Meurtre de Quentin Deranque : en politique, la peine de mort serait-elle légitime ?
Le 22 février, Le Figaro révélait que des professeurs de Sciences Po auraient écrit, sur une boucle WhatsApp, et relativement au meurtre de Quentin Deranque : « Ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient[1] ». Le journal signale également l’indignation de collègues. Ce n’est pas la première fois que des militants de la « gauche totale » légitiment, pour des opposants politiques hâtivement « nazifiés », la peine de mort, et ce, sans procès, mais par le biais du meurtre, comme on le constata après que la vie de Charlie Kirk fut fauchée.
Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia
Publié le 25 février 2026

"Le mec mort c’est un néonazi."
« Ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient ». Le citoyen honnête trouvera le propos absolument hallucinant. Ce type d’outrance pourrait légitimer que l’on fût choqué déjà derrière un comptoir, mais alors, initié par des enseignants du supérieur, cela dépasse largement les bornes de l’admissible. L’affirmation que je pose ici n’est pas simplement morale. Effectivement, ces propos outranciers n’illustrent-ils pas la défaite de la pensée ? Peut-on s’enfermer à ce point dans une caricature binaire – pour des « résistants » à la transphobie, cela ne manque pas de sel – lorsque l’on enseigne une science humaine et sociale dans un Institut d’Études Politiques : « C’est pourtant simple, Raphaël Arnaud c’est un antifasciste et le mec mort c’est un néonazi[2]» ?
En lisant l’article du Figaro, nous serons frappés par la dynamique complotiste des auteurs, estimant que questionner la responsabilité de LFI est « peut-être intéressant au niveau de la stratégie politique », ou qu’«Il existe de nombreux exemples de personnes décédées tuées par la police ou la gendarmerie, souvent des personnes racisées […] », et peu importe s’il y a plus de diversité ethnique et confessionnelle dans les rangs de la Police nationale que sur les bancs de LFI…
Nazification de celui qui serait trop à droite
Ce qui est d’autant plus choquant, c’est la facilité avec laquelle la quintessence de l’élite intellectuelle verse dans la nazification de celui qui serait trop à droite. Elle ne fait plus la distinction entre un conservateur et un réactionnaire, entre un réactionnaire et un fasciste, voire un nazi.
Nous pourrions rappeler que la résistance aux nazis et au régime de Vichy ne fit pas le tri entre les patriotes. Oui, Jean Zay et Jean Moulin étaient des figures du Parti Radical mais Honoré d’Estienne d’Orves était militant de l’Action française, Madeleine Fourcade était issue de l’extrême-droite[3]. Nous pourrions également rappeler que les rangs de la collaboration ne furent pas garnis par des seuls fascistes, mais aussi par des figures, parfois importantes, de la gauche, comme Charles Spinasse, qui avait été ministre du Front Populaire ou René Belin, meneur de la CGT. Et que dire de L’Humanité qui, tandis que la collaboration était à l’ordre du jour, vantait les mérites de l’amitié franco-allemande[4] ?
La complexité de la période, sa noirceur, le sacrifice de ceux qui ont combattu cet odieux totalitarisme, devraient nous imposer de regarder au-delà des étiquettes politiques et, surtout, de cesser de brandir à tout bout de champ cette arme du « terrorisme » intellectuel et politique : « nazi », « fasciste ».
La « gauche totale »
Nonobstant, relevons des éléments positifs. Les protestations relevées par Le Figaro démontrent qu’il n’y a pas unanimité à verser dans l’indécence et l’outrance. Allons-nous vers la fin d’un cycle, celui de l’hégémonie d’une gauche néo marxiste qui confond militantisme et érudition ? Le problème n’est pas d’avoir des opinions politiques, fussent-elles tranchées, mais qu’une tendance exerçât un pouvoir dans un lieu consacré au savoir. Cette « gauche totale », pour qui la droite commence au PS, verse dans un maccarthysme à l’envers.
Pour finir, dénonçons l’escroquerie intellectuelle qu’elle a, parfois, à se revendiquer de la Révolution française. D’ailleurs, elle se retrouve par-là même avec une frange de la droite, réactionnaire, dans le discrédit de l’événement fondateur de notre modernité politique. Nulle question de nier les violences, mais de rappeler que celles commises par les patriotes[5] furent une réponse aux violences effectives d’une contre-révolution déterminée – doux euphémisme.
Dans les clubs jacobins, ce qui prima, ce fut la démarche légaliste, ce qui est généralement ignoré par les acteurs du débat public et médiatique. De la même manière sont niées les atrocités commises par les contre-révolutionnaires et même par les « modérés », et ce, dès 1790. Pour exemple, en août 1790, la répression sanglante de la ville de Nancy, en soutien aux patriotes suisses de Châteauvieux, qui entraîne un bain de sang : plusieurs milliers de personnes. En octobre de la même année, les populations violentées de Carpentras viennent se réfugier à Aix, lorsqu’elles ne sont pas tombées sous le fer et le feu de ce que l’on appelle « le despotisme comtadin[6] ».
Évoquons le massacre du Champ de Mars le 17 juillet 1791, lorsque La Fayette et Bailly ouvrirent le feu sur les républicains, désarmés, qui réclamaient la déchéance du roi. Pensons aux Jacobins qui soutenaient les Montagnards, exécutés au cours de l’été 1793 par les « tribunaux populaires » des sections favorables aux Girondins, aux prêtres qui fanatisèrent les populations en Vendée en promettant à ceux qui mourraient en prenant les armes contre le « régime impie », la République, qu’ils ressusciteraient sous 3 jours. Rappelons-nous que la quasi-totalité de l’Europe était en guerre contre la France, que 17 armées des monarchies coalisées cernaient notre pays, que des villes étaient bombardées, que Toulon fut livrée aux Anglais et aux Espagnols par les royalistes…
Ici, il n’est pas question de positionnement politique – quoique cela ne fût pas impossible –, il est d’abord question d’histoire et de la manière dont on peut l’instrumentaliser de façon malhonnête. Ces groupuscules d’extrême-gauche ne se positionnent pas pour la Démocratie, pour la République, pour la France, pour la Liberté… Ils se revendiquent anti ; anticapitalistes, antiimpérialistes, antisémites (pardon, « antisionistes »). Ce n’est pas l’amour de la liberté qui les anime, mais la rage et la frustration. Ils ne sont les héritiers ni des Lumières – que d’ailleurs souvent ils condamnent – ni de la Révolution française, mais des fascistes ! L’occasion de se souvenir de la perspicacité de Pier Paolo Pasolini : « Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme[7]. »
J. B. Ch.-B.
[1] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/ces-nazillons-ont-recolte-ce-qu-ils-cherchaient-sur-whatsapp-deux-profs-de-sciences-po-justifient-la-mort-de-quentin-20260221
[3] Voir notamment https://lcp.fr/programmes/les-paradoxes-francais/quand-l-extreme-droite-resistait-1939-1945-117038
[4] Voir notamment https://lcp.fr/programmes/les-paradoxes-francais/quand-la-gauche-collaborait-1939-1945-120283
[5] C’est ainsi que s’appelaient les révolutionnaires.
[6] AM Aix-en-Provence, LL 283 : Extrait des Registres de Délibérations de la Société des Amis de la Constitution, établie à Aix, Département des Bouches du Rhône.
[7] Pier Paolo Pasolini, Lettres luthériennes, (1976).
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