Dix ans après le 13 novembre 2015 : Sidération, colère et leçons toujours en suspens

Par Marie Dolores Prost

Publié le 13 novembre 2025

Dix ans après le 13 novembre 2015 : Sidération, colère et leçons toujours en suspens

On se souvient. On pleure. Mais derrière la mémoire, il y a l’inquiétude. Une peur diffuse, tenace.

Le 13 novembre 2015, la nuit a basculé dans l’horreur. Paris, ville de lumière, s’est retrouvée ensanglantée. Des attentats coordonnés, revendiqués par l’État islamique, ont frappé en plusieurs points : trois explosions aux abords du Stade de France pendant le match France-Allemagne, des fusillades sur les terrasses du Carillon, du Petit Cambodge, de La Bonne Bière et de La Puis est venue la colère : une rage sourde, viscérale, contre ces hommes armés de haine, contre un monde qui laissait naître de tels monstres.

J’ai pleuré. Pas seulement pour les victimes, mais pour ce que cela disait de nous, de notre vulnérabilité, de notre aveuglement. Les jours suivants,  j’ai vu les fleurs, les bougies, les messages. “Fluctuat nec mergitur”. Paris vacille, mais ne sombre pas.

Dix ans plus tard, en ce 13 novembre 2025, je ressens encore cette même émotion, mais elle est devenue plus lourde, plus sombre. Les commémorations se préparent, discours des officiels, plaques dévoilées, concerts hommage. On se souvient. On pleure. Mais derrière la mémoire, il y a l’inquiétude. Une peur diffuse, tenace. Car rien n’a vraiment changé. Ou pas assez.

Depuis janvier 2025, six projets d’attentats ont été déjoués en France. En octobre, trois jeunes femmes 18, 19, 21 ans ont été arrêtées à Paris. Radicalisées en ligne, liées à des réseaux islamistes, elles préparaient un attentat avec des ceintures explosives et des kalachnikovs. L’une d’elles, influenceuse sur TikTok, voulait frapper pour l’anniversaire du Bataclan. Pour “rendre hommage à Ben Laden”. Ce mot ravivent la sidération. Et la colère. Une colère plus mûre, plus lasse. Contre la haine qui se régénère, contre les failles qui persistent, contre les réseaux sociaux qui deviennent des incubateurs de violence.

Je me demande, sincèrement : avons-nous tiré les leçons ? Oui, il y a eu des lois, des services renforcés, une coopération internationale. Mais la radicalisation continue. En ligne. Dans les esprits. Dans les silences. Les tensions au Moyen-Orient, les discours extrêmes, les fractures sociales – tout cela alimente encore le feu. Et nous, nous commémorons, nous pleurons, mais nous ne semblons pas capables de briser le cycle.

Cette année, je ne ressens plus seulement la douleur du souvenir. Je ressens l’impuissance, la peur. Pas la peur panique de 2015, mais une peur froide, celle que cela recommence. Que l’on n’ait rien appris. Que la prochaine fois, on dise encore : “On n’a rien vu venir.”

Dix ans après, je suis toujours sidérée. Toujours en colère. Parce que la mémoire ne suffit pas. Il faut du courage, de la lucidité, de l’action. Sinon, le 13 novembre ne sera pas qu’un souvenir. Il sera un avertissement qu’on n’a pas su entendre.

M. D. P.

Envie de lire tous les articles ?

Débloquez immédiatement tous les articles. Sans engagement.

Abonnement

Débloquez immédiatement tous les articles.

Je m'abonne

Newsletter

Recevez chaque semaine les titres à la Une

Inscrivez-vous
Activer les notifications OK Non