Enquête exclusive - partie I

Quand des dignitaires algériens dissimulent une partie de leur patrimoine en France

Depuis que des articles de presse – dont ceux de Rupture – ont annoncé que le gouvernement français envisageait, dans le cadre de sa « réponse graduée » face à l’entêtement jusqu’au-boutiste du régime algérien, de dégainer des « mesures patrimoniales », contre certains apparatchiks algériens, un vent de panique a soufflé dans les salons algérois. Le mot magique ? « Gel des avoirs ». Une formule qui réveille les insomnies de ceux qui ont confondu les caisses publiques avec un coffre-fort personnel. Nos investigations permettent de tirer le rideau sur une vaste toile tissée depuis des années, avec méthode et impunité. Derrière le décor faussement patriotique, on découvre une nomenklatura qui a choisi la France à la fois comme coffre et refuge, mais aussi comme centre hospitalier. Tout en piétinant les lois algériennes, les différents caciques ont souvent bénéficié de la relation malsaine, faite de connivence, entre Paris et Alger. Ironie douce-amère pour ceux qui dénoncent à longueur de discours la « main étrangère » tout en déposant leurs économies dans des banques tricolores.

Par Mohamed Sifaoui

Publié le 5 juin 2025

Les deux fils du président algérien, Mohamed et Khaled Tebboune, possèdent chacun un compte dans une même banque française alors qu’ils n’ont aucune activité professionnelle connue dans l’Hexagone.

En préambule, précisons, pour les sourcilleux du droit, qu’une telle démarche de la part des autorités françaises serait non seulement légale, mais qu’elle aurait dû être engagée depuis belle lurette. Il n’y a aucune raison pour que la loi sur les biens mal-acquis soit activée en levier uniquement face à des dictateurs africains parfois trop rebelles. La loi n’est pas, en théorie, à géométrie variable et ne saurait être utilisée comme instrument par une diplomatie douteuse. Précisons aussi que notre enquête ne repose pas uniquement sur des notes et des rapports que nous avons pu consulter, mais aussi sur des investigations que nous avons menées pour recouper et vérifier certaines informations.

Pendant plusieurs décennies, une connivence malsaine entre certains gouvernements français et le régime militaro-affairiste d’Alger a entretenu un silence pesant, souvent au détriment de l’intérêt public. Mais aussi au détriment d’une relation bilatérale sereine entre deux États qui méritent mieux que les petites magouilles d’un pouvoir algérien corrompu et corrupteur et de certains dirigeants français, parfois eux-mêmes trop intéressés ou trop cupides.

En préambule, précisons, pour les sourcilleux du droit, qu’une telle démarche de la part des autorités françaises serait non seulement légale, mais qu’elle aurait dû être engagée depuis belle lurette. Il n’y a aucune raison pour que la loi sur les biens mal-acquis soit activée en levier uniquement face à des dictateurs africains parfois trop rebelles. La loi n’est pas, en théorie, à géométrie variable et ne saurait être utilisée comme instrument par une diplomatie douteuse. Précisons aussi que notre enquête ne repose pas uniquement sur des notes et des rapports que nous avons pu consulter, mais aussi sur des investigations que nous avons menées pour recouper et vérifier certaines informations.

Pendant plusieurs décennies, une connivence malsaine entre certains gouvernements français et le régime militaro-affairiste d’Alger a entretenu un silence pesant, souvent au détriment de l’intérêt public. Mais aussi au détriment d’une relation bilatérale sereine entre deux États qui méritent mieux que les petites magouilles d’un pouvoir algérien corrompu et corrupteur et de certains dirigeants français, parfois eux-mêmes trop intéressés ou trop cupides.

Une procédure légale… trop longtemps différée

C’est cette complicité d’ailleurs qui est à l’origine aujourd’hui du psychodrame et des relations passionnelles entre les deux pays qui n’ont jamais su construire des relations bilatérales dignes de ce nom entre deux États souverains.

