L'arme fatale

Et si l’Union européenne vendait la dette des États-Unis estimée à 12 600 milliards de dollars ?

L'Union européenne est une puissance qui se sous-estime. Certains observateurs affirment que les titres financiers détenus dans les portefeuilles européens pourraient être utilisés pour répondre aux menaces des États-Unis. Le président américain a mis en garde les Vingt-Sept contre l'idée de vendre des titres de la dette américaine. La Deutsche Bank rappelle que l'UE « est le principal créancier des États-Unis », avec « 8 000 milliards de dollars d’obligations et d’actions américaines, soit près du double de ce que détient le reste du monde ». Cette somme grimperait même à 12 500 milliards de dollars selon la FED, la Réserve fédérale américaine.

Par Karim Maloum

Publié le 22 janvier 2026

Et si l’Union européenne vendait la dette des États-Unis estimée à 12 600 milliards de dollars ?

Donald Trump prend les choses au sérieux et menace de représailles les Européens s’ils voulaient vendre sur les marchés de la dette américaine.

Le président américain a-t-il toutes les cartes en main ? Rien n’est moins sûr. Parmi les armes dont dispose l’Europe, certains analystes mentionnent la possibilité de vendre massivement de la dette américaine. Dans une note remarquée, la Deutsche Bank, la banque centrale allemande, a évoqué un levier financier européen de 8 000 milliards de dollars, porté à 12 600 milliards selon les données de la Réserve fédérale américaine.

L’Union européenne dispose ainsi d’une arme majeure contre les États-Unis si la guerre commerciale s’envenimait. De quoi nourrir l’hypothèse d’une arme financière, à l’heure où la relation transatlantique est secouée par une escalade commerciale et diplomatique.

Les pays européens qui détiennent le plus d’actifs américains

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Dans les faits, cette « arme » apparaît toutefois largement théorique. Le premier obstacle est structurel : l’écrasante majorité de ces actifs — bons du Trésor, obligations privées, actions — n’appartient pas aux États, mais à des acteurs privés. Banques, compagnies d’assurances, fonds de pension et gestionnaires d’actifs détiennent ces titres pour le compte d’épargnants européens. Mais Donald Trump prend les choses au sérieux et menace de représailles les États de l’UE s’ils voulaient vendre sur les marchés de la dette américaine.

En 2024, les États-Unis ont dépensé environ 880 milliards de dollars uniquement pour payer les intérêts, un record absolu. Washington doit contracter des emprunts permanents pour couvrir un déficit annuel d’environ 1600 milliards de dollars. À ce rythme, la facture pourrait atteindre 1000 milliards de dollars par an dès 2026, soit plus de 83 milliards par mois.

Or, si les investisseurs étrangers se mettaient à réduire leurs positions en bons du Trésor américain, les conséquences seraient immédiates : une hausse des taux alourdirait instantanément et durablement le coût de la dette. Aucun état n’est capable de faire face à cela. Les conséquences se chiffrent en dizaines ou centaines de milliards.

Trump fait un demi pas en arrière

Donald Trump a ravivé les tensions. Samedi, il a fait pression sur huit pays européens impliqués dans la défense du Groenland pour qu’ils appliquent 10 % de droits de douane supplémentaires à partir du 1er février et 25 % à partir du 1er juin. Ce ne sont pas tant les tarifs qui ont choqué que l’enjeu – la remise en cause de l’intégrité territoriale du Groenland et du Danemark.

Depuis, le président américain est revenu sur sa menace, à l’issue de son passage au Forum de Davos, ce mercredi 21 janvier, annulant les droits de douane prévus. Il a tout de même violemment attaqué le Danemark et l’Union européenne, réaffirmant que seuls les États-Unis étaient en mesure de protéger le Groenland, tout en vantant sur un ton triomphant la vigueur économique de son pays. 

« J’aime l’Europe, et je veux que l’Europe aille bien, mais elle ne va pas dans la bonne direction » , a-t-il asséné dans son discours à la tribune du Forum économique mondial, qui tient sa réunion annuelle dans la station huppée des Alpes suisses.

Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen a estimé que la volonté de Donald Trump de s’emparer du Groenland n’avait pas changé mais a salué ses déclarations sur l’absence de recours à la force pour y parvenir.

« Ce qui ressort clairement de ce discours, c’est que l’ambition du président reste intacte », a-t-il dit devant les journalistes, dans une première réaction du Danemark après le discours du président américain à Davos. Le ministre poursuivra : « C’est bien sûr positif, pris isolément, qu’il soit dit que « nous n’allons pas recourir à la force militaire », il faut bien sûr en tenir compte, mais cela ne fait pas disparaître le problème. »

K. M.

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