Sécheresse, incendies, canicules : le pire est plus que probable et il faut donc tout faire pour l’éviter ou pour y parer
On ne peut plus guère – peu nombreux sont ceux qui s’y risquent encore – contester le réchauffement climatique : il n’est pas besoin d’être un grand savant pour s’en convaincre, l’avancée régulière des dates des moissons et des vendanges sont des signes indiscutables. Les paysans sont véritablement touchés par une véritable catastrophe, en souvenir des tristes années 1976, 2003 et 2022. En pire, les maraîchers, les viticulteurs et les éleveurs subissent des chutes de production exceptionnelles.
Par Denis Collin
Publié le 19 août 2026

La canicule soulève évidemment des problèmes concernant l’avenir de l’humanité à moyen terme.
La canicule a occupé la fin du printemps et pratiquement tout l’été. Des records battus un peu partout. La température de surface de la Méditerranée en forte hausse. Rivières à sec. Le Danube à son étiage et même en dessous avec comme conséquence l’arrêt des centrales nucléaires. Mais aussi et surtout une véritable catastrophe pour les paysans, rappelant les tristes années 1976, 2003… et 2022, en pire, avec des chutes de production inédites pour les maraîchers, les viticulteurs, et les éleveurs. Les vaches qui ont trop chaud donnent moins de lait et n’apprécient guère d’être obligée de manger en juillet-août le foin de l’hiver prochain. Sans oublier les incendies terribles qui ont mis en lumière l’impéritie des pouvoirs publics. Au-delà de la conjoncture, la canicule soulève évidemment des problèmes concernant l’avenir de l’humanité à moyen terme.
On ne peut plus guère – peu nombreux sont ceux qui s’y risquent encore – contester le réchauffement climatique : il n’est pas besoin d’être un grand savant pour s’en convaincre, l’avancée régulière des dates des moissons et des vendanges sont des signes indiscutables. On peut discuter la question de savoir si l’action humaine en est la seule responsable ou si, au contraire, il faut chercher dans l’activité du soleil ou l’inclinaison de l’axe de la Terre les causes de réchauffement ? Le bon sens incline à penser qu’il y a certainement des deux. Mais il y a donc aussi l’activité humaine et les émissions de gaz à effet de serre et, si nous ne pouvons pas influer sur l’axe de la Terre, nous pouvons en revanche limiter les émissions de gaz à effet de serre, sachant que notre action ne portera pas à court terme, car il est probable que nous soyons pris dans un cycle autoentretenu : le réchauffement conduit au dégel du permafrost qui libère du méthane, gaz à effet de serre, et ainsi de suite.
Quoi qu’il en soit, on connaît des mesures qui permettraient de limiter les émissions de CO2. Jean-Marc Jancovici ne cesse de les répéter. On ne peut lui reprocher qu’une seule chose : il n’est pas assez conséquent et ne va pas à la racine des problèmes. En outre, sa confiance dans l’énergie nucléaire pour décarboner l’économie est très discutable quand on voit les centrales nucléaires à l’arrêt en raison du manque d’eau. La canicule nous oblige à une approche globale. Le développement de la puissance humaine depuis le néolithique est arrivé, sans doute depuis la Seconde Guerre mondiale, à un point d’accélération incontrôlable.
On peut discuter la pertinence du terme « anthropocène », auquel il faudrait sans doute substituer celui de « capitalocène » pour parler, comme Jean Vioulac[1]. Il est cependant difficile de nier que nous soyons entrés dans une nouvelle époque qui nous confronte directement aux conséquences imprévues des progrès scientifiques et techniques et du développement illimité, semble-t-il, de la puissance humaine. Mais cette croissance sans mesure est insoutenable. L’humanité est menacée de sombrer dans des catastrophes dont nous avons de la peine à nous faire une idée. Certains accuseront le catastrophisme de ces affirmations : après tout le pire n’est pas toujours certain ! On jouant à la roulette russe avec cinq balles dans le barillet, on a une chance sur six de survivre ! C’est exactement ce que proposent les « anti-catastrophistes ».