Pourtant, les outils existent. La République française dispose d’un arsenal législatif, réglementaire et administratif qui lui permet d’ouvrir des enquêtes financières en s’appuyant sinon sur le code pénal (pour les cas de blanchiment et de corruption par exemple), sur le code monétaire et financier, surtout pour contrôler les mouvements de capitaux et sur le règlement européen, en premier lieu, celui dit 2018/1805 sur le gel et la confiscation des avoirs dans l’Union européenne, pour les avoirs issus d’actes délictueux ou de corruption d’agents publics étrangers. Sans prendre le risque de se perdre dans les méandres des arsenaux législatifs, il convient de souligner que l’approche des autorités françaises repose sur un socle légal et ce, quand bien même elle émanerait d’une décision politique.

Entre Tracfin, (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins), les services de renseignement intérieur et extérieur, l’OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière), spécialisé notamment dans l’analyse des montages complexes, des sociétés écrans et des comptes off-shore et la DNRED (Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières), il y avait tout ce qu’il faut pour retracer les flux financiers des dirigeants algériens. Il suffisait de s’en donner la peine. Sauf à croire qu’il faudrait que la France devienne une sorte de « paradis fiscal » pour les seuls dignitaires algériens au prétexte de sauvegarder une relation bilatérale foireuse.

Ces différents services observent, depuis de longues années, des « anomalies » pour reprendre l’expression d’un expert, qui concernent de hauts responsables algériens. À l’évidence, les différentes notes, mais aussi les signalements effectués jusque-là auprès du pouvoir politique français étaient restés lettre morte.

Aussi, ces différents services, pour cartographier les avoirs de dirigeants algériens ont interrogé le fichier FICOBA – qui permet de répertorier les comptes bancaires en France – le fichier MAJIC2 pour lister les propriétés foncières ainsi que les bases de données, d’ailleurs accessibles au grand public, qui permettent de recenser les sociétés civiles immobilières (SCI), étant donné que plusieurs dignitaires algériens ou d’anciens dignitaires, à l’image de Chérif Rahmani, en détiennent. D’autres outils ont été utilisés depuis la fin de l’année 2024 afin d’opérer un inventaire précis. Il apparaît que les dirigeants algériens – ou leurs proches – prisent principalement trois établissements bancaires (BNP Paribas, LCL et la Société Générale), mais depuis quelques années, certains n’hésitent pas à utiliser des banques en ligne comme Boursorama, Revolut ou Bunq pour ne citer que celles-ci. Selon nos informations, le plus souvent, ces comptes sont alimentés par des dépôts en espèces accompagnés de documents (vrais ou faux ?) susceptibles de prouver l’origine des fonds et, d’autres fois, ils sont alimentés par des virements de proches installés en France qui reçoivent, en contrepartie, l’équivalent en dinars algériens ou des virements émanant de banques étrangères notamment turques, voire d’établissements bancaires de pays du Golfe.

Mille et une anomalies

Une première analyse effectuée début 2025 a permis d’identifier plus d’un millier de caciques du régime, en activité ou à la retraite, détenteurs d’au moins un compte bancaire en France. « Nous avons repéré des transferts inhabituels, des dépôts suspects, des flux transnationaux injustifiés », confie un enquêteur spécialisé. Il fallait ensuite lever les écrans de fumée : prête-noms, le plus souvent, dans l’entourage familial, épouses oisives, enfants précocement riches ou des entreprises coquilles vides, voire parfois des sociétés interposées servaient à masquer l’origine réelle des fonds. Les investigations ont dépassé les frontières hexagonales grâce à la coopération entre Financial Intelligence Units (FIU). La Suisse, l’Espagne, la Turquie, le Luxembourg ou les Émirats arabes unis sont autant de terrains de jeu pour cette élite mondialisée. Résultat : une liste confidentielle de 801 personnalités a émergé. Des caciques, des ministres, des généraux, parfois à la retraite, d’autres fois en activité, tous unis par le goût du confort à l’étranger et de l’argent qui voyage discrètement. Tous disposent de surcroît d’avantages de passage aux frontières, grâce aux passeports diplomatiques qui leur permettent, généralement avec leur famille, d’être dispensés de visas. Ces privilèges avaient été, rappelons-le, suspendus, par la France dès février 2025.

