Quand il y a mort, il n’y a pas de « mais »
Si en rentrant du travail, d’un voyage ou d’un repas, vous trouviez votre famille - enfants, conjointe ou conjoint, parents - massacrés pour certains, torturés et massacrés pour d’autres, violées pour les femmes, enlevés vivants pour quelques autres - quelle aurait été votre réaction à cette découverte ?
Par Mahyar Monshipour Kermani
Publié le 7 octobre 2026

Déjà trois ans, soit 1 096 jours, venant en écho des 1 219 cadavres du 7 octobre.
6 octobre. Un après-midi comme un autre, Saher Nidal Latfi, rentre à la maison. C’est un vendredi, jour de prière collective, celle de « Joumah ». Il revient de la mosquée « Hassan Al Banna », qu’il aime fréquenter, bien que plus éloignée de son domicile, mais plus « vraie » que les autres :
Justement baptisée au nom de celui qui a voulu à nouveau montrer le chemin juste, la juste voie.
Il priera à nouveau le lendemain, vers cinq heures trente, pour la prière du matin, la salât « al fajr », qui sera en fait une Salât « al-Khawf », celle avant la bataille. En moto, il s’arrête, accompagnés de ses comparses, fait ses ablutions avec le sable et se prosterne vers l’Orient. Quelques génuflexions et il est enfin prêt pour le Jihad, la lutte pour Allah.
Mais, sait-il seulement qu’il s’agissait tout simplement de l’une des nombreuses (360) idoles abritées dans la Kaaba, et plus particulièrement celle de la tribu de son futur « Envoyé », celle des Qurayshi.
« Abdallah » (Serviteur d’Allah)
Il s’engage vers la voie qu’il sait la sienne depuis sa naissance. A l’image de ce qui s’est passé en épilogue de la bataille de « La Tranchée » en 627, lorsque tous les hommes (400 à 700) pubères de la Tribu juive des Banu Qurayza ont été passés au fil du sabre. Ils ont été passés au sabre, après leur reddition. Ils ont été passés au sabre, parce que cela devait advenir.
Il allait faire pareil, la voie ayant déjà été tracée.
Noa, Noa Argamani est enthousiaste. Elle finit sa journée de travail. Elle fêtera ses vingt-six ans dans six jours. Mais pour le moment, c’est danser toute la nuit qui l’anime.
« Ne me tuez pas ! Non, non, non ! »
C’est ce qu’elle a crié. Cri immortalisé par une caméra portative ou de portable. Vous connaissez la suite.
Saher Nidal Latfi, tout comme lors des razzias du septième siècle au Ḥiǧāz, avait enfourché sa moto après la salât. Il était persuadé d’être dans la vraie voie, la voie juste.
245 jours de captivité
Noa Argamani sera libérée le 8 juin 2024, lors d’une opération militaire du Tsahal à Gaza, après 245 jours de captivité.
15 000 jours d’une immonde vie
Saher Nidal Latfi Sakr, lui, sera tué le 26 septembre 2026 lors d’une frappe aérienne menée par un drone dans la zone de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza.
Est-il désormais avec des houris du paradis, « qu’avant lui (eux) aucun homme ou djinn n’a déflorées », à se faire servir par les ghalmans, « garçons éternellement jeunes, avec des coupes, des aiguières et un verre d’un breuvage de source », « comme (s’ils étaient) des perles jalousement gardées ». Ou, est-il désormais hôte de la vermine, mangé et digéré par elle. Mangé et digéré par d’autres vermines.
Cannibalisme
Cette tranche de vie, cette histoire, est identique pour tous ceux assassinés, enlevés, violentés, violés, parce que juifs ou israéliens.
« Droit à résister contre une occupation étrangère », Rima Hassan
En qualifiant ainsi l’action du Hamas, l’élue des insoumis s’est fendue d’un jet d’acide sur la mémoire de tous les vrais résistants, tels Lucie Aubrac, Jean Moulin, Missak Manouchian. Il a aspergé leurs tombes, tout comme le ferait la sœur d’un éconduit, jetant de l’acide au visage de celle qui a refusé la demande en mariage.
Déjà trois ans, soit 1 096 jours, venant en écho des 1 219 cadavres du 7 octobre. Déjà trois ans et quelques 70 000 cadavres à Gaza.
Celui qui se dit indifférent aux deux chiffres manquerait d’humanité, celui qui justifie, avec un « mais », me verrait lui rappeler les « mais » pour Charlie-Hebdo. Quand il y a mort, il n’y a pas de « mais ».
« Mais », pour finir, je dirais Mais :
Qu’aurions-nous fait ?
Qu’auriez-vous fait ?
Qu’aurais-je fait ?
Si en rentrant du travail, d’un voyage ou d’un repas, vous trouviez votre famille – enfants, conjointe ou conjoint, parents – massacrés pour certains, torturés et massacrés pour d’autres, violées pour les femmes, enlevés vivants pour quelques autres – quelle aurait été votre réaction à cette découverte, alors que vous en connaissiez les auteurs, que vous aviez les preuves et restiez sans interlocuteurs pour empêcher toute répétition, toute réitération.
Peut-être que vous vous résoudriez à prendre une décision dure, irrévocable et souvent mal comprise.
Au cas où, j’espère en avoir le courage d’en faire de même.
Au cas où, j’espère en avoir le courage.
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