Il a été longtemps la cible des mouvements antiavortement
Étienne-Émile Baulieu, l’inventeur de la pilule abortive, est mort
Étienne-Émile Baulieu, le médecin qui a inventé la pilule abortive, commercialisée à partir de 1988, qui a permis aux femmes d'avoir accès à l'avortement, est décédé ce vendredi 30 mai à l'âge de 98 ans. Étienne-Émile Baulieu restera dans l’histoire comme un scientifique visionnaire et un défenseur acharné des droits des femmes, dont l’héritage continue d’inspirer et de transformer des vies à travers le monde.
Par Marie Dolores Prost
Publié le 30 mai 2025

En 1982, la RU-486 suscite un engouement à l’Académie des sciences et à travers le monde, mais aussi des controverses virulentes.
Le biochimiste et endocrinologue Étienne-Émile Baulieu, une figure majeure de la médecine et de la recherche scientifique, est décédé, ce vendredi 30 mai, à l’âge de 98 ans, à son domicile parisien. Connu mondialement comme le père de la pilule abortive, il a marqué l’histoire par ses travaux révolutionnaires sur les hormones stéroïdes, en particulier la mise au point de la RU-486 (mifépristone), une avancée médicale et sociétale qui a transformé la vie de millions de femmes à travers le monde.
« Ses recherches étaient guidées par son attachement aux progrès permis par la science, son engagement en faveur de la liberté des femmes, sa volonté de permettre à tous de vivre mieux plus longtemps », a rappelé sa femme. Étienne-Émile Baulieu a consacré la plupart de ses travaux aux hormones stéroïdes et à leurs antagonistes dans la reproduction, le vieillissement, les cancers et le système nerveux.
Durant la Seconde Guerre mondiale, à seulement 15 ans, il s’engage dans la Résistance française sous le nom d’Émile Baulieu, rejoignant le Front patriotique de la jeunesse et participant à la libération de la vallée de la Tarentaise en 1944.
Né Étienne Blum le 12 décembre 1926 à Strasbourg dans une famille juive, Étienne-Émile Baulieu a grandi dans un environnement avec son père, Léon Blum (homonyme du célèbre homme politique), était un médecin éminent, pionnier de l’insulinothérapie en France, mais il décède lorsque Étienne n’a que trois ans et demi. Élevé par sa mère, Thérèse Lion, une avocate féministe et pianiste ayant côtoyé les suffragettes londoniennes, il développe très tôt un profond respect pour la cause des femmes et une passion pour la science.
Durant la Seconde Guerre mondiale, à seulement 15 ans, il s’engage dans la Résistance française sous le nom d’Émile Baulieu, rejoignant le Front patriotique de la jeunesse et participant à la libération de la vallée de la Tarentaise en 1944. Ce courage face à l’adversité, forgé dans un contexte de persécution antisémite, deviendra une constante dans sa vie. Après la guerre, il conserve le nom de Baulieu.
En 1982, la RU-486 suscite un engouement à l’Académie des sciences et à travers le monde, mais aussi des controverses virulentes. Les opposants à l’avortement, notamment aux États-Unis, qualifient la pilule de « pilule de la mort » ou comparent Étienne-Émile Baulieu à des figures historiques controversées, accusations qu’il affronte avec résilience. En 1988, face aux pressions, Roussel-Uclaf envisage de retirer la RU-486 du marché, mais l’intervention du ministre de la Santé français, Claude Évin, qui déclare que la pilule est « la propriété morale des femmes », assure sa commercialisation. Autorisée en France en 1988, la mifépristone (RU-486) est aujourd’hui utilisée dans de nombreux pays.
Il a reçu de nombreux prix en France. Aux États-Unis, il a été distingué par le Prix Lasker, la plus haute distinction scientifique américaine, considéré comme l’antichambre du Nobel.
« Je soutiendrai toujours les mouvements qui luttent pour le droit des femmes à empêcher une grossesse non désirée », déclarait-il encore en 2025, à 98 ans.
Passionné de littérature et d’art, il côtoie des figures comme Andy Warhol, Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, trouvant dans l’art une inspiration.
Grand-croix de la Légion d’honneur et grand-croix de l’Ordre national du Mérite, il a reçu de nombreux prix en France. Aux États-Unis, il a été distingué par le Prix Lasker, la plus haute distinction scientifique américaine, considéré comme l’antichambre du Nobel.
Quelques heures auparavant, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans un communiqué de presse diffusé à la mi-journée, avait salué « son engagement ». « Etienne-Emile Baulieu a incarné une recherche française à la fois ambitieuse, rigoureuse et profondément utile. Son apport à la connaissance scientifique et à l’amélioration des droits des femmes resteront durablement inscrits dans l’histoire de la recherche française et mondiale », peut-on lire dans le texte.
La ministre française de l’Égalité, Aurore Bergé, a salué un homme « guidé par l’exigence de la dignité humaine ». Sur les réseaux sociaux, des voix comme celle de Rachida Dati ont rappelé sa contribution à l’émancipation »
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