« Vous êtes trop nombreux » aux Deux-Alpes : l’antisémitisme ordinaire face caméra
Une courte vidéo filmée dans une buvette de la station des Deux-Alpes, dans l'Isère, a mis en lumière, une fois de plus, la banalité de l’antisémitisme en France. On y voit la propriétaire de l’établissement s’adresser à un client : « La communauté juive, vous êtes trop nombreux. À un moment donné, ça excède les gens. »
Publié le 16 août 2026

Laurent Nuñez a réagi sur X : "La gendarmerie nationale a ouvert une enquête en lien avec le parquet. La personne concernée devra répondre des propos tenus."
Diffusée vendredi sur X par le compte « Jugé Coupable », la séquence est rapidement devenue virale. Elle a été visionnée des centaines de milliers de fois en quelques heures. Le ton est posé, presque anodin. Pas de cris, pas de menaces explicites. Juste une affirmation décomplexée, en plein jour, derrière un comptoir de station de montagne.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a réagi hier, samedi 15 août, sur X : « Dès que la vidéo a été portée à ma connaissance, la gendarmerie nationale a ouvert une enquête en lien avec le parquet. La personne concernée devra répondre des propos tenus, que je condamne fermement, et qui n’ont pas de place dans notre République. »
Dès que la vidéo a été portée à ma connaissance, la gendarmerie nationale a ouvert une enquête en lien avec le parquet.
— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) August 15, 2026
La personne concernée devra répondre des propos tenus, que je condamne fermement, et qui n’ont pas de place dans notre République. pic.twitter.com/6cn8lijdzi
Dans la foulée, Aurore Bergé, ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, a également condamné fermement ces « actes et propos antisémites ». Elle a demandé à la préfète de l’Isère de procéder immédiatement à un signalement au procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale. « Aucun acte antisémite, aucun acte raciste, aucun acte de haine ne saurait être toléré », a-t-elle insisté. Le parquet de Grenoble a confirmé l’ouverture d’une enquête pour « provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine ou de la religion ».
Une commerçante se sent autorisée à expliquer, face à un client, que les Juifs « excèdent » les gens.
Entendue samedi, la commerçante a reconnu les propos. Des témoins doivent encore être auditionnés.La mairie des Deux-Alpes a, de son côté, rappelé ses « valeurs d’ouverture, de respect et d’inclusion », tout en soulignant que les circonstances précises restaient à établir par les enquêteurs. Le CRIF Grenoble-Dauphiné a annoncé qu’il se constituerait partie civile en cas de procès.
L’affaire est claire. Une commerçante se sent autorisée à expliquer, face à un client, que les Juifs « excèdent » les gens. En 2026 en France, dans une station alpine fréquentée depuis des décennies par des familles juives orthodoxes.
La réaction des autorités est rapide. Elle est nécessaire. Mais elle mesure aussi, par sa promptitude même, l’étendue du problème. L’antisémitisme n’est plus seulement le fait de groupuscules ou de discours radicalisés. Il s’installe dans le quotidien, dans les conversations de terrasse, dans les commerces de montagne, Il devient familier.
Quand une femme peut dire tout haut, sans baisser la voix, que les Juifs sont « trop nombreux », ce n’est plus un incident isolé. C’est un symptôme.
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