Léon XIV sous le regard de la Vierge Marie

Quand Léon XIV s’agenouillera à la grotte de Massabielle, demain le soir, le geste paraîtra simple. Il ne l’est pas, un pape ne vient pas à Lourdes comme on visite un monument, il vient se placer sous le regard de Marie. Toute l’histoire du lieu, toute la foi catholique qui s’y concentre et toute l’intention de ce voyage tiennent dans cette attitude avant de parler à la France, le successeur de Pierre se tourne vers Marie.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 25 septembre 2026

Léon XIV sous le regard de la Vierge Marie

Samedi soir, Léon XIV se recueillera à la grotte. 

Sa visite en France conduira Léon XIV de Paris à Lourdes puis à Metz. Sa devise est une phrase de l’Évangile de Jean : « Pour que le monde ait la vie. » 

Lourdes en est le cœur spirituel des catholiques, non parce que la ville serait plus catholique qu’une autre, mais parce qu’elle est pour eux, depuis 1858, « le lieu où Marie s’est montrée et où les pauvres, les malades et les pécheurs viennent se tenir près d’elle ».

Ce que Marie est et n’est pas pour les catholiques

On ne comprend rien à Lourdes si l’on confond vénération et adoration. Les catholiques n’adorent pas Marie, pou eux, l’adoration n’appartient qu’à Dieu. Marie reçoit un honneur distinct, que la tradition appelle dulie pour les saints et, pour elle seule, hyperdulie, une vénération plus haute, non parce qu’elle serait divine, mais parce qu’elle est la Mère de Dieu. En 431, le concile d’Éphèse a fixé ce titre : Theotokos, « Mère de Dieu », tout  le reste en découle.

Marie est la première des croyantes, elle dit « oui » à l’Annonciation. Elle porte le Verbe. Elle se tient au pied de la Croix. Dans l’Évangile de Jean, le Christ la donne comme mère au disciple bien-aimé et, à travers lui, à l’Église entière. À Cana, sa parole résume sa mission « Faites tout ce qu’il vous dira. » Sa grandeur n’est pas de remplacer le Fils, c’est de conduire à lui.

Trois dogmes structurent cette place, Marie est Mère de Dieu, elle a conçu sans le péché originel , dogme de l’Immaculée Conception, proclamé par Pie IX le 8 décembre 1854. Elle est élevée au ciel, corps et âme, dogme de l’Assomption, proclamé par Pie XII en 1950. À ces définitions s’ajoute une conviction plus ancienne : Marie intercède. On ne la prie pas comme on prie Dieu, on lui demande de prier avec soi et pour soi. Le rosaire, les litanies, les processions, les sanctuaires, Guadalupe, Fatima, Częstochowa, Lourdes sont les formes de cette confiance.

Marie rend le mystère chrétien accessible. Dieu reste invisible. Une mère, on la comprend. L’image d’une femme qui a connu l’exil, l’angoisse de perdre son enfant et le silence du tombeau parle plus vite qu’un traité. L’Église l’appelle aussi Santé des infirmes, Consolatrice des affligés, Refuge des pécheurs ; ces titres disent une fonction auprès de ceux que le monde lasse ou écrase, Marie est la proximité maternelle de Dieu, pour les catholiques.

Quand le dogme descend dans une grotte

Le lien n’est pas accidentel. Quatre ans seulement après l’Immaculée Conception, le 11 février 1858, Bernadette Soubirous, quatorze ans, dit voir « une dame » à Massabielle. Bernadette est asthmatique, à peine catéchisée, élevée dans le cachot d’une ancienne prison, et elle parle surtout l’occitan.

Dix-huit apparitions déclarées jusqu’au 16 juillet. Le 25 février, une source jaillit. Le 25 mars, fête de l’Annonciation, la « dame » dit : « Que soi era Immaculada Councepciou. » Une enfant pauvre répète le nom exact du dogme de 1854. Pour l’Église, Marie elle-même reprend le titre que Rome vient de définir non dans une basilique, mais dans une grotte.