Voilà une première anomalie. Caciques, anciens responsables, mais aussi leurs femmes et leurs enfants représentent une caste d’Algériens de premier niveau qui ne sont pas soumis, lors de leurs déplacements hors du territoire algérien, aux mêmes restrictions que le reste de la population, y compris quand ces déplacements n’ont aucun caractère officiel ou professionnel.

Certains médias avaient évoqué une vingtaine de responsables qui seraient concernés par un éventuel « gel des avoirs » si les autorités françaises venaient à le décider, mais en vérité, il y en a beaucoup plus. Nous avons pu consulter des documents et échanger avec des sources chargées de certains aspects des enquêtes qui ont été menées. Et nous sommes donc en mesure de partager avec nos lecteurs les noms des responsables les plus importants – ou de leurs proches – qui sont concernés par ces investigations.

Le clan Tebboune : père en apparence sobre, fils ouvertement bling-bling

Le président Tebboune ? Officiellement, « blanc comme neige », prétendent ses laudateurs. Aucun bien, aucun compte en son nom. Mais les fruits n’ayant pas chuté loin de l’arbre, ses deux fils, Mohamed et Khaled Tebboune, possèdent chacun un compte dans une même banque française alors qu’ils n’ont aucune activité professionnelle connue dans l’Hexagone. Et pourtant, les comptes sont bien garnis. Selon nos sources, des virements venus de Suisse, d’Allemagne ou de Turquie alimenteraient régulièrement leurs avoirs. Faut-il y voir la main de papa ? Mystère. Mais l’adage reste valable : le poisson pourrit toujours par la tête. Khaled Tebboune le rejeton du président, néanmoins ami intime du fameux Kamel Chikhi dit « El Boucher », mêlé à un vaste trafic de drogue. Avant que le papa ne devienne président, les services de la gendarmerie qui avaient enquêté sur cette affaire pensaient détenir suffisamment de preuves pour incriminer le fils Tebboune et le mettre en prison. Mais miracle ! Deux mois après que papa devienne président, le petit Khaled est relâché et ce sont les membres de la section de gendarmerie qui ont mené l’enquête qui se retrouvent…en prison. Bienvenue dans l’Algérie de Tebboune. Lors de son procès, Kamel Chikhi fit tout pour blanchir son ami, le fils du président. Et là aussi, en contrepartie, il écopa d’une peine bien clémente (8 ans de prison) alors qu’il était présenté comme le plus grand trafiquant de drogue que l’Algérie ait connu depuis son indépendance. Quoi qu’il en soit, outre des avoirs financiers détenus en France, l’une de nos sources parle d’un appartement situé sur la prestigieuse Promenade des Anglais à Nice, visité par les deux fils Tebboune, du temps de Bouteflika, pour un éventuel achat, mais cette même source indique qu’il n’existe pas de preuves au sujet de cette transaction immobilière. « Je sais qu’ils voulaient acquérir un appartement luxueux sur la côte d’azur, mais j’ignore s’ils l’ont acheté ou pas, ou s’ils ont réalisé la transaction en utilisant un prête-nom », précise notre interlocuteur. L’on apprend à ce propos que les services de renseignement algériens avaient enquêté à l’époque sur les avoirs des fils Tebboune, mais c’était avant que leur père ne devienne chef de l’État grâce à la décision d’un chef d’état-major grabataire et à la faveur d’un improbable alignement des planètes. Une source sécuritaire précise, pour sa part, que les biens détenus par la famille Tebboune sont en Turquie. L’une de ses filles a acheté un appartement à Antalya en 2017 du temps où son père a commencé à entretenir des relations avec des hommes d’affaires turcs. Elle vient d’ailleurs de solliciter la nationalité de ce pays. Ce qui confirme les soupçons de beaucoup d’Algériens qui ne cessent de rappeler qu’Abdelmadjid Tebboune « a un fil à la patte avec les Turcs ». Il est vrai qu’en faisant l’inventaire de tous les marchés récupérés, depuis son ascension au pouvoir par des entreprises turques pose question. En 2024, les investissements directs turcs en Algérie ont atteint environ 6 milliards de dollars, positionnant la Turquie comme le premier investisseur étranger hors hydrocarbures en Algérie. Près de 1500 entreprises turques opèrent actuellement en Algérie, dont 60 dans le secteur de la construction. Les Algériens si pointilleux au sujet de leur « souveraineté nationale » n’observent pas que leur pays, totalement aligné sur l’agenda de l’autocrate Recep Tayyip Erdogan, le modèle de Tebboune, est en train de remettre en place une vraie colonisation ottomane.

