Algérie : quand l’économie paie le prix d’un aveuglement politique
C’est une claque silencieuse, mais brutale. L’Union européenne a mis à jour sa liste des juridictions financières à haut risque, celles considérées comme vulnérables au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme. Et l’Algérie y figure désormais. Ce classement, souvent perçu comme une formalité bureaucratique, est en réalité un marqueur redoutablement politique, une radiographie crue de la fiabilité d’un État sur la scène internationale.
Par Kamel Bencheikh
Publié le 12 juin 2025

Dans le secteur des finances en Algérie, il n'y a que le siège du ministère qui est moderne.
Pendant que des pays comme les Émirats arabes unis, longtemps critiqués pour leur opacité, sortent de cette liste après avoir engagé des réformes structurelles notables, l’Algérie, elle, y entre. Non pas par accident, mais par absence de stratégie. Cette inscription sonne comme un signal d’alarme, une alerte rouge adressée au monde de la finance mondiale : attention, terrain miné.
Les conséquences sont immédiates et profondes. Toutes les institutions financières européennes devront désormais appliquer des mesures renforcées de contrôle pour la moindre opération impliquant l’Algérie. Cela se traduira par des délais accrus, des vérifications plus lourdes, des transactions bloquées ou annulées, et surtout une érosion rapide de la confiance. Car dans le monde globalisé des affaires, la confiance est la première devise. Et elle ne tolère ni flou ni laxisme.
Ce classement reflète un mal plus profond : un retard chronique dans la modernisation du système financier algérien, une culture de l’opacité entretenue par l’absence de volonté politique réelle.
Pour les investisseurs internationaux, cette décision agit comme un repoussoir. Pourquoi placer ses capitaux dans un pays classé aux côtés de régimes en crise ou de systèmes bancaires en décomposition ? Ce genre de signal a le pouvoir de figer les flux, d’endiguer les partenariats, d’assécher les perspectives. Et ce n’est pas qu’un problème d’image : c’est un étau financier qui se resserre.
Ce classement reflète un mal plus profond : un retard chronique dans la modernisation du système financier algérien, une culture de l’opacité entretenue par l’absence de volonté politique réelle. Alors que le monde se conforme, se réforme, se sécurise, l’Algérie semble camper dans une inertie pesante, arc-boutée sur des pratiques d’un autre âge. La transparence n’est pas une option dans l’économie moderne — elle est une exigence vitale.
L’Algérie ne peut plus se permettre d’ignorer les standards internationaux. L’heure n’est plus aux discours rassurants ni aux promesses creuses. Ce qu’exige désormais le contexte, c’est un chantier de réformes profondes, tangibles, crédibles. Des réformes qui mettent fin aux zones grises, qui structurent le secteur bancaire, qui restaurent un minimum de lisibilité et d’éthique dans la circulation de l’argent.
L’Algérie ne manque ni de talents, ni de ressources, ni d’outils. Ce qui fait défaut, c’est la volonté de rompre avec les habitudes opaques et les logiques de court terme.
Car plus que des sanctions ou des classements, ce que cette décision européenne expose, c’est un lent décrochage. Un isolement progressif. Une perte de légitimité. Et le plus préoccupant, c’est que ce processus pourrait devenir irréversible si rien n’est entrepris. L’Algérie ne manque ni de talents, ni de ressources, ni d’outils. Ce qui fait défaut, c’est la volonté de rompre avec les habitudes opaques et les logiques de court terme.
En matière de réputation financière, il suffit d’un faux pas pour chuter. Mais il faut des années de réformes pour remonter. L’Algérie vient de tomber dans une catégorie dont il est très difficile de sortir. La balle est désormais dans son camp. Il reste à savoir si ses dirigeants sauront en saisir la gravité.
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