Il n’est pas interdit d’écrire sur la guerre civile algérienne mais…
Kamel Daoud fait l'objet de mandats d'arrêt internationaux et, dans l'une des plaintes qui ont conduit au lancement de ces procédures judiciaires, il est fait référence à une charte adoptée par référendum en 2005 relative à la guerre civile qu'a connu l'Algérie dans les années 90. Cette charte interdit-elle de parler, d'écrire sur cette période de l'histoire récente du pays, comme on l'entend, comme on le lit ici et là ? La réponse est non mais...
Par le correspondant de Rupture à Alger Youcef Khedim
Publié le 7 mai 2025

Des mandats d’arrêt internationaux ont été lancés par une juridiction algérienne.
Le passage du texte en question, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale est l’article 46 qui stipule que « nul, en Algérie ou à l’étranger, n’est habilité à utiliser ou à instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’État, nuire à l’honorabilité de ses agents qui l’ont dignement servie, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ».
Le chercheur estime qu’« en pratique l’article a plus été utilisé comme une arme de dissuasion que comme une arme juridique ». Mouloud Boumghar, professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne dans un ouvrage qui date de 2015.
Cette disposition juridique est mal connue en Algérie même. Pourquoi on en parle seulement depuis ces derniers mois ? Simplement parce qu’elle n’a pas été appliquée dans des affaires liées à la liberté d’expression, ni même évoquée dans le débat public. De nombreux romans, essais, articles de presse consacrés à la période que beaucoup appellent « la décennie noire » ont été publiés, essentiellement en Algérie d’ailleurs, sans que leurs auteurs ne soient jamais poursuivis.
« Cette disposition semble n’avoir jamais été appliquée et ses effets restent difficiles à mesurer », écrit Mouloud Boumghar, professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne dans un ouvrage qui date de 2015. Le chercheur estime qu’« en pratique l’article a plus été utilisé comme une arme de dissuasion que comme une arme juridique ». Dans l’affaire de Kamel Daoud, l’arme de dissuasion est devenue une arme juridique.
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