Amirouche Hamadache, de vaguemestre à flambeur

Le secrétaire particulier de Tebboune, Amirouche Hamadache, mérite une mention spéciale. Homme de confiance du président, cet ancien vaguemestre à la wilaya d’Alger doit son ascension fulgurante à sa fidélité canine et à son aptitude à rendre service sans poser de questions. Il avait été repéré par Abdelmadjid Tebboune quand celui-ci était ministre de l’Habitat (2012 – 2017). Présenté par une connaissance commune, le petit vaguemestre était loin de se douter qu’il allait devenir, en moins de dix ans, faiseur de rois. C’est lui qu’on appelle désormais quand on veut une promotion dans un ministère ou une mutation. Pourtant, l’histoire entre l’actuel président et son ancien chaouch avait commencé, au courant de l’année 2013, lorsque Tebboune, ministre de Bouteflika, avait besoin, à ses côtés, d’une personne sûre et discrète. Deux qualités qui caractérisent notre Amirouche qui n’était pas du genre, au regard de sa vacuité intellectuelle, à s’épancher sur tel ou tel sujet. C’était à l’époque où Tebboune, au seuil de l’alcoolisme, avait besoin aussi de ses doses de whisky dès le milieu de la matinée. Ce jouisseur invétéré, connu et reconnu, recevait aussi, en toute discrétion, se souviennent certains connaisseurs de ce ministère, quelques visites d’« intimes », notamment en fin de journée. Dans un pays où la bigoterie et le conservatisme hypocrite ne font pas bon ménage avec le dévergondage, l’épicurien cachait son jeu et il lui fallait un homme de confiance. Cela ne l’empêchait pas de revêtir une djellaba les jours de fêtes religieuses et de se rendre à la grande mosquée, comme le veut la tradition, pour bien se faire voir par le petit peuple. Après tout, les voies du seigneur Tebboune sont impénétrables. En fin de journée, il recevait également des promoteurs immobiliers. L’un d’eux, réfugié désormais à l’étranger, se souvient que le ministre exigeait toujours un, voire plusieurs appartements, pour lui ou pour ses proches, sur chaque promotion immobilière.

Ainsi, sans qualification aucune, Amirouche Hamadache se retrouva propulsé, au ministère de l’Habitat, en « chargé du protocole » informel. Il était chargé des « affaires privées » du ministre, mais aussi de servir du thé, de trouver de bons plans pour faire rapatrier de l’étranger les breuvages préférés de son patron. Durant cette période, le ministre affairiste qui n’hésitait pas à taxer les promoteurs immobiliers permettait à Amirouche, devenu son protégé, de réaliser quelques bonnes affaires à son tour. D’ailleurs le compte ouvert en France par l’actuel secrétaire de Tebboune date de cette période lorsque, grâce à son patron, il avait commencé à entrer en contact avec quelques gros bonnets du BTP et de l’immobilier. Coïncidence heureuse, chance au tirage ou au grattage ou peut-être un héritage familial inconnu aurait permis d’alimenter un compte en banque ouvert par un fonctionnaire, payé alors l’équivalent de quelques 500 euros en dinar algérien non convertible. À ce tarif-là, l’épargne française relève soit du miracle, soit du miracle fiscal.

