Affaire Amir DZ
Deux « diplomates » algériens identifiés comme commanditaires de l’enlèvement
Treize mois après le début de l’enquête, les investigations françaises mettent en cause deux hauts diplomates algériens dans une opération visant le cyber-activiste Amir Boukhors, dit Amir DZ. La justice s’apprête à lancer des mandats d’arrêt internationaux.
Par Mohamed Sifaoui
Publié le 11 juin 2025

Pour la justice française, l’enjeu est désormais de faire toute la lumière sur cette affaire, sans céder aux pressions politiques.
L’affaire est au cœur d’une vive tension diplomatique entre la France et l’Algérie. Treize mois après le début de l’enquête sur l’enlèvement, la séquestration et la tentative d’homicide dont a été victime le cyber-activiste algérien Amir Boukhors, alias Amir DZ, le 29 avril 2024, les magistrats français et les services d’enquête ont désormais la conviction que l’opération a été directement pilotée depuis les services de renseignement algériens, avec l’implication directe de deux diplomates en poste à Paris et un « agent consulaire », en vérité adjudant des services algériens, en détention depuis avril dernier.
Selon des informations que nous avons recueillies auprès de sources proches du dossier, deux membres du corps diplomatique algérien sont identifiés comme les commanditaires de l’opération : Salah-eddine Selloum, premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie à Paris, et Mohamed Bouaziz, consul adjoint au consulat d’Algérie de Créteil (Val-de-Marne). Contrairement à ce qui avait été annoncé dans les premières phases de l’enquête, M. Selloum n’est pas officier mais sous-officier de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), le service algérien de renseignement extérieur. Quant à M. Bouaziz, il détient le grade de colonel au sein de ce même service et serait l’un des principaux cadres opérationnels sur le théâtre français. Selon des éléments matériels, les deux hommes sont largement impliqués dans cette affaire criminelle, un véritable scandale d’État.
Les magistrats du parquet national antiterroriste (PNAT) et le juge d’instruction en charge du dossier doivent se réunir dans les prochains jours pour finaliser la stratégie judiciaire. Selon nos informations, deux mandats d’arrêt internationaux seront délivrés contre les deux diplomates algériens avant la fin du mois de juin.
Ce tournant dans l’enquête repose en grande partie sur des témoignages clés recueillis ces dernières semaines, sur une exploitation de données techniques et des preuves tangibles, notamment des vidéos issues de caméras de surveillance et l’exploitation des bornages téléphoniques des différents mis en cause. Derrière ces deux figures opérationnelles, les magistrats français s’emploient désormais à remonter la chaîne de commandement. Si le régime algérien, au plus haut niveau, continue de nier toute implication, les soupçons des enquêteurs convergent désormais vers le général Fethi Rochdi Moussaoui, alors chef de poste de la DGDSE à Paris au moment des faits. Son rôle central dans la supervision de l’opération ne fait guère de doute pour les services spécialisés, qui ont accumulé de nombreux éléments à charge. De plus, il est difficile de croire qu’une telle opération ait pu être réalisée par trois membres de la DGDSE en poste à Paris, sans que leur chef direct ne soit tenu informé. D’autant plus que les sommes d’argent versées aux ravisseurs ne pouvaient sortir de la caisse noire de l’ambassade sans l’aval du chef du Bureau de sécurité et de liaison, à l’époque le colonel Fethi Rochdi Moussaoui. Il faut rappeler que ce dernier est un protégé du président algérien et de sa famille et c’est le même Tebboune qui l’a fait nommer à Paris.
Au-delà du général Moussaoui, la question de l’implication politique directe du pouvoir algérien est désormais au cœur des préoccupations des juges. Plusieurs sources interrogées évoquent un objectif clair : obtenir le rapatriement forcé d’Amir DZ vers l’Algérie, sur ordre du président Abdelmadjid Tebboune lui-même.
« Il ne fait guère de doute que le chef de l’État algérien souhaitait coûte que coûte faire revenir Amir DZ en Algérie, par tous les moyens nécessaires », confie une source proche du dossier. « L’opération a été préparée avec un niveau d’implication institutionnelle extrêmement élevé », affirme une autre source sécuritaire de très haut niveau.
Pour la justice française, l’enjeu est désormais de faire toute la lumière sur cette affaire, sans céder aux pressions politiques. Le parquet national antiterroriste (PNAT) et le juge d’instruction, chargé de l’enquête, entendent aller au bout des investigations, quelles que soient les réactions diplomatiques d’Alger et même si, à Paris, certains cercles souhaiteraient s’immiscer dans le travail de la justice pour faire plaisir à leurs « amis algériens ».
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