L’inquiétude s’accroît au sein des états-majors européens, face à une menace désinhibée de la Russie, l’Allemagne se réarme
Berlin se réveille. Les responsables allemands accusent Moscou de mener une campagne « hybride » de sabotage, d'espionnage et de désinformation contre leur pays. La Bundeswehr a entamé une remontée en puissance à coups de centaines de milliards. Une fois de plus, la concurrence entre les pays de l'Union européenne est redessinée par ces attaques russes. La puissance allemande est en train de rivaliser avec la puissance française grâce à ce réarmement.
Par Karim Maloum
Publié le 14 août 2026

La coalition du chancelier Friedrich Merz fait valoir que des services de renseignement plus puissants sont nécessaires pour contrer les menaces émanant de puissances étrangères hostiles, de groupes terroristes et de cybercriminels.
Le gouvernement allemand a donné son feu vert, mercredi 12 août, à une réorganisation importante des services de renseignement du pays, leur donnant de nouveaux pouvoirs plus étendus pour mener des opérations clandestines et faire face aux menaces étrangères.
Alexander Dobrindt, le ministre de l’Intérieur, a déclaré que les services secrets allemands étaient en train de vivre une « nouvelle ère », avec des activités se limitant jusqu’à présent principalement à la collecte de renseignements.
La guerre des renseignements est essentielle pour toute puissance, et l’Allemagne aspire à y remporter la victoire. Si bien que suite à l’hégémonie de l’oncle américain, nous observons une éventuelle supériorité du cousin germanique. La coalition du chancelier Friedrich Merz fait valoir que des services de renseignement plus puissants sont nécessaires pour contrer les menaces émanant de puissances étrangères hostiles, de groupes terroristes et de cybercriminels.
La preuve. Mercredi, le président russe Vladimir Poutine a menacé de saisir des navires appartenant à des pays européens, en représailles à des projets de vente de cargaisons confisquées à des bateaux de la « flotte fantôme » russe. Plusieurs entreprises européennes ont intercepté des navires transportant du pétrole russe, en violation des sanctions de l’UE visant cette importante source de revenus pour Moscou. Le Kremlin est accusé d’utiliser ces bâtiments pour contourner les sanctions occidentales mises en place depuis son offensive à grande échelle en Ukraine.
De nouvelles sanctions, approuvées par l’Union européenne fin juillet pour fragiliser cette importante source de revenus pour la Russie, ouvrent la voie à la vente du pétrole ou des marchandises saisis sur ces bateaux. La Suède a décidé de remettre à l’Ukraine un cargo de la « flotte fantôme » arraisonné début mars et transportant, selon Kiev, du blé ukrainien volé des territoires occupés.
L’Allemagne a la conviction qu’elle est une cible prioritaire pour les Russes
Les alliés de l’Otan ont répété avec autant de calme qu’ils le pouvaient leurs mises en garde face à une Russie menaçante et désinhibée. À l’issue d’une réunion du conseil de l’Atlantique Nord, convoquée mercredi pour discuter « des récentes violations de l’espace aérien polonais et roumain » et d’autres « incidents récents » impliquant des drones, les 32 pays ont dénoncé, une nouvelle fois, le comportement « dangereux et inacceptable » de la Russie et sa « tolérance croissante » pour le risque. Les incidents se sont en effet multipliés, sans que l’on sache toutefois s’il s’agissait d’accidents involontaires, de tests à portée limitée ou d’actes intention.
L’Allemagne a la conviction qu’elle est une cible prioritaire pour les Russes. L’Allemagne fait preuve de réactivité et dépense beaucoup d’argent pour se réarmer rapidement. La Bundeswehr, qui a été établie en 1955 dans un rôle purement défensif et est soumise à un contrôle strict du Parlement, est devenue un pilier essentiel de la politique allemande, donnant une priorité absolue à ses activités. Deux raisons vont de pair : les forces russes effraient, et celles de Donald Trump ne rassurent plus comme par le passé.
La coalition du chancelier Friedrich Merz fait valoir que des services de renseignement plus puissants sont nécessaires pour contrer les menaces émanant de puissances étrangères hostiles, de groupes terroristes et de cybercriminels.
Au centre de cette stratégie de transformation d’ampleur, un objectif : devenir la première armée conventionnelle en Europe. Pour être clair, les moyens sont essentiellement un fonds spécial de 100 milliards d’euros, ce qui est le nerf de la guerre. Pour ce faire, notre voisin habituellement très soucieux de la rigueur budgétaire, pour lui comme pour ses partenaires de l’Union européenne, a fait modifier sa Constitution pour que cette somme ne soit pas comptabilisée dans le « frein à la dette » (un déficit public limité à 0,35 % de la richesse produite sur une année).
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