Mgr Laurence reconnaît les apparitions le 18 janvier 1862, Bernadette meurt à Nevers le 16 avril 1879 , le Pape Pie XI la canonise en 1933. « La Sainte Vierge s’est servie de moi, puis m’a mise de côté, comme on fait d’un balai », a dit Bernadette. Pour les catholiques, le centre n’est pas Bernadette, c’est Marie et à travers elle le Christ.

De la demande de bâtir une chapelle et de venir en procession naît le sanctuaire, basilique de l’Immaculée-Conception, basilique du Rosaire, basilique Saint-Pie-X en 1958. Lourdes devient l’un des grands pèlerinages du monde. Les soixante-dix guérisons reconnues par l’Eglise catholique comme miracles appartiennent à sa mémoire. Mais le miracle quotidien, pour les catholiques, est d’un autre ordre. les personnes malades y occupent la première place.

Une mère pour les petits

Les apparitions déclarées au XIXe siècle rue du Bac, à Paris, La Salette en Vendée, Lourdes suivent la même logique. Marie ne se manifeste pas aux puissants. Elle se montre à des enfants, à des pauvres d’où le rosaire, l’Ave Maria, la procession aux flambeaux. Chaque cierge dit la même chose que le concile d’Éphèse, mais dans la langue des corps, nous ne sommes pas seuls, une mère marche avec nous. C’est ce que Léon XIV avait déjà dit le 11 février dernier, à la grotte des jardins du Vatican, Marie « nous enseigne ce que signifie la souffrance, ce que signifie l’amour, et ce que signifie remettre sa vie entre les mains du Seigneur ».

Les papes, fils de Marie à Massabielle

Jean-Paul II brise le tabou en 1983. Sa devise, Totus tuus, (À vous) faisait de la filiation mariale le cœur de son pontificat. Il revient en 2004, malade parmi les malades. Benoît XVI vient en 2008, pour le 150e anniversaire, et parle du « sourire de Marie ». Puis le silence dure dix-huit ans, le Pape François n’est jamais venu à Lourdes comme pape.

Léon XIV, Robert Francis Prevost, né à Chicago en 1955, augustin, longtemps missionnaire au Pérou est élu le 8 mai 2025. Il prend le nom de Léon XIV et de la doctrine sociale. Son encyclique Magnifica Humanitas place au centre la dignité de toute vie. Venir à Lourdes, pour lui, c’est inscrire cette doctrine sous le patronage de Marie.

Venir en pèlerin

Samedi soir, Léon XIV se recueillera à la grotte. Le dimanche soir, il rejoindra le rosaire et la procession aux flambeaux. Le missel du voyage est très marial, concorde fraternelle, familles ouvertes à la vie. Se confier à Marie, ce n’est pas le placer sous sa protection et demander qu’il soit conduit vers le Christ.

Dimanche après-midi, ce sera l’accueil des hospitaliers et malades, puis Léon XIV prononcera un discours attendu sur la fin de vie, alors que la France a adopté le 18 août la loi sur l’« aide à mourir ». 

À Lourdes, c’est la vierge Marie qui a envoyé vers la source. Un pape qui parle de la vie à Massabielle le fait au nom d’une mère qui, selon la foi catholique, n’abandonne personne. Un pape qui va regarder en face la crise des abus. Rencontre à huis clos avec sept victimes ; discours aux évêques encore marqués par le rapport de la Ciase, les mosaïques de Rupnik masquées sur la basilique du Rosaire. On ne peut plus prier Marie à Lourdes comme si rien n’avait été révélé. Un pape avec une Eglise fatiguée : vocations en berne, confiance blessée, débat public durci. Lourdes offre ce que Paris ne peut pas offrir, un lieu où l’Eglise se rassemble moins pour se justifier que pour prier.

M. D. P.

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