Le Parquet national financier ouvre une enquête

L’affaire Jack Lang dans le scandale Epstein

La pression montait depuis plusieurs jours. Le Parquet national financier a annoncé, vendredi 6 février, avoir ouvert une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », contre le président de l’IMA et sa fille Caroline. Accusé de liens avec des affaires d’abus sexuels sur mineurs et de proximités financières troubles avec le financier américain Jeffrey Epstein, Jack Lang a toujours nié toute implication criminelle.

Par Marie Dolores Prost

Publié le 8 février 2026

L’affaire Jack Lang dans le scandale Epstein

Jack Lang et sa fille sont visés par une enquête du Parquet national financier, dans le sillage de révélations liées à l'affaire Epstein.

Jack Lang, figure emblématique de la vie politique et culturelle française, ancien ministre de la Culture sous François Mitterrand et président de l’Institut du monde arabe jusqu’à sa récente démission, se trouve au cœur d’une controverse qui mêle allégations anciennes et révélations récentes. Accusé de liens avec des affaires d’abus sexuels sur mineurs et de proximités financières troubles avec le financier américain Jeffrey Epstein, Lang a toujours nié toute implication criminelle. Cet article retrace les faits, les accusations et les démentis, en s’appuyant sur des sources publiques et judiciaires.

Les racines dans l’affaire du Coral

L’ombre des allégations plane sur Jack Lang depuis plus de quatre décennies. En 1982, l’affaire du Coral éclate en France : un scandale d’abus sexuels sur mineurs impliquant un « lieu de vie » alternatif dans le Gard, où des enfants et adolescents étaient hébergés. L’enquête met en cause plusieurs personnalités publiques, dont Jack Lang, alors ministre de la Culture.

Des soupçons portent sur des visites au centre et des relations avec des figures impliquées, comme Jean-Pierre Lanez, un éducateur accusé. Cependant, malgré une forte médiatisation et des suspicions de manipulation politique certains y voyant une tentative de déstabiliser le gouvernement socialiste fraîchement élu l’affaire est classée sans suite pour Lang et d’autres personnalités citées, telles que le magistrat Jean-Pierre Rosenczveig.  Les enquêtes n’ont pas abouti à des poursuites, et Lang a toujours qualifié ces accusations de « calomnies »infondées, soulignant l’absence de preuves.

Cette affaire, bien que close, a laissé des traces durables. Elle est souvent évoquée par des détracteurs pour questionner l’entourage de Lang, dans un contexte où la France des années 1980 était marquée par des débats sur la libéralisation sexuelle, parfois controversés.

Les révélations de l’affaire Epstein

Le nom de Jack Lang resurgit avec force en 2026, dans le sillage du scandale Jeffrey Epstein, le milliardaire américain accusé de trafic sexuel de mineures, mort en prison en 2019. Le 30 janvier 2026, le ministère américain de la Justice déclassifie plus de trois millions de documents les « Epstein files »révélant des liens étroits entre Lang, sa fille Caroline Lang, et le pédocriminel.  Ces fichiers incluent des centaines d’e-mails, des photos et des traces de transactions financières.

Lang et Epstein se seraient rencontrés il y a une quinzaine d’années via le réalisateur Woody Allen, lors d’un dîner. S’ensuivent des échanges cordiaux, des invitations à Paris, New York et Marrakech. Une photo les montre ensemble en 2019, peu avant l’arrestation d’Epstein.  Le nom de Lang apparaît 685 fois dans les documents, souvent pour organiser des rendez-vous ou discuter d’affaires culturelles.

Liens financiers 

En 2016, Caroline Lang, figure du cinéma français, fonde avec Epstein une société offshore, Prytanee LLC, aux îles Vierges américaines.  De plus, en 2018, Epstein verse 50 000 euros via une entité offshore pour financer un documentaire sur la carrière de Jack Lang, réalisé par Serge Moati. Lang sollicite ce don dans un e-mail, arguant qu’il s’agit d’un mécénat légitime. Epstein apparaît aussi sur le testament de la sœur de Caroline Lang, décédée, bien que les détails restent flous.

Les documents évoquent un riad à Marrakech acquis via des structures opaques, et des discussions sur une « nouvelle sexualité des enfants »une phrase ambiguë qui alimente les spéculations, sans preuve directe d’implication dans les crimes d’Epstein. 

Jack Lang a réagi en assumant « pleinement les liens » amicaux, mais en niant toute connaissance des activités criminelles d’Epstein. « Solliciter un mécène, ce n’est quand même pas un délit » a-t-il déclaré sur BFMTV, affirmant être « tombé des nues »en apprenant les accusations contre le financier.  Caroline Lang, de son côté, est décrite comme « naïve »par son père, qui la défend vigoureusement.

L’enquête judiciaire et les conséquences politiques

Le 6 février, le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour «blanchiment de fraude fiscale aggravée »visant Jack Lang et sa fille.  Aucune charge pénale liée aux abus sexuels n’est retenue à ce stade, mais les liens financiers soulèvent des questions sur l’opacité des transactions. Lang accueille cette enquête avec « sérénité et même soulagement »estimant qu’elle permettra de démontrer l’infondé des accusations. 

Politiquement, le scandale est explosif. De nombreuses voix, de droite comme de gauche, exigent la démission de Lang de l’Institut du monde arabe , un poste sous tutelle du Quai d’Orsay. Le 7 février, Jack Lang propose sa démission au ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui l’accepte.  Emmanuel Macron, via l’Élysée, avait demandé des explications, soulignant la nécessité de protéger l’institution. 

Le 9 février 2025 (date antérieure, mais liée), Jack Lang est agressé lors d’un rassemblement contre la pédocriminalité à Paris, poussé à terre par des manifestants. Une enquête pour « violences volontaires en réunion » est ouverte.  Cet incident illustre la tension autour de sa personne.

Un bilan en suspens

Jack Lang, « ministre de la Culture à vie » pour ses admirateurs, reste une icône pour ses contributions à la Fête de la musique ou à la démocratisation culturelle. Mais ces affaires entachent son legs, ravivant des débats sur l’impunité des élites. Si les allégations anciennes ont été classées, les révélations de l’affaire Epstein exigent une transparence totale. L’enquête du Parquet national financier dira si des infractions fiscales ont été commises, mais pour l’heure, Jack Lang clame la présomption d’innocence.

M. D. P.

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