Aux élections municipales du 29 avril 1945
Il y a 80 ans, les femmes votaient pour la première fois en France
Aujourd’hui, c'est le 80e anniversaire du premier vote des femmes en France à l’occasion des élections municipales du 29 avril 1945. Il a fallu beaucoup de combats et de débats pour que ce droit soit enfin acquis. Retour sur cette étape d’un long combat pour l’égalité...
Publié le 29 avril 2025

Manifestation, en 1935, à Paris, Place de la Bastille, pour exiger le droit de vote pour les femmes.
L’ordonnance du 21 avril 1944 portant l’organisation des pouvoirs publics en France après la Libération marque la fin d’un débat de près d’un siècle et, avec lui, celle de l’inégalité politique entre les femmes et les hommes. Ce texte annonce que : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. » Cette courte phrase ne traduit pas un féminisme acharné de la part du général de Gaulle ni de l’Assemblée consultative provisoire qui a voté pour la réforme. Elle marque la longue évolution des mentalités et de la « visibilisation » des femmes dans la société française, conjuguées à un basculement politique.
La revendication en faveur de l’égalité politique entre les femmes et les hommes est pourtant intimement liée au concept et aux évolutions du suffrage universel. Elle naît durant la IIe République (1848-1852), au moment où la France révolutionne son système électoral par la mise en place du suffrage universel. Des femmes et des hommes se mobilisent pour intégrer les femmes à la nouvelle loi, par la voie législative. Mais l’élection au suffrage universel direct de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République conduit au coup d’État de 1851, puis à une mise sous cloche de tout débat politique.
Alors que cette réforme génère un grand espoir parmi les suffragettes, le Sénat la bloque pendant vingt ans, jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
La revendication suffragiste renaît, vers 1870, avec des groupes de suffragettes. Il faut néanmoins attendre l’immédiat après-guerre, en mai 1919, pour que la Chambre des députés entérine l’égalité politique (droit de vote et éligibilité) des femmes et des hommes. Alors que cette réforme génère un grand espoir parmi les suffragettes, le Sénat la bloque pendant vingt ans, jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, soutenu par de nombreux élus du Parti radical, faisant fi des progrès majeurs de l’éducation des filles, du travail féminin et de l’opinion publique, de plus en plus unanimes sur la question.
Certains pensaient que les femmes seraient incapables, physiquement, de voter, trop impressionnables, trop émotives, trop influençables, que leurs maris, leurs confesseurs, agiraient dans l’ombre.
Mais la France a fini par rejoindre les rangs des nations qui avaient accordé le vote à leurs citoyennes parfois depuis le début du siècle, comme la Pologne ou l’Allemagne en 1918.
Elles sont allées voter massivement, sans doute aux alentours de 9 millions, sur les plus de 13 millions d’inscrites.
Les grands équilibres politiques n’ont pas vacillé. Les femmes n’ont pas provoqué de raz-de-marée réactionnaire ou révolutionnaire. En revanche, elles sont allées voter massivement, sans doute aux alentours de 9 millions, sur les plus de 13 millions d’inscrites, même si leur abstention a été supérieure à celle des hommes environ de 7% à 12%.
Avant 1945, la France n’est pas une démocratie pleine et entière, et c’est bien l’accession à la citoyenneté de la moitié de sa population adulte qui lui fait atteindre sa maturité. Ainsi, la connaissance de cette réforme devrait être bien plus étudiée qu’elle ne l’est aujourd’hui : le suffrage électoral des Françaises appartient à l’histoire de France, autant qu’à l’histoire des femmes.
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