« Ce qui fut sera ; ce qui s’est fait, se refera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil »
Une autre réplique tellurique : une nouvelle secousse ou un changement ? L’Iran bouge à nouveau, à l’image des plaques tectoniques eurasienne et arabique qui le secouent sans remords, le peuple d’Iran s’est à nouveau soulevé. Ce qui est important, au-delà des causes, compréhensibles et visibles, c’est la composition des « manifestants » qui interroge et l’espérance d’un bouleversement qui compte.
Par Mahyar Monshipour Kermani (*)
Publié le 1 janvier 2026

Une part très importante des iraniens est derrière les manifestants.
Depuis la fin de la guerre entre l’Irak de Saddam Hussein et l’Iran des mollahs – le 20 août 1988 – les iraniens, ce peuple épris de liberté, mais très hétérogène quant à ses aspirations et croyances, n’a eu de cesse de revendiquer Liberté – en fait, libertés au pluriel, celles religieuse, de genre, d’orientation sexuelle, politique, économique, familiale… – en sortant dans la rue ou en revendiquant grâce à la nouvelle arme des opprimés qu’est internet.
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Après l’important mouvement de protestation que l’assassinat de Mahsa Amini – jeune fille kurde morte le 16 septembre 2022 à la suite de son arrestation et son malaise en détention, sous la responsabilité des autorités – a soulevé, les mécontentements des Iraniens qui ne faisaient qu’attendre comme la braise sous la cendre. Une nouvelle montée du prix du dollar américain a fait dégoupiller la grenade de la contestation sociale.
En scandant désormais clairement « mort au dictateur », « liberté, liberté, liberté », « la République islamique, on n’en veut pas, on n’en veut pas », une part très importante des iraniens est derrière les manifestants.
Des manifestants qui ont largement changé de visage
Si pendant les précédentes contestations – estudiantines contre les restrictions de la liberté de la presse en juillet 1999, populaires dites « mouvement vert » contre les fraudes électorales en juin 2009, féministes des « Filles de la Rue Enghelab », dès mai 2017, avec les « mercredis blancs » de contestation des restrictions religieuses envers les femmes, contestataires en novembre 2019 en réponse à la hausse du prix de l’essence et enfin, le mouvement « Femme Vie Liberté » en lien avec Mahsa Amini – étaient cloisonnées à des franges jeunes et plutôt instruites de la société iranienne, cette fois-ci, comme en 79, l’ancien poumon économique du pays, le bazar de Téhéran, s’est joint à la contestation ou plus précisément est à l’origine de la contestation.
Si une grande partie des « bazaris » – les commerçants du bazar – est « haji » – personne ayant effectué le pèlerinage de la Mecque – c’est-à-dire plutôt pieux, et que depuis 1979, la République islamique bénéficiait de son soutien inconditionnel, il faut constater que ce n’est plus le cas.
Ces commerçants dont les revenus dépendent du prix d’achat des denrées alimentaires, des produits semi-finis et finis d’importation, impliquant celui de leur revente, ne supportent plus la perte exponentielle et incontrôlée de la valeur du « Rial », la monnaie iranienne et, par voie de conséquence, de la perte aussi importante de leurs revenus. Comment vivre et donc consommer auprès de ces Bazaris, quand le SMIC légal avoisine les cinquante euros et que les revenus salariaux de beaucoup de foyers ne dépassent pas les cent.
Moins de cent euros de revenus mensuels par foyer, quand un kilogramme de viande approche les dix euros. Aucun besoin de parler du prix des produits manufacturés, tels que l’automobile ou l’électroménager. Si le consommateur ne consomme pas, le commerçant ne peut commercer. D’où la révolte, une première sous le règne des Mollahs, des « Bazaris ».
Il reste encore une inconnue
En Iran, les forces du « Sepah » – Sepah-Pasdaran, Gardien-de-la-Révolution – sont très nombreuses – quelques cent cinquante mille, épaulées en cas de besoin par les formations paramilitaires du Bassij – « mobilisation » – et des branches multiples des forces d’ordre et d’oppression.
Le Sepah, en République islamique, détient une partie très importante de l’économie du pays et la quasi-totalité des moyens militaires. D’un côté, le Bazar pèse moins qu’il y a cinq décennies, et l’économie peut plus facilement s’en passer momentanément, de l’autre, seul ce même Sepah détient tout ce qui ressemble à une arme.
Je pense donc que ces anciens défenseurs de la Terre-Patrie – devenus de véritables hommes d’affaires et de sanguinaires despotes – sont les seuls et véritables maîtres de l’Iran, bien au-dessus même du Guide suprême, Ali Khamenei, et que seul un coup d’Etat, pour faire semblant de répondre aux revendications du peuple et, simultanément, faire peur au peuple, renverserait la table. Mais comme le chien ne mord que très rarement la main du maître qui le nourrit, il ne se passera rien. « Ce qui fut sera ; ce qui s’est fait, se refera ; et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. »
M. M. K.
(*) Français né ailleurs
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