Boualem Boualem : ça balance entre Alger et Paris

Autre figure centrale du dispositif présidentiel : Boualem Boualem, actuel puissant directeur de cabinet. Ce juriste de formation fut successivement conseiller à la Cour suprême, sénateur de la wilaya de Tiaret affilié au Rassemblement national démocratique (RND) de 2007 à 2012, puis directeur de l’Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication, appelé communément l’ONPLITIC, organisme chargé, officiellement, de la cybersécurité, officieusement, d’écouter les Algériens. De là est née la légende du personnage et sa puissance supposée. Il devint alors l’homme à approcher : les ministres, généraux, oligarques venaient s’assurer qu’aucun « dossier » gênant ne circulait sur eux. Les mauvaises langues algéroises prétendent qu’il se serait fait graisser la patte à cette époque et d’autres prétendent qu’il serait devenu intouchable à ce moment-là. Entre fantasmes, exagérations, mensonges, réalités, il est difficile, sinon impossible de démêler le vrai du faux.

Depuis dix ans, Boualem possède des biens immobiliers et des comptes bancaires en France. En 2019, au moment du Hirak, il tenta même d’obtenir une carte de séjour pour « reprendre ses études en droit ». Il sait mieux que quiconque qu’on apprend le droit à chaque instant de sa vie… et le tordu aussi. Il n’y a pas d’âge pour se recycler, surtout quand on projette une retraite douce en Bretagne ou sur la Côte d’Azur, cabarets inclus. Boualem, si friand des sorties nocturnes sur la côte oranaise, saura probablement trouver cabaret à son pied sur la côte azurienne. En effet, malgré sa présence aux côtés de Tebboune pour construire une « Algérie nouvelle » qui tarde à éclore, Boualem Boualem n’a de cesse d’affirmer à ses « amis français » qu’il se projette vers une paisible retraite en France. Pour l’instant, son cœur, et probablement toute son âme, balance entre la Bretagne et la région parisienne, voire la région cannoise. Parce que l’homme qui « murmure à l’oreille de Tebboune » murmure aussi beaucoup de choses ici et là. Surtout ici.

La cellule com’ de la Présidence : langue de bois et comptes offshore

Autre personnage pittoresque : Kamel Sidi Saïd. Il intéresse les services spécialisés en raison de son activisme contre la France. Le zèle qui est le sien sert à produire quotidiennement des attaques médiatiques qui n’ont de cesse d’envenimer les relations franco-algériennes. Mais pas seulement : l’autre cible, le Maroc, devenue une obsession pour le système Tebboune, est régulièrement attaqué à travers un traitement propagandiste où l’injure fait office de ligne éditoriale. Conseiller en communication, surnommé « l’analphabète trilingue », il a fait ses armes chez Cevital, à partir de 2005, l’entreprise d’agroalimentaire, avant de sévir à la Présidence, où il multiplie les diatribes, avec une orthographe vacillante, contre les cibles désignées par l’autocrate qui lui sert de patron. Tous ceux qui ont travaillé avec lui ne se souviennent pas d’une « lumière » mais d’un être obséquieux toujours prompt à faire plaisir au chef et à se plier en quatre pour servir.

Sidi Saïd contrôle la manne publicitaire de l’ANEP et tient les médias par la gorge. Résultat : une presse réduite, entre deux fautes de grammaire, à faire la révérence. Ses rapports avec les journaux serviles comme Le Courrier d’AlgérieL’Expression ou Ennahar lui ont assuré un pouvoir d’influence aussi opaque que lucratif. Cette quintessence de la médiocrité de la communication présidentielle, agit aux côtés d’un autre champion de l’injure et de l’intrigue, Abdelatif Belkaïm (dont on ignore s’il détient des avoirs en France, puisqu’il n’est pas cité par nos interlocuteurs. Seuls des membres de sa famille apparaissent lors des recherches effectuées).

