Mort de Quentin Deranque : la politique des poings meurtriers
« La gauche est antifasciste, elle n’est pas antitotalitaire » avait prévenu Georges Orwell. Voilà une semaine que le débat public est l'occasion d'un front opposant ceux qui condamnent sans réserve le meurtre de Quentin Deranque et ceux qui s'inscrivent dans des tentatives désespérées et indécentes de relativisme, voire de justification. Le schéma apparaîtra binaire et nous devons le regretter, mais que reste-t-il d’autre que la sidération tandis que l'unanimité ne se fît pas sur la condamnation sans réserve ? On ne peut cautionner, lorsque l'on est démocrate, un passage à tabac meurtrier.
Par Jean-Baptiste Chikhi-Budjeia
Publié le 24 février 2026

Des charognards se sont acharnés sur trois hommes, puis un seul, l’ont tabassé bien qu'il était dans l'incapacité de se défendre.
Serait-ce une question d’accointances politiques ? Cela ne devrait pas l’être. Il n’est pas nécessaire d’être proche de Némésis pour condamner un lâche qui projetât une femme violemment à terre ? Cela ne devrait pas être l’exclusive des conservateurs ni des réactionnaires. Devrions-nous, sans être de ceux-là, nous réjouir qu’un guet-apens soit tendu et qu’il s’achève sur le meurtre d’un homme à terre, et inerte ? Le 19 février dernier sur LCI, face à Darius Rochebin, le criminologue Alain Bauer prenait soin de distinguer la rixe qui opposa deux groupes, du guet-apens tendu à Quentin et quelques jeunes avec qui il était. Il disait : « Le lynchage, le meurtre du jeune Quentin, est l’action de quelques-uns dans leur folie meurtrière (…) Ce qui change tout, c’est le coup de pied dans la tête : un acte meurtrier par nature[1]« . C’est justement sur la forme qu’il nous faut nous attarder.
D’aucuns, peut-être bercés par Robert Wise, ont voulu voir dans le drame de jeudi dernier, un West side story lyonnais et l’inscrire dans une forme de romantisation indécente. On nous aurait presque fait le coup du duel. Pourtant, quiconque aura regardé la vidéo en boucle n’y verra point de Clemenceau, l’épée à la main, soufflant à un adversaire armé et reculant debout, « Comment, Monsieur, vous nous quittez ? » Point de témoins non-plus, pas plus que de combat viril à la loyale. En revanche, nous verrons bien une configuration de prédation, une meute : des charognards se sont acharnés sur trois hommes, puis un seul, l’ont tabassé bien qu’il était dans l’incapacité de se défendre (savait-il seulement combattre ? savait-il seulement serrer les poings ?)
Sur cette vidéo glaçante, nous avons vu des lâches asséner à un homme à terre des coups écrasants, par nature destructeurs. Puis il y a ces coups de pieds et, surtout, cet ultime coup de pied après avoir pris le temps d’un demi-tour. Relèvera-t-on que même en MMA, où la violence fait partie du spectacle, les coups de pieds sur un adversaire au sol ne sont pas permis. C’est dire à quel point cela relève de la lâcheté la plus crasse.
De là, on comprend mieux comment des professeurs de Sciences Po auraient légitimer ce meurtre, si l’on en croit le Figaro[2]…
J.-B. Ch.-B.
[1] https://www.youtube.com/watch?v=pWVbFmOvwlI&t=1138s
[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/ces-nazillons-ont-recolte-ce-qu-ils-cherchaient-sur-whatsapp-deux-profs-de-sciences-po-justifient-la-mort-de-quentin-20260221
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