Ils jugent un écrivain, ils condamnent la liberté

Les mots prononcés par Boualem Sansal lors de son procès du 24 juin font écho à notre incompréhension de cette situation grotesque, une mascarade de plus où l’Algérie se ridiculise et dévoile aux yeux du monde entier un pays où règnent la contradiction, l’orgueil et la vanité.

Par Fadila Tatah

Publié le 25 juin 2025

Ils jugent un écrivain, ils condamnent la liberté

© Dessin de Fadila Tatah

Face à l’évidence qu’il y avait erreur sur le mobile d’incarcération, où Boualem Sansal a été condamné à 5 ans de prison, le procureur a jugé bon lors du procès en appel de doubler la mise, soit 10 ans de prison pour avoir osé contester les 5 années de prison. Cette capacité à pouvoir démontrer leur habileté à se comporter comme des coqs de basse-cour est assez remarquable.

C’est vraiment de l’acharnement. Cet acharnement démontre à quel point ce gouvernement et son système judiciaire sont empreints d’une perversion mue par un orgueil extrême. Je les imagine tels des morfales, fouillant sans relâche pour trouver de quoi accuser cet homme qu’ils ont fini – malgré eux – par ériger en icône : un symbole de liberté, un homme de paix, un sage, une âme pure. Une âme qu’ils ne briseront pas, car nous serons toujours là pour lui insuffler de l’amour.

Nous poussant dans nos retranchements où notre sécurité serait de nous taire, nous voyons tous ses amis, sa famille, le monde entier se soulever contre cette mascarade.

Tout le semblant de civilisation qu’elle pense avoir acquis n’est finalement qu’un relent d’une civilisation perdue, et noyée dans les tréfonds de leur rancœur envers leurs derniers colonisateurs, la France.

« On fait le procès de la littérature. Cela n’a pas de sens. La Constitution algérienne garantit la liberté de conscience, la liberté d’expression et d’opinion. Et pourtant, je me retrouve aujourd’hui devant vous. »
Ses mots nous rassurent car nous savons désormais que Boualem Sansal a toute sa raison.

Il met le tribunal face à ses responsabilités. Ses mots resteront pour toujours gravés dans les registres de l’histoire. L’Algérie s’est montrée indigne d’avoir en son sein un tel talent qu’elle n’a pas su respecter et honorer. C’est en homme libre – malgré son emprisonnement et son combat contre son cancer – qu’il s’est présenté devant eux lorsqu’il dit à la juge : « Je suis un homme libre ».

Car oui, madame la juge, mesdames et messieurs de la cour, du gouvernement algérien, la liberté est un sentiment que personne ne pourra jamais enlever à quiconque. Aucune chaîne, aucun isolement ne pourra briser la liberté.

C’est donc avec cette émotion qui nous habite que ces mots nous interpellent. Ce procès en appel était une goutte de trop et sa réponse à la juge pousse au respect car jusqu’au bout, Boualem continue à œuvrer pour nos libertés.

F. T.

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