Rapport sur les Frères Musulmans – Quand le feu avance masqué
Il y a des flammes que l’on croit circonscrites, et qui pourtant consument tout un paysage. L’islam politique est de celles-là. Ce n’est pas une secte. Ce n’est pas une branche isolée. C’est une dynamique, un engrenage idéologique, un programme de subversion méthodique. Le réduire à une organisation, aussi influente soit-elle, c’est ne pas comprendre la nature du danger.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 23 mai 2025

Ce qui heurtait la conscience républicaine devient un « droit à la différence ». L’enfermement des femmes ? Une tradition. Le rejet de la mixité ? Une liberté.
Depuis peu, un discours gouvernemental émerge : il faut, dit-on, lutter contre les Frères musulmans. Fort bien. Mais croire qu’en ciblant une seule confrérie on neutralise l’ensemble, c’est comme penser qu’on éteint un incendie en éteignant une allumette. L’islam politique n’a pas un seul visage. Il en a mille. Tantôt agressif, tantôt enjôleur, toujours stratège.
Ce n’est pas une foi, c’est un pouvoir
Ce n’est pas un rite, c’est un projet.
Ce n’est pas une religion, c’est une entreprise de domination.
Et ce projet se déploie à bas bruit. Il infiltre, plus qu’il ne s’impose. Il façonne des habitudes, des coutumes, des discours. Il normalise. Il habitue. Et peu à peu, il inverse les repères : ce qui paraissait inacceptable devient une simple « demande culturelle ». Ce qui heurtait la conscience républicaine devient un « droit à la différence ». L’enfermement des femmes ? Une tradition. Le rejet de la mixité ? Une liberté. Le refus de la critique ? Une sensibilité religieuse.
Jusqu’au jour où la République se réveille face à un paysage défiguré.
L’erreur du tri sélectif
Le pouvoir politique a cette tentation dangereuse : catégoriser le péril. Distinguer les « radicaux » des « modérés ». Les islamistes bruyants des islamistes bien peignés. On nous dit : ce groupe est problématique, les autres non. On tolère les uns pour mieux condamner les autres. C’est une erreur stratégique, mais c’est surtout une faute politique. Car il n’existe pas d’islam politique acceptable. Il n’y a pas de version présentable de la soumission. À partir du moment où la religion veut structurer la vie collective, édicter les normes, modeler les lois, elle cesse d’être une croyance pour devenir une autorité. Or en République, il ne peut y avoir qu’une seule autorité légitime : celle du peuple souverain.
Le piège des modèles étrangers
Certains gouvernements aiment prendre pour exemple des régimes autoritaires qui, soi-disant, combattent les islamistes. Mais ces régimes imposent la charia comme cadre légal. Ils oppriment les femmes, bâillonnent les minorités, criminalisent le blasphème. Ils ne combattent pas l’islam politique, ils en sont la matrice. Je pense à l’Egypte et au Qatar.
S’en inspirer, c’est troquer la République pour un mirage. Ce n’est pas parce qu’on enferme quelques imams qu’on protège les libertés. Le test d’une société libre, ce n’est pas sa capacité à contrôler des groupes extrémistes, mais sa capacité à défendre ses principes sans reculer.
Clarté ou compromission
Il est temps d’être clair. Le combat n’est pas contre une organisation, mais contre une vision du monde. Une vision qui nie l’égalité, méprise la liberté, étouffe le débat, et transforme le sacré en norme sociale. Ce combat n’est pas dirigé contre les musulmans, il est mené avec eux, chaque fois qu’ils veulent vivre leur foi sans la rendre obligatoire pour les autres.
Ce que nous devons affronter, c’est l’imbrication du religieux et du politique. Ce vieux rêve de fusion entre Dieu et le pouvoir. Depuis qu’il s’est imposé à Médine, ce modèle n’a cessé de se répliquer, au détriment de l’émancipation, de la critique, de la diversité. C’est cela qu’il faut briser : la confusion.
Le cœur de notre pacte
La République n’a pas été pensée pour se plier. Elle a été bâtie pour libérer. Son fondement n’est pas un texte sacré, mais une volonté humaine. Elle ne demande pas l’obéissance, elle garantit la liberté. Elle ne promet pas le paradis, elle organise le présent.
C’est ce pacte que l’islam politique veut dissoudre. C’est ce pacte qu’il nous appartient, collectivement, de défendre.
Sans fausse pudeur.
Sans naïveté.
Sans peur.
Parce que la République ne s’excuse pas d’exister. Elle éclaire. Elle protège. Elle affirme que la loi commune ne sera jamais écrite dans les marges d’un dogme.
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