Mais le catastrophisme éclairé, tel que le définit Jean-Pierre Dupuy, est la bonne méthode en ces matières : le pire est plus que probable et il faut donc tout faire pour l’éviter ou pour y parer. La catastrophe s’annonce sous trois dimensions (au moins). La première concerne les conséquences du réchauffement climatique et les possibilités d’emballement. On sait que de nombreuses régions du globe deviendraient invivables et les mouvements de population feraient revenir les grandes invasions qui ont mis fin à l’Empire romain. La deuxième dimension concerne l’épuisement des ressources, un point bien documenté, notamment par les travaux de Philippe Bihouix ou Aurore Stépan. Il ne s’agit pas de l’épuisement du pétrole ou des terres rares, mais de choses aussi banales que l’eau ou le sable. La troisième dimension concerne la pollution chimique et l’extinction progressive de la biodiversité. Ces trois tendances catastrophiques découlent de la mécanique même de l’accumulation capitaliste.
Tout le bruit fait autour de l’IA est simplement un moyen de relancer les investissements avec des consommations fabuleuses d’électricité et d’eau
Le capital ne peut survivre dans un régime stationnaire et il doit impérativement, question de vie ou de mort, trouver de nouveaux champs d’investissement, se reproduire sur une échelle élargie. C’est pour cette raison que toutes les politiques de « transition énergétique » et de « développement durable » échouent radicalement. Le marché des quotas d’émissions de carbone a permis la poursuite de l’augmentation de ces émissions. La voiture électrique est une plaisanterie quand on sait qu’une bonne partie de l’électricité est produite par des centrales aux énergies fossiles. Toutes les mesures proposées par les gouvernements des grandes puissances sont, au mieux, des cautères sur une jambe de bois, au pire des remèdes qui aggravent le mal. On sait bien que toutes les économies d’énergie n’ont fait que stimuler la consommation d’énergie.
Tout le bruit fait autour de l’IA est simplement un moyen de relancer les investissements avec des consommations fabuleuses d’électricité et d’eau pour faire fonctionner les data centers. Enfin les préparatifs de guerre, assumés par tous les dirigeants européens, confirment que « sauver la planète » est le cadet de leurs soucis. Il est grandement temps de prendre le taureau par les cornes. Il faudrait diminuer radicalement notre consommation des biens non nécessaires : faut-il vraiment fabriquer des dizaines de millions de tonnes de vêtements jetés après avoir été portés une fois ou deux, mais qui sont parfois de si mauvaises qualités qu’il est impossible d’en faire quoi que ce soit quand ils sont réduits à l’état de chiffons ?
La relocalisation des industries supprimerait une importante partie de la pollution due aux énormes porte-conteneurs qui carburent au fioul lourd. Il faudrait opérer un véritable tournant vers l’agriculture biologique en éliminant les pesticides et une grande partie des engrais chimiques. Etc. Toutes ces mesures auraient sans doute des conséquences sérieuses, mais elles pourraient être acceptées si elles s’accompagnent d’une véritable justice sociale. On pourrait décliner précisément chacun des points soulevés par ces trois catastrophes et cela pourrait être l’objet d’un débat politique sérieux. Nous en sommes malheureusement très loin.
Pour terminer, signalons une bonne lecture, celle d’Olivier Hamand, un chercheur en biologie, qui défend un changement du tout au tout. Il montre que l’efficacité et la robustesse sont antagoniques. Notre monde est très fragile parce que nous sommes engagés dans une course à la performance, alors que ce que nous devons rechercher aujourd’hui, c’est la recherche de la robustesse. Pour Hamand : « L’Anthropocène signe l’échec du néolibéralisme, l’échec du communisme productiviste, l’échec de la modernisation du monde par la colonisation ou l’économie de marché. » Il se prononce comme Michel Serres pour un nouveau contrat naturel, une transformation fondamentale de nos rapports avec la nature et en particulier avec les autres vivants.
*Lire : Hamand, O., La troisième voie du vivant, éditions Odile Jacob.
[1]Voir Vioulac, J., Métaphysique de l’anthropocène, 2 vol. PUF, et Philosophie de la catastrophe, P
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