10 ans du Bataclan, comment le 13 novembre a bouleversé ma vie et m’a poussé à rompre définitivement avec le salafisme

Par Henda Ayari

Publié le 13 novembre 2025

Avant le 13 novembre, j’étais immergée dans un environnement religieux rigoriste suite à un mariage forcé.

Dix ans après le massacre du Bataclan et les attaques coordonnées du 13 novembre 2015 à Paris, la France commémore l’une des pires nuits de son histoire. Plus de 130 morts, des centaines de blessés, des vies détruites en quelques minutes. Cette nuit-là a agi comme un choc d’ondes sismiques dans tout le pays. Pour moi, elle a marqué un point de rupture absolu. Une fracture intime, politique, spirituelle. Et c’est précisément dans ce séisme que j’ai décidé de retirer définitivement le voile et de rompre avec le salafisme.

Avant le 13 novembre, j’étais immergée dans un environnement religieux rigoriste suite à un mariage forcé. Le salafisme avait colonisé mes repères. Le voile était devenu un marqueur identitaire, un filtre moral, un mur social. L’idéologie me dictait la manière de m’habiller, de parler, de me comporter, d’exister. Je justifiais mes choix en les enveloppant dans un discours religieux structuré, présenté comme vérité absolue. Je pensais être du côté du bien, du côté de la pureté.

Quand les terroristes ont frappé Paris, je suis restée tétanisée devant l’écran. L’horreur des rafales, les cris, les corps à terre au Bataclan, les terrasses ensanglantées. Cette barbarie se revendiquait de la même matrice religieuse dont je portais les codes. Je ne pouvais plus détourner les yeux.

Une question m’a transpercée : jusqu’où un discours, même non violent dans sa pratique individuelle, prépare l’acceptation de la violence dans la société ? Le salafisme ne dit pas « tue », mais il installe l’idée que l’Occident est impie, que la culture française est décadente. Il sépare. Il hiérarchise. Il déshumanise silencieusement.

J’ai compris que mon voile n’était plus un simple tissu : il était devenu le symbole visible d’une idéologie qui produit ses monstres.

Quelques jours après les attentats, j’ai décidé de parler et de publier des photos de moi avant, et après le voile, j’ai retiré le voile. Définitivement. Sans retour. C’était un acte de rupture, de désobéissance, de reprise en main. Une décision qui a déclenché l’incompréhension, la colère, les menaces. Mais j’ai décidé d’assumer. J’ai fait mon premier plateau télé avec Thierry, Ardisson, j’ai retiré mon voile en direct, plus de 66 millions de vues à travers le monde, j’ai reçu des milliers de messages de personnes du monde entier qui me félicitaient pour ce geste symbolique.

À partir de ce moment, je me suis engagée publiquement contre l’islamisme et ses dérives. J’ai écrit des livres, donné des conférences, fondé l’association Libératrices pour accompagner les femmes prisonnières de ces réseaux idéologiques et leur offrir un chemin de sortie. J’ai rencontré des familles brisées, des jeunes happés, des quartiers gangrenés. J’ai entendu le soupir étouffé de celles qui sont battues parce qu’elles veulent choisir.

Plus tard, j’ai créé Les Patriotes de la Diversité pour défendre une idée simple: on peut être français, issu de l’immigration, attaché à ses racines, et se battre pour la République sans céder au chantage victimiste et communautariste. La diversité n’a de sens que dans la liberté. Et la liberté n’existe que si l’on combat l’idéologie qui veut la réduire.

Dix ans après, la plaie est ouverte. Les familles du Bataclan vivent chaque jour avec un vide qui n’a pas de langage. La France s’habitue aux commémorations comme à une routine macabre. Mais le danger n’a pas disparu. L’islamisme avance toujours ; il se présente sous des formes plus douces, plus stratégiques, plus politiques.

Je n’ai pas oublié cette nuit de novembre. Elle a arraché des innocents. Elle a brisé des vies. Elle m’a forcée à me tenir debout. J’ai choisi la résistance. Pas la résistance de posture, mais celle qui exige de payer un prix personnel.

Dix ans plus tard, je continue à parler, à dénoncer, à écrire, à exposer les réseaux, à soutenir les femmes, à défendre la liberté, y compris quand cela dérange. Tout ce qui s’est passé ce soir-là n’aura de sens que si nous refusons la résignation.

Le Bataclan n’est pas un souvenir. C’est un avertissement.

H. A.

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