Une conseillère d'Emmanuel macron s'est rendue à Alger

Boualem Sansal est-il devenu une simple “monnaie d’échange” ?

Anne-Claire Legendre, conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Emmanuel Macron, s’est rendue en Algérie afin de préparer la visite prochaine du ministre des Affaires étrangères et une libération éventuelle de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. Les autorités algériennes s'entêtent à refuser de récupérer leurs OQTF, elles mettraient dans la balance la libération de Boualem Sansal avec l'arrêt des expulsions de leurs ressortissants. Néanmoins, des engagements ont été pris pour une reprise des relations.

Par Karim Maloum

Publié le 29 mars 2025

Boualem Sansal est-il devenu une simple “monnaie d’échange” ?

Accusé d’“atteinte à l’unité nationale” par la justice algérienne, Boualem Sansal a été condamné, jeudi 27 mars, à cinq ans de prison.

La visite d’Anne-Claire Legendre conseillère Afrique du Nord, Moyen-Orient du président de la République Emmanuel Macron s’est soldée par un refus du pouvoir d’Alger selon nos informations de gracier rapidement Boualem Sansal à l’occasion de la fin du ramadan. Mais des promesses ont été formulées pour une reprise des relations.

Beaucoup d’observateurs et de politiques de tous bords espéraient cette issue de pacification de relations diplomatiques conditionnées par cette libération et la récupération par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière connus sous OQTF.

Les autorités algériennes s’entêtent à refuser de récupérer leurs OQTF, elles mettraient dans la balance la libération de Boualem Sansal avec l’arrêt des expulsions de leurs ressortissants. Ni le gouvernement, ni le président, ni la majorité, ni l’opposition n’accepteraient cette demande.

A l’occasion de la fête du Ramadan, beaucoup pensaient que l’écrivain Boualem Sansal pourrait bénéficier de la grâce présidentielle. Tout porte à croire que le pouvoir algérien a refusé de gracier l’homme de liberté, et que Anne-Claire Legendre est revenue en France, selon nos informations, bredouille. Il est clair que Boualem Sansal restera en prison. La question demeure posée. Il a encore quelques jours pour déposer un recours, soit avant le 7 avril. Qu’est-ce qui pousserait Sansal à ne pas le faire? Cette visite, ce refus d’Alger, sont ressentis par la diplomatie française comme un coup de massue.

Rien dans la loi algérienne n’empêche le président algérien de gracier Boualem Sansal. Le pouvoir algérien n’est pas prêt à se déjuger après tant de mensonges pour justifier l’arrestation injustifiée et injustifiable de Boualem Sansal. Comment pourrait-il accepter de reconnaître ses torts ? Il préfère l’infamie.

Beaucoup d’observateurs ont cru que l’Algérie céderait à la pression venue des démocrates du monde entier. L’autocrate Tebboune est dans ses calculs. Il ne cède pas, son pouvoir est basé sur la rente mémorielle qui ne craint ni la France, ni l’Europe qui refusent de le reconnaître comme un dictateur.

Ce pouvoir n’a aucune humanité, il maintient en prison un homme de 81 ans, malade d’un cancer. Imaginons un instant qu’il succombe à sa maladie; ce serait une tache noire inexcusable, ineffaçable, et impardonnable devant l’histoire.

Les Algériens s’entêtent à refuser de récupérer leurs OQTF, ils mettraient dans la balance la libération de Boualem Sansal avec l’arrêt des expulsions de leurs ressortissants. Ni le gouvernement, ni le président, ni la majorité, ni l’opposition n’accepteraient cette demande.

Comme l’a justement dit Kamel Bencheikh en date du 27 mars dans votre journal, Rupture, « les dictatures ont toujours les mêmes réflexes, elles cognent au hasard, dans le noir, espérant terrasser la pensée. Elles emprisonnent les écrivains, bâillonnent les artistes, traquent ceux qui osent dire ce que chacun sait tout bas. » Et d’ajouter : « Mais croient-ils vraiment qu’en enfermant Boualem Sansal, ils éteindront sa voix ? Qu’ils briseront sa pensée ? Qu’ils feront oublier ses mots, ses combats, ses livres, traduits partout, lus par des milliers de lecteurs ? »

On n’est plus au stade des souhaits, la diplomatie française doit admettre que l’écrivain Boualem Sansal est devenu une monnaie d’échange entre Alger et Paris, en contradiction avec nos valeurs.

Ces refus d’Alger de répondre à la demande française de libération de Boualem Sansal et de récupérer ses ressortissants sous OQTF, ne feront qu’aggraver la situation et le président de la République Emmanuel Macron a exprimé le jour du verdict son souhait d’une issue rapide au procès de Boualem Sansal et en appelle au président Tebboune à libérer Boualem Sansal. On n’est plus au stade des souhaits, la diplomatie française doit admettre que l’écrivain Boualem Sansal est devenu une monnaie d’échange entre Alger et Paris, en contradiction avec nos valeurs.

Accusé d’“atteinte à l’unité nationale” par la justice algérienne, Boualem Sansal a été condamné, jeudi 27 mars, à cinq ans de prison par un tribunal d’Alger. Boualem Sansal est poursuivi notamment pour « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, actes susceptibles de nuire à l’économie nationale et détention de vidéos susceptibles de porter atteinte à la sécurité du pays ».

Après son arrestation le 16 novembre à son arrivée à Alger, l’écrivain franco-algérien a été placé sous mandat de dépôt, le 26 novembre, en vertu de l’article 87 bis du code pénal algérien qui réprime les atteintes à la sûreté de l’État, par le tribunal de Dar El-Beïda, à une quinzaine de kilomètres du centre d’Alger.

K. M.

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