Tous maastrichtiens !
Il y a un point commun à tous les candidats « importants » (tous ceux qui entrent dans les sondages) : ils acceptent le cadre de l’UE tel qu’il a été fixé par le traité de Maastricht (1992) et « amandé » par le traité de Lisbonne (2007) dont la ratification a constitué un véritable coup d’État contre le peuple français qui s’était prononcé contre le « traité constitutionnel européen » lors du référendum de 2005. De Mélenchon à Marine Le Pen, personne ne remet en cause les clauses fixées en 1992, qui impliquent la monnaie unique et la discipline budgétaire de la Commission.
Par Denis Collin
Publié le 5 septembre 2026

Mitterrand a fait entrer Jacques Delors au PS, dans l’unique but de l’aider à vaincre les résistances au projet européen au sein du PS.
Dans son livre L’opium des élites, Aquilino Morelle montre en détail comment les élites françaises se sont ralliées au « projet européen » dont Jean Monnet, éminent agent d’influence des États-Unis, fut le grand inspirateur. Mitterrand, notamment, parmi toutes ses errances (du pétainisme à la résistance, de l’Algérie française à la « rupture avec le capitalisme ») a toujours maintenu cette conviction du nécessaire dépassement de la nation française dans un ensemble européen. Ce projet, dès avant la guerre, avait été défendu par une partie de la classe dirigeante française.
Mitterrand a fait entrer Jacques Delors au PS, dans l’unique but de l’aider à vaincre les résistances au projet européen au sein du PS – Delors, qui venait du cabinet de Chaban-Delmas, n’avait rien de socialiste. Rappelons encore que dès l’automne 1981, Delors milite contre les billevesées socialistes au nom de l’Europe et pilote le fameux « tournant de la rigueur » dont le seul objectif est de maintenir la France au sein du système monétaire européen (le fameux « serpent »).
En 1986, une première conclusion est trouvée dans « l’acte unique européen ». Pierre Bérégovoy mettra en œuvre la dérégulation bancaire, devançant les échéances prévues. Le traité de Maastricht ouvrait une nouvelle étape dans l’unification européenne. L’immense majorité de la classe politique se prononce en faveur de ce traité, à l’exception du Front national de Jean-Marie Le Pen (qui recueillera 12,4 % des voix et aucun député aux législatives de 1993). Seuls, deux contestataires de leurs partis respectifs, Jean-Pierre Chevènement, alors socialiste, et Philippe Séguin, membre du chiraquien RPR, mènent en faveur du « non » une campagne de belle tenue.
Aujourd’hui la situation a bien changé ; le FN devenu RN s’est rallié à l’UE ; le mouvement de Jean-Pierre Chevènement a explosé après l’échec de sa tentative présidentielle de 2002. Alors même que le scepticisme et même la franche hostilité à l’égard de l’UE n’ont cessé de se développer dans le peuple, la représentation politique de cette opposition à l’UE s’est étiolée en se divisant en de multiples chapelles concurrentes qui ont bien du mal, toutes catégories confondues à atteindre 5 % des voix.
Plusieurs sondages indiquent qu’il existe une majorité de Français qui souhaiteraient être consultés sur l’UE
La question de l’UE est pourtant une question essentielle et devrait être au centre des débats de la prochaine présidentielle. La protection de l’industrie et de l’agriculture française contre une concurrence internationale impitoyable se pose à l’évidence quand on voit le délitement terrifiant de notre tissu industriel et la crise d’une agriculture confrontée au MERCOSUR alors même qu’elle est durement éprouvée par les épisodes de canicule à répétition de cet été.
Les déclarations « révolutionnaires » de Jean-Luc Mélenchon impliqueraient le plus souvent la rupture avec les traités européens, mais il refuse explicitement cette perspective. Enfin, le projet éminemment inquiétant de supprimer le droit veto des nations de l’UE sur la politique étrangère signifierait l’anéantissement totalement de la souveraineté des nations et donc, de facto, la disparition de la France réduite à l’état d’un Land de la république fédérale allemande.
Plusieurs sondages indiquent qu’il existe une majorité de Français qui souhaiteraient être consultés sur l’UE, mais Emmanuel Macron s’est opposé à une telle consultation, car, selon lui, elle conduirait une sortie de la France de l’UE, suivant ainsi l’exemple britannique. Bref, la souveraineté ne réside pas dans la nation, selon les figures les plus éminentes de la classe politique qui prétend parler au nom du peuple.
Faute de poser ces questions, les politiciens qui se disputent les suffrages pour l’élection de 2027 accréditent eux-mêmes l’idée que cette élection est une parodie de démocratie. Les plus révolutionnaires ne sont que des pâles copies de Tancrède, le neveu du prince Salina dans Le guépard, pour qui « il faut tout changer pour que rien ne change. »
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