Commémoration du 45ème anniversaire du Printemps berbère

Le 20 avril 1980, la Kabylie défiait la dictature algérienne

Le 20 avril 1980, la Kabylie s’est soulevée, de Tizi Ouzou à Bejaïa et en passant par Bouira, pour les libertés démocratiques, l’affirmation de l’identité et de la langue berbères. Cette révolte est le premier mouvement populaire d’opposition aux autorités depuis l’indépendance du pays en 1962. Nous sommes passés de 24 détenus en avril 1980 à ne plus pouvoir compter les détenus d'opinion en 2022, et ce n'est pas fini, hélas. L'écrivain Boualem Sansal est toujours en prison en Algérie.

Par Karim Maloum

Publié le 20 avril 2025

Le 20 avril 1980, la Kabylie défiait la dictature algérienne

Une marche pour commémorer le Printemps berbère, en 2002.

Il y a 45 ans, le 20 avril 1980, une grève générale spontanée contre le pouvoir totalitaire algérien est déclenchée à Tizi Ouzou, en Kabylie, pour la reconnaissance de la culture et de la langue berbères, contre le parti unique, pour les libertés démocratiques.

Le refus des autorités d’autoriser l’écrivain Mouloud Mammeri à donner une conférence sur la poésie kabyle ancienne à l’Université de Tizi Ouzou provoque des tensions en mars et avril 1980. Les étudiants, les lycéens et les collégiens manifestent en Kabylie et à Alger pour revendiquer la reconnaissance de la langue et de la culture berbères.

Ce mouvement a donné naissance à beaucoup de défenseurs de la démocratie. Depuis cette date, l’Algérie est condamnée à changer. Les Kabyles ont ouvert la voie pour se débarrasser du Parti unique. Ce mouvement, le premier à contester le régime à Alger depuis l’indépendance en 1962, sera à l’origine de la création du Mouvement culturel berbère et de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme.

Le 20 avril, les étudiants entament une grève et occupent l’Université de Tizi Ouzou. Face à une opération de police visant à les déloger, la population déclenche une grève générale et des manifestations sont organisées partout en Kabylie et jusqu’à Alger, notamment dans les universités.

Ce mouvement a donné naissance à beaucoup de défenseurs de la démocratie. Depuis cette date, l’Algérie est condamnée à changer. Les Kabyles ont ouvert la voie pour se débarrasser du Parti unique. Ce mouvement, le premier à contester le régime à Alger depuis l’indépendance en 1962, sera à l’origine de la création du Mouvement culturel berbère et de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme. 24 étudiants et défenseurs de la liberté ont été arrêtés. La Kabylie n’a pas abandonné ses enfants ; elle s’est battue. Pour apaiser la situation, le gouvernement fait des compromis. Il libère les personnes arrêtées, lève l’état d’urgence et organise une deuxième cession du Bac, car les lycéens, qui ont activement et massivement participé au mouvement de protestation, n’ont pas eu cours pendant tout le troisième trimestre.

Il faut attendre la réforme constitutionnelle de 2016 pour que le tamazight (la langue berbère) devienne langue nationale et officielle, au même titre que l’arabe. Et depuis 2018, Yennayer, le nouvel an berbère, est une fête nationale et le 12 janvier est un jour férié, chômé et payé.

Les Algériens gardent espoir, et les principes du mouvement démocratique enclenché au printemps 1980 sont toujours vivants : se battre pour une Algérie libre et démocratique.

Cette révolte résulte de dix-huit ans de régime de parti unique et de mépris. Beaucoup pensaient que l’Algérie suivrait le chemin des grandes nations dans un processus démocratique. Neuf ans plus tard, le pouvoir légalise le multipartisme. Les islamistes entrent en action. Le Front islamique du salut (FIS) figure parmi les partis légalisés. Le pouvoir laisse faire les islamistes et les démocrates ne prennent pas conscience du danger.

En juin 1990, le FIS gagne les élections municipales avec plus de 50% des voix. Et, en décembre 1991, il gagne le premier tour des législatives mais il n’y aura pas de deuxième tour le processus électoral ayant été interrompu pour empêcher le parti islamiste de prendre le pouvoir.

Les Algériens gardent espoir, et les principes du mouvement démocratique enclenché au printemps 1980 sont toujours vivants : se battre pour une Algérie libre et démocratique.

K. M.

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