11 septembre : quand la barbarie frappe à la porte du monde

Par Kamel Bencheikh

Publié le 11 septembre 2025

"Se souvenir du 11 septembre, pour moi, ce n’est pas seulement commémorer les victimes américaines. C’est penser à mes amis assassinés — Youcef Sebti, Tahar Djaout, et tant d’autres." Sur la photo, à gauche, Tahar Djaout, en compagnie de Kamel Bencheikh.

Je me souviens du 11 septembre 2001 comme d’une gifle infligée à l’humanité entière. Les images des tours jumelles qui s’effondrent m’ont renvoyé, avec une brutalité glaciale, aux années 1990 en Algérie, la fameuse décennie noire. Ce que le monde découvrait en direct à la télévision, nous l’avions vécu dans nos chairs : les villages égorgés, les intellectuels assassinés, les femmes violées, les enfants arrachés à la vie. Ce qui s’abattait sur Manhattan ce jour-là, c’était la même barbarie islamiste que nous avions affrontée, mais dont l’Occident avait refusé de voir le visage.

Je suis né dans une terre de fer et de feu. J’y ai appris très tôt que les appels à Dieu pouvaient recouvrir les cris des enfants. J’y ai vu des hommes brandir le Coran comme une arme, et des femmes se taire sous la peur. Mais j’y ai vu aussi des hommes debout, des femmes dignes, des amis qui lisaient Voltaire à la lueur vacillante d’une bougie. Nous savions alors que l’obscurantisme n’était pas seulement une menace : c’était une entreprise de mort.

Le 11 septembre a déplacé cette tragédie de nos ruelles sombres vers le cœur battant de l’Occident. New York devenait Bentalha. Les cendres des tours jumelles se mêlaient à celles de nos villages incendiés. Et le monde comprenait, enfin, que le fascisme islamiste ne s’arrêterait pas aux frontières d’un pays.

Vingt-quatre ans plus tard, où en sommes-nous ? L’ennemi n’a pas disparu. Il est toujours aussi présent. Il a changé de nom, changé de méthode, mais il continue de se nourrir des lâchetés de nos élites et de la complaisance de nos sociétés. On nous dit de relativiser, de comprendre, d’excuser. On maquille la haine sous les habits chatoyants de la diversité. On accepte qu’un peu de liberté soit sacrifiée pour un peu de tranquillité. Mais l’histoire nous le rappelle sans cesse : chaque concession faite à l’obscurantisme est une victoire offerte à la servitude.

Se souvenir du 11 septembre, pour moi, ce n’est pas seulement commémorer les victimes américaines. C’est penser à mes amis assassinés — Youcef Sebti, Tahar Djaout, et tant d’autres. C’est rappeler que la barbarie islamiste n’est pas une génération spontanée, mais le produit d’un projet politique, financé, idéologisé, exporté. C’est dire que la lutte n’est pas militaire seulement, mais d’abord culturelle, spirituelle, universaliste.

Je le répète : la liberté ne se négocie pas. La laïcité n’est pas une option. L’égalité entre femmes et hommes n’est pas un luxe. Ces principes ne sont pas occidentaux, ils sont humains, ils sont universels. Ils forment la seule digue contre la vague qui menace de tout engloutir.

Le 11 septembre fut un avertissement. L’oubli serait une abdication. Tant que nous n’aurons pas le courage de regarder l’ennemi en face et de dire son nom — islamisme — nous resterons vulnérables.

Alors, en ce jour de mémoire, je n’écris pas seulement pour rappeler une tragédie. J’écris pour dire qu’il nous faut une insurrection des consciences. Pas demain. Pas plus tard. Maintenant.

K. B.

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