En tout état de cause, ce sont ces relations malsaines, contre-nature, des rapports de subordination entre une presse privée, mais non indépendante et un régime qui veut mettre au pas 40 millions d’Algériens qui a permis de donner naissance, dans la continuité de ce que faisait le régime de Bouteflika, à cette caste de « nouveaux riches », des arrivistes, qui insultent la France, qui entretiennent la population dans un populisme haineux et idiot, mais qui dissimulent tous leurs avoirs ou ailleurs en Europe, notamment en Espagne. C’est ce qui permet aussi à des patrons de presse d’entretenir, eux aussi, leur propre manne financière et de continuer à alimenter leurs comptes à l’étranger. Au passage, s’il est important de souligner le rôle néfaste joué par les caciques et les serviteurs du régime, il est tout aussi primordial de surligner également le rôle toxique de cette clientèle médiatique du pouvoir. La presse algérienne qui a perdu, au cours des années 1990, tant de femmes et d’hommes sous les balles assassines des islamistes, tombés parce qu’ils avaient refusé de courber l’échine, est réduite aujourd’hui à obéir au doigt et à l’œil à de petits arrivistes, incapables – et ce n’est pas une image – de rédiger trois phrases en arabe ou en français, sans commettre deux fautes par ligne. Son influence lui a permis d’uniformiser le paysage médiatique algérien pour le mettre au service du Président algérien. Pendant que ce « conseiller à la communication » s’est fait le co-rédacteur zélé des dépêches de l’APS, l’agence étatique, et de ses communiqués officiels, certains observateurs l’affublent discrètement du sobriquet « responsable de l’injure présidentielle ». Il est quotidiennement – oui quotidiennement – au contact avec les patrons de la presse arabophone et francophone pour transmettre les instructions du Raïs, en l’occurrence Tebboune, qui se prend désormais pour Dieu le père, dans cette Algérie, devenue sienne.

Le ministre aux bananes et aux valeurs rétrogrades

Nommé ministre du Commerce extérieur en avril 2025, Kamel Rezig incarne le grotesque à la sauce algérienne. Islamiste affiché, défenseur des Frères musulmans, nationaliste à géométrie variable, il s’est illustré en menant une croisade contre les arcs-en-ciel. Jugés « contraires à la morale islamique », ils menaçaient, selon lui, la virilité de la République.

Cet ancien conseiller de Tebboune, s’il ne détient pas un compte en France, nos sources indiquent que son nom est apparu dans des « transactions douteuses » qui auraient transité par le système financier français. Le ministre détiendrait ainsi un compte – au moins – dans un pays du Golfe, que nous n’avons pas pu identifier. D’autres sources algériennes expliquent qu’il s’agit d’un « affairiste », considéré comme le « principal importateur de bananes ». En tout état de cause, ce responsable incarne, à lui tout seul, toutes les incohérences du régime algérien. Il est enfin la quintessence de la politique d’abrutissement menée par le pouvoir algérien, mais aussi l’incarnation de cette relation contre-nature entre le rigorisme islamique et l’affairisme débridé. L’ancien professeur d’université, qui a appris à apprécier le business, était parti en croisade contre tous les produits, venant de l’étranger, qui portaient des couleurs laissant penser aux couleurs LGBT. Probablement craignait-il de changer d’orientation sexuelle à la simple vue d’un arc-en-ciel.

Pour conclure (provisoirement)

Pour clore ce premier volet, il est évident que cette série d’articles, contrairement à ce que prétend la propagande algéroise, n’est motivée par aucune considération subjective. Il est question d’expliquer à l’opinion publique internationale, mais aussi aux Algériens, pourquoi ce beau pays est si mal géré. Il ne s’agit pas de dire que tous ceux qui travaillent avec Abdelmadjid Tebboune ou que tous les hauts cadres algériens seraient corrompus. Rendons à César ce qui lui appartient : tout n’est pas pourri à la Présidence. Quelques noms sauvent l’honneur institutionnel, comme Hamid Lounaouci, conseiller aux ONG et droits de l’homme, ou Amar Abba, diplomate intègre et respecté qui jouit d’une excellente réputation tant pour ses compétences que pour son honnêteté. Leur tort ? Servir un régime qui pue la naphtaline et le népotisme, un système pourri jusqu’à la moelle et un président qui a aboli toutes les libertés individuelles et collectives pour assoir un pouvoir personnel et instituer la médiocrité.

Quant à nous, nous continuerons à dévoiler, dans notre prochain article, les dessous de cette élite ventripotente qui vit en France, crache sur elle, et y planque ses économies. L’histoire, elle, jugera.

À suivre.

M. S.

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