature.
L’assassin de ce dernier, Mohammed Mogouchkov, l’a dit sans détour lors de ses interrogatoires,il a ciblé le professeur de français parce que « c’est l’une des matières où on transmet la passion, l’amour, l’attachement du système en général de la République, de la démocratie, des droits de l’Homme », des « droits mécréants », précise-t-il.
La pensée s’arrêtait à Dominique Bernard, pas de grief personnel, il était un symbole.
Le même Mogouchkov raconte avoir « eu le kif de l’école » en arrivant d’Ingouchie. Le plaisir de lever la main, d’apprendre le français, de se mêler aux autres. Puis le basculement. L’école qui l’avait ouvert devient l’ennemi, elle produit des gens qui croient au système républicain, elle transmet autre chose que le dogme.
Elle offre à un enfant la possibilité de devenir autre chose que ce que son père, sa famille ou son imam lui ont assigné. C’est précisément cela que l’islamisme ne tolère pas.
Samuel Paty et Dominique Bernard ne sont pas morts pour avoir provoqué. Ils sont morts pour avoir fait leur métier, transmettre, s’ouvrir à l’autre, émanciper. L’un avec des caricatures, l’autre avec des textes. L’école comme lieu où l’on apprend à penser sans permission.
On répondra, comme chaque année, par des minutes de silence,des discours, des gerbes. Puis le retour à la prudence. Pendant ce temps, les menaces se banalisent (« je vais te faire une Samuel Paty »), les familles radicalisées continuent de produire des recrues, et certains continuent de présenter le problème comme un malentendu ou une discrimination. Mogouchkov, lui, n’a pas eu ce scrupule. Il a nommé clairement ce qu’il détestait, la République transmise par un professeur de français.
Le vrai hommage n’est pas le silence.
Le vrai hommage est de continuer à enseigner ce qui dérange ceux qui veulent imposer le leur,sans trembler, sans demander la permission.
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