Uniforme scolaire : l’étrange silence de l’Education nationale

A l’approche de la rentrée scolaire, il est souvent fait grand cas des nouvelles directives et des expérimentations en cours à l’Education nationale… Or depuis l’an dernier, l’expérimentation de la tenue commune, l’uniforme scolaire en langage clair, est étrangement passée sous silence. Est-elle déjà mise dans les pertes et profits, au fond de la colonne des mesures à oublier, coûteuses et sans intérêt ? Pourtant, cette expérimentation était portée par le ministère lui-même, sous l’impulsion du Président de la République et de l’ancien Premier ministre, auparavant ministre de l’Education nationale, Gabriel Attal ! Donc la République propose de dépenser de l’argent en faveur des élèves afin de tester une tenue qui pourrait faire évoluer sensiblement le climat scolaire vers davantage de concentration, plus de sentiment d’appartenance à l’établissement scolaire, moins d’inégalités visibles, et surtout moins de conflits voire de harcèlement en lien avec les vêtements, et dans sa grande bonté ne cherche même pas à évaluer les résultats de la mesure.

Par Renaud Jardin

Publié le 25 août 2025

Uniforme scolaire : l’étrange silence de l’Education nationale

Expérimenté l'année dernière, l'uniforme scolaire n'est pas à l'ordre du jour pour la prochaine rentrée.

Silence total… on se croirait dans une classe de CP le jour de la rentrée ! Pourtant, de plus en plus d’élèves Français sont en perte totale de repères et témoignent de connaissances bien minces au regard de l’investissement consenti par la Nation. Alors si la tenue scolaire peut apporter un peu de positif dans toute cette agitation veine, sous couvert de pédagogisme et de compétences psychosociales développées dans le grand vide de la pensée, il serait primordial d’attribuer une importance de premier ordre à son expérimentation. D’ailleurs, le ministère lui-même s’y était engagé, en exposant la mise en place d’un comité de pilotage et d’un comité de suivi.

De même, « afin de mesurer les effets de cette première année d’expérimentation, une mission d’évaluation pilotée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) est en cours, en lien avec les équipes des établissements » et « les premiers résultats de cette mission seront présentés fin avril 2025 et permettront de déterminer les ajustements de l’expérimentation pour l’année scolaire 2025-2026 dans les écoles et les établissements qui poursuivront le projet ».

Nous devons être très nombreux à avoir manqué la présentation de ces résultats de « l’évaluation pilotée par la DEPP » … Nous les attendons encore ; la deuxième année va commencer alors que le flou régnait il y a peu de temps pour connaître les décisions des établissements concernés au sujet de la poursuite ou non de l’expérimentation. Et pour cause, des articles avaient exposé le désengagement de l’Etat faute de moyens financiers, laissant les collectivités territoriales bien seules pour assumer la totalité du coût de l’expérience… ce qui n’était pas du tout à leur goût !

Ainsi, alors que les décisions doivent être prises bien avant la fin de l’année scolaire, il aurait été judicieux d’évaluer cette expérimentation dès le début de l’année avec un questionnaire communiqué à tous les élèves, à leurs parents et aux enseignants concernés. Puisque cette expérience est portée par le ministère, pour quelles raisons n’y a-t-il aucun document de ce type qui permettrait de savoir réellement l’impact de ces tenues sur le ressenti des élèves, les éventuelles complications à anticiper pour la suite et sur l’évolution du climat des établissements qui participent à l’expérimentation ?

Une expérimentation nationale, avec une éventuelle généralisation à tous les élèves Français en 2026, ne mériterait même pas une évaluation avec des documents ministériels connus de tous et dont le calendrier s’appuierait sur une étude un peu rigoureuse, prenant en compte le ressenti, puis le vécu et les idées de chacun au début de l’expérience, vers le milieu puis à la fin de l’année, et concernerait l’ensemble des établissements de la même façon. Cela ressemble à s’y méprendre à un enterrement dans les règles pour une mesure mort-née…

Aurait-on peur du résultat qui serait trop positif aux yeux d’une institution où les syndicats dits représentatifs ont montré leur réprobation dès le début, où les enseignants sont majoritairement opposés et où les décisions dépendent tant des moyens alloués par les politiques du moment… laissant toute la place à l’idéologie sur le terrain. Craindrait-on également une mesure positive alors qu’elle est estampillée de droite dans un environnement professionnel encore très à gauche, pour ne pas dire flirtant avec l’extrême gauche.. ?

Devant les contestations et les interrogations légitimes des uns et des autres, l’Etat a rapidement précisé que « les crédits pour l’année 2025-2026 n’ayant pas été prévus dans la construction initiale du budget 2025, le ministère s’engage à procéder à un redéploiement de crédits sur le budget 2025 afin de financer la poursuite de l’expérimentation pour l’année scolaire 2025-2026 ».

Le ressenti des collectivités territoriales est très clairement exprimé par Vincent Terrail-Novès, Maire de la ville de Balma, en banlieue toulousaine, sur France 3 Occitanie : « Le gouvernement revient sur ses engagements (…) L’État cocufie les communes, la communauté éducative et les parents d’élèves avec qui nous avions parfaitement collaboré. »

C’est donc vers les Villes qu’il faudra se tourner pour en savoir davantage afin de connaître leur évaluation du dispositif après un an de mise en place, notamment en termes de climat scolaire et de lutte contre le harcèlement. Si cela s’avère positif pour les élèves, aussi bien en renforçant le sentiment d’appartenance qu’en réduisant les inégalités visibles, il est primordial de le savoir afin de porter la parole des parents qui, contrairement aux équipes enseignantes, y étaient nettement plus favorables dès le début, comme le montrait le sondage CSA pour CNews, en date du 12 janvier 2023, où six Français sur dix (59 %) se sont prononcés pour l’uniforme. Ceci pourrait expliquer le silence des uns, malheureusement au détriment des autres…

R